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 Sujet du message: The End of Oak Street, par David Robert Mitchell
MessagePosté: Dim 16 Aoû 2026 14:35 
Ô-Totoro
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En 1982, un quartier pavillonnaire états-unien est déplacé au temps des dinosaures.

Pourquoi faire un sujet sur un blockbuster au pitch archi-bis bazardé en salle par la Warner avec une promotion immonde, dont les premiers chiffres sont catastrophiques (moins de 10 millions de recettes aux USA pour un budget de 80 patates) ? Justement pour en faire un peu l'écho et œuvrer à ma petite échelle pour inciter un·e ou deux lecteurices passant au hasard ici à aller le voir.

N'y allons pas par 4 chemins, la promesse initiale ne vous dévoilera pas - et venant d'une production JJ Abrams c'est presque étonnant - une acrobatie scénaristique qui vous fera fondre le cerveau (aucune idée n'aurait pu y parvenir, ressaisissez-vous bon sang, c'est un film). Il n'y a rien de plus que ce pitch un peu couillon et propice à plein de situations funs et gores, à ceci près que c'est fait par David Robert Mitchell et que le boug n'a pas baissé les bras, même sur ses plus simples champs-contrechamps.

L'inventivité des mises en scènes sur des situations qui vont se dérouler a minima, (mini-spoiler) du début à la fin dans le seul décor de cette banlieue états-unienne, vaut largement douze litres de Jurassic Truc insipide (et pourtant j'ai trouvé le dernier de Gareth Edwardspas si mal que ça, mais c'est peut-être parce qu'il lavait l'affront d'un Dominion). C'est réellement Le Monde Perdu qu'on aurait voulu avoir.
Je pourrais prétendre que l'action du film permet de définir dans leurs actes et pas dans les dialogues les personnages, mais ce serait oublier que, régulièrement, les scènes commentent, mettent à distance le spectateur ; pas simplement pour s'en moquer, mais également pour en proposer un discours, une vision claire (et si mes propos sont sibyllins, souvenez-vous en quand vous arriverez à la scène où Ewan McGregor joue à Misery avec le genou d'un dinosaure).

Mais avant tout, et c'est avec facétie que je vous ai préservé sa principale qualité jusqu'au milieu de mon texte, c'est que le film est sincèrement et intentionnellement hilarant sur des registres aussi divers que le pastiche ou le potache, sans rien, jamais, désamorcer. C'est bien simple, je n'avais pas tapé sur ma cuisse avec autant de candeur depuis très longtemps tant les contrepoints touchent toujours juste. Et ce n'est pas qu'ils ne font qu'apporter de la fraicheur au récit (ce qui serait déjà beaucoup), ils ajoutent au commentaire sur le récit. Comment comprendre sinon que le film n'oublie jamais que les personnages font partie d'un quartier pas encore totalement décimé, mais où l'entraide n'existe quasiment pas, en superbe contrepoint à la scène d'ouverture sur une fête de quartier en apparence proprette mais dans son for intérieur hypocrite ? Comment voir autrement l'arc scénaristique du fils, pastiche du jeune héros amblinien des 80s, qui passe la totalité du film à ne rien réussir ?
Ça faisait longtemps que l'enthousiasme ne m'avait pas autant gagné en sortant d'une grosse production ricaine, et oui j'ai vu les Hail Mary, Odyssée ou Brand New Day, et oui je leur ai trouvé des qualités qui avaient tendance à se raréfier dans le cinéma actuel. Si je vous dis que c'est le film avec Anne Hathaway qui m'a le plus plu cette année jusqu'ici, vous penserez que c'est une prise chaude pour chier sur le Nolan alors que même pas, j'avais passé un excellent moment et je sens que depuis deux films il fait un cinéma qui me parle de plus en plus. C'est juste que DRM manie dans la même scène, parfois dans le même plan, trois-quatre tonalités ensemble sans rien désamorcer de ses enjeux, de ses personnages, c'est un talent immense qu'il faut avoir pour y parvenir aussi régulièrement, avec une telle évidence.

Si vous hésitiez, foncez pour passer un bon moment, qui ne prétend rien d'autre, mais qui le fait superbement.

PS : dites vous que cet avis est formulé alors que le film fait l'odieux choix de préférer les chiens aux chats, c'est dire si l'ignominie a été contrebalancée par de vraies qualités.


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 Sujet du message: Re: The End of Oak Street, par David Robert Mitchell
MessagePosté: Lun 24 Aoû 2026 11:06 
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Intéressant cet avis, d'autant plus que c'est un film qui n'est effectivement pas beaucoup aimé, ni-même défendu, alors qu'il y a une proposition qui est réelle. C'est plaisant de voir quelqu'un y trouver des qualités, quand on ne cesse de nous renvoyer en permanence à ses défauts.

