Le récit avance pour de vrai !
Gaban se pointe et parle la même langue que Im. Il sait aussi qui est son interlocuteur. Miracle ! Les deux peuvent converser !
Gaban qui vient faire la leçon à un Luffy présomptueux ? Inconscient plutôt ? voilà qui est plutôt satisfaisant. Je repense à la résolution prise après l'ellipse et affirmée à la fin de Dressrosa où Luffy annonce qu'il ne fuira plus face à un amiral ou un empereur, sans quoi il ne deviendra pas seigneur des pirates. La condition est de tous les vaincre. Or voilà qu'il échoue de nouveau face à un adversaire surpuissant, après déjà l'épisode de Wa où cédant à ses émotions dans le premier acte, il avait vrillé en décidant de s'en prendre individuellement à Kaido, entraînant une défaite sèche. On reste dans le même schémas, à la différence que le statut de son adversaire n'est pas de ceux cités. Luffy se retrouve dans cette position paradoxale où il doit prendre toutes les responsabilités sur ses épaules : la protection de son équipage, celle d'un pays ami, et sans qu'il en ait conscience, les héritages du passés. Or si un empereur ne saurait être vaincu par un équipage isolé, pourquoi une institution telle que le GM et Im à sa tête le seraient-ils par un acteur unique ? Et à prendre dans le sens inverse : si les empereurs ne pouvaient être vaincus par un équipage isolé, comment se fait-il alors que Luffy qui a désormais accès à ce statut, sous réserve d'une reconnaissance par ses pairs les autres empereurs, puisse être vaincu ainsi par quelques combattants d'élites ? Les mugiwaras en tant que groupe, en tant que liants et acteurs d'un ensemble plus vaste sont-ils si fragiles ? On imagine ici d'autres enjeux qui se jouent et dont ne parle pas Luffy : la mise en danger de tous leurs alliés et amis. Quid du royaume Ryugu actuellement en proie à quelques mystérieux événements ? Quid du royaume d'Alabasta dont le roi est décédé et l'héritière à la couronne, Vivi, portée disparue ? Quid enfin de tous ceux qui arborent le pavillon à tête de mort surmonté d'un chapeau de paille et qui jouissent d'une relative protection par la renommée de Luffy ?
Franky s'enorgueillissait d'appartenir à un équipage d'empereur au moment de la défaite des chevaliers divins, mais n'était-ce pas s'avancer ? Le statut d'empereur n'est pas juste un rapport de puissance individuel. On parle d'ambitions, de rêves, de puissances militaires, de systèmes, de politique et de gouvernement, de jeux d'alliance, d'organisation, de réseaux et de solidarités, d'influence ... mais surtout de collectif. Parce que la conquête du pouvoir et sa préservation comme la réalisation des rêves ne sont pas des affaires individuelles. Alors certes Luffy ne veut rien conquérir ; mais il veut protéger. Certes il a sa propre définition de ce qu'est le seigneur des pirates ; mais il combat d'autres rivaux pour ce titre et évolue dans un environnement conçu par les actions de ces derniers. Autrement dit, Luffy ne peut pas se soustraire à des logiques existantes et les transcender par sa seule volonté, tout libertaire qu'il soit dans ses actions et pensées. C'est la reconnaissance qui lui fait défaut comme la conscientisation de ce qu'il incarne, de l'histoire plus généralement. Y aurait-il l'équipage réuni et des fores alliées pour s'opposer à Im comme face à Odz en son temps, reproduisant le dessin de la fresque en fait, avec une conscience de l'Histoire, arriverait-il à vaincre Im et tous les adversaires. J'ai dans l'idée que s'il échoue ici, ce n'est pas pour une questions de capacité, mais parce qu'il ignore qui il affronte, parce qu'il ignore encore l'Histoire, ce qu'il incarne lui-même aux yeux des autres et qu'il agit seul. Curieusement, la flotte autogérée des chapeaux de paille semble avoir compris la mesure de leur statut, à l’inverse de leur capitaine qui y voit des copains dont il se pourrait que lui-même ait à leur porter secours au besoin. Les déboires de Bartolomeo face à Shanks le montre bien d'ailleurs. C'est Luffy qui ignore ce dont quoi il a été investi : son statut d'empereur et la figure mythologique de Nika, dans l'inscription d'un héritage ancien, jusqu'à son propre nom (le D) et même sa filiation à son propre père. C'est ma lecture des choses, je me trompe peut-être, mais j'ai le sentiment d'être conforté dans cette lecture à ce chapitre-ci, me faisant réitérer ce que j'écrivais dans un précédent chapitre : à savoir que les mugis agissent comme un équipage d'aventuriers.
Désormais ils ont un statut, y prétendent ou y sont associés. Et là-dessus, il va falloir mettre les choses au clair : soit embrasser la configuration mythique, historique, prophétique, les héritages associés, comme le statut au sein du monde de la piraterie, leur donnant à composer avec, soit il va falloir s'en dissocier pour trouver leur voie propre. C'est ce qu'on fait les Roger pirates en découvrant le one piece ; ils ont pris position par rapport au legs de Joy boy. C'est d'ailleurs peut-être l'amorce de ce point crucial du récit, lorsque les héros comprennent que leurs actions engagent beaucoup plus qu'eux-même, que les enjeux les dépassent, et qu'ils doivent malgré tout composer avec. Comment comprendront-ils à ce titre qu'une entité si puissante ait soudainement débarqué sur une île amie, certes pour assujettir un peuple en vue d'une guerre future, mais avec pour objectif également de tuer Luffy ? Déplaçant donc la focale sur leur équipage ? Là où avant ils s'aventuraient, renversant leurs opposants croisés : cette fois, c'est l'antagoniste qui vient "chez eux" — comprendre en territoire allié. Il y a renversement de dynamique me semble-t-il, qui vient directement les interroger en tant que collectif dans le monde de One piece, alors qu'eux-même suivent et ont foi en leur capitaine Monkey D Luffy, qui se doublent de plusieurs casquettes.
Joug a écrit:
; et enfin ici en confirmant à qui en doutait encore que Luffy était l'héritier réincarné de Joy Boy.
J'ai plutôt l'impression que le chapitre vient interroger ce point. Qu'est-ce que Luffy ? Qui est-il ? Est-il ce que les autres croient et voient en lui ? Ou est-il ce par quoi il se définit ? J'ai plutôt l'impression que ça vient rebattre les cartes, au contraire. Hasard ou destin ? Quelle place pour l'autonomie ? Y a-t-il déterminisme quand le principal concerné ignore sa propre condition ? Quand nous-même lecteurs ignorons son rêve, ses pensées ? Ne sommes-nous pas nous mêmes des croyants, cherchant à investir le personnage de Luffy de quelques destinées aux allures de prophétie, une figure héroïque autant que mythologique ? Et si en fait, au bout du compte, Luffy se révélant au monde entier, venait à rompre avec ce dont tous avaient investis en lui ? Après tout, One piece est l’œuvre des faux-semblants.
Joug a écrit:
@Enitu
T'es sûr qu'il n'y aura pas de chapitre ?
Je crois que je me suis trompé en effet. Vous avez des sources ?
Edit : merci ange bleu pour la précision et la correction.