Pour ma part, j'ai bien aimé également ce retour derrière la caméra tout en contrepied pour David Robert Mitchell. Cette idée de venir proposer un film qui s'ouvre comme un pastiche des blockbusters eighties à la Spielberg, pour ensuite venir détruire cet héritage et jouer sur ses codes en permanence, c'est assez efficace. J'ai toujours été plus fasciné par The Lost World que le premier Jurassic Park et c'est donc assez jouissif pour moi de voir un cinéaste aussi doué pour l'horreur rendre hommage à ce film trop peu aimé, puis s'amuser avec son concept, tout en ajoutant plusieurs autres nouveaux registres de cinéma à sa palette. Comme tu l'as très bien remarqué, Oak Street est un film avec de nombreuses tonalités, qui n'hésite jamais à mélanger des univers cinématographiques qui ne sont pas sensés être présents dans le même plan. Et pourtant c'est là que ça fonctionne le plus, dans ce décalage permanent, qui propose un grand n'importe quoi assez rafraichissant et difficile à anticiper.

Mais tout cela n'empêche pas pour autant le film d'être efficace là où on l'attend de manière plus classique, dans pur registre amblinien au premier degrés cette fois-ci ; j'ai été ému premier degrés par le rôle d'Anne Hathaway et la trajectoire de son personnage, en lien avec celui de son mari campé par un très bon Ewan McGregor. Derrière le pastiche, il y a une certaine candeur dans ce récit qui fait un bien fou, qui est d'autant plus la bienvenue qu'elle permet de contrebalancer une mise en scène et un récit qui sont assez cruels avec les personnages (ifykyk).

Malheureusement, malgré toutes ces bonnes choses, Oak Street est un film qui me laisse un goût assez amer en bouche, notamment à cause de sa fin et d'un dernier tiers que j'ai trouvé détestable au possible. Difficile en effet quand on est produit par JJ Abrams, un homme aussi peu passionné par les prises de risques au cinéma, de pouvoir proposer un film radical jusqu'au bout.

Spoiler: Montrer
Après la mort du personnage de Ewan McGregor, il faut vraiment avoir un vrai manque de courage pour pondre une telle fin. Déjà, parce que ça enlève toute la puissance derrière le récit et la trajectoire du personnage d'Anne Hathaway (le petit bisou sur le polaroid ? C'est toute simple, mais ça fonctionne à marveille sur le moment), puis parce que c'est un immense doigt d'honneur à toute la radicalité et cruauté du récit qu'on a vécu avant. Et puis ça ne tient tout simplement pas debout... Le daron qu'ils vont chercher va donc laisser mourir sa famille dans sa propre temporalité, accepter le récit de la famille de l'autre temporalité et continuer à vivre de manière heureuse ? Même Zemeckis n'aurait pas osé la faire celle-ci.

Peut-être que d'une certaine manière je me suis trop pris au jeu de ce pastiche, qui finalement n'a pas de sens jusqu'au bout de son récit et continuer de se jouer des codes du genre qu'il vient bousculer. Et puis bon, on est sensé me faire croire que la scène dans la maison avec les crocodiles c'est le climax du film ? Il y a la même scène dans un Jackass et j'y ai ressenti plus d'émotions, respectez-nous quand même.

Mais pour moi, c'est difficile de prendre cette fin avec une prise de hauteur cynique, car je ne suis pas sûr que dans ces moments là le film est dans une auto-parodie. J'ai même été revoir ce dernier segment une deuxième fois (petite escale dans la salle voisine après avoir vu un autre film, on sait profiter de la clim' pendant les canicules ici) et j'ai trouvé ça tout aussi catastrophique. Même dans la manière dont c'est monté, avec cet ellipse finale qui semble arriver de nul part dans le rythme, on dirait que c'est du sabordage en post-prod ; et cela expliquerait même la durée très courte pour un blockbuster moderne, avec ce très suspect 1h39 en 2026... Après là je suis en mode illuminati des coulisses du cinéma, le complotiste en moi est en ébullition.


Après, on a deux façons de voir ce que je viens de pointer du doigt : prendre cette fin comme un ultime pastiche, un grand n'importe quoi jouissif et assumé jusqu'au bout dans certains détails (j'ai vérifié, je ne vois pas en double), ou bien faire comme moi, et y voir une tentative de rétropédalage de la part d'une industrie Hollywodienne qui n'est pas encore prête à avoir l'audace des ambitions de ses réalisateurs les plus prometteurs. Pour ma part, j'ai choisi dans le doute que ce serait la faute de JJ Abrams, yet again.

_________________
"Le réel me donne de l'asthme." - Cioran.


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