Le passage du chapitre qui a retenu le plus mon attention est la double-planche avec le corps étalé de Harald, notamment par la phrase de Loki lorsque celui-ci pleure son père assis à côté de sa dépouille. Le contraste est saisissant : Shanks souligne la pureté de Harald avec force de remords quand Loki se fait critique des desseins de son père, lui qui dû le tuer pour arrêter sa folie corruptrice. C'est représentatif de la dualité des discours qui seront tenus par la suite, par l'éloge ou la critique. J'apprécie beaucoup Loki pour cette raison : c'est un personnage complexe, qui me fait penser à Robin à ses débuts en amenant une maturité sombre dans le récit. Et ce contraste n'est pas sans donner du relief à Shanks par association. Autre point, Loki fut-il pardonné pour le régicide, ne l'est pas pour ses autres crimes. Il reste un paria, un coupable désigné. S'il ne tombe pas dans une caricature revancharde et bourrine, et arrive à garder sa subtilité, le personnage a encore dans de beaux moments devant lui.
Pour en revenir à la phrase à l'adresse de son père : "is this what happens when you love your country too much ?!". Ainsi donc voilà le propos que voulait nous mettre en lumière Oda. L'excès. Nous qui étions habitués dans one piece aux bons souverains et aux mauvais souverains royaux, avec leurs problématiques mais sans trop d'aspérités et à la caractérisation bonne (Cobra, Neptune, Riku, Oden, Kuma), voici un souverain classique (entendu un roi) dont la gouvernance-même et l'héritage sont sujets à débat. Harald était-il un personnage bon ou un personnage mauvais ? Un bon roi ou un mauvais roi ? De mon point de vue, sa corruption par Im ne rentre pas en ligne de compte. Le récit n'a pas appuyé cette corruption-ci et elle est pour moi plutôt la retranscription de sa transformation, vu comme une concrétisation de la quête de Harald. J'avais écrit ce paragraphe voilà quelques chapitres qui résume bien mon sentiment :
Enitu au chapitre 1168 a écrit:
Je veux bien comprendre qu'il est dans une fuite en avant après la mort de Xebec, mais bon quand même ! Il va même jusqu'à chasser des pirates pour le Gouvernement mondial sans avoir le statut de corsaire ! (on repensera à la façon dont Harald se distancie de Xebec et de sa réputation) Et ce qui me frappe particulièrement : comment peut-il accepter de rallier le Gouvernement mondial après les massacres de Ohara !? Sauro ne lui a-t-il donc rien dit sur ce qu'il s'est réellement passé ? Comment peut-il accepter de rallier son pays à une institution qui s'est rendue coupable d'un tel massacre au nom de la préservation d'un tabou ? Et par quelle contorsion Erbaf peut-elle abriter les livres concernant les savoirs de Oahara, sauvés d'une destruction totale, et se faire l'obligé de cette même institution ayant ordonné l'anéantissement ? La position est intenable tant la contradiction est nette : on ne peut vouloir la paix, le partage des savoirs et la prospérité quand on accepte l'inverse d'autre part. Se revendiquer d'un pacifisme dans ces conditions revient à confondre la paix et l'ordre. Or c'est de cette deuxième catégorie à laquelle se range le roi d'Erbaf en voulant faire accéder son pays au concert des nations, et se faisant le chien de guerre des dragons célestes. Un roi esclave. Et j'en viens à me demander : mais où veut en venir Oda ? Il a fait de Harald un pacifiste idéaliste, corrompu, perdu dans une fuite en avant folle, dont Sauro lui-même questionne le prix à payer
La chose étant, la transformation de Harald se distingue de celle de Xebec. Le roi d'Erbaf avait été distingué, avait réussir à acquérir le statut de chevalier divin. Si fait, là où Xebec devenait un enragé missionné pour tuer les personnes encore présentes sur l'île, au rang desquelles les pirates et sa chair-même (sa famille, sa lignée, sa propre existence), Harald a vu sa pensée transformée pour se rapprocher de celle de Im. Se penser tel un dieu, au-dessus des autres et coupés des autres. L'inverse de ce à quoi aspirait Harald, mais peut-être pas moins en creux, une continuation de sa fuite en avant. Jusqu'où aurait-il été prêt à aller pour voir son idéal advenir ? Serait-il devenu un monstre, dont la transformation issues des pactes n'est qu'une métaphore ? Se serait-il fait tyran, régnant d'une main de fer pour pousser vers une harmonie entre les peuples et les races ? Ce qui me fait penser par association d'idée à Big mom et au projet matrimonial autour de Lola et Loki. Ça aurait pu être une possibilité que le projet utopique de Big mom... avec sa part d'ombre, son despotisme et la perversion de la liberté. Voilà tout un pan de l'histoire qui ne nous a pas été raconté directement, le flash-back se concentrant sur l'aspect solitaire de la quête de Harald (il n'est pas aidé par qui que ce soit). On en sait la fuite de Lola, la supercherie découverte avec sa jumelle Chiffon présentée en lieu et place ; et on peut supposer que l'antécédent du crime de Linlin, a pu contribuer à faire capoter l'alliance matrimoniale. Ça reste une ouverture uchronique je trouve, non racontée donc, mais pas moins possible. "Et si"...
Pour en revenir à Harald et la notion de corruption, je suis surpris du parallèle fait entre les dragons célestes et le roi d'Erbaf. Im qui affirme son désaccord profond sur le projet utopique d'Harald, pointe ce dernier comme une aberration. Bien sûr en tant que personne ayant des attributs le hissant au-dessus du reste des gens, dans une vision inégalitaire et hiérarchique du monde, mais aussi en tant que porteur selon lui de cette contradiction. Harald avait un projet politique doublé d'un idéalisme qui était à même de corrompre, du moins comme le craint Im, le Gouvernement mondial lui-même et de l'intérieur ! Un renversement des choses donc, et qui m'amène à reconsidérer Harald comme un miroir possible, déformé, de Im. Et ce personnage avait été en réalité... "bon" dans le passé ? On dit que l'enfer est pavé de bonnes intentions. Est-ce que le parcours de Harald ou sa passion n'a pas avoir avec celle de Im ? Qu'est-ce que cela dit d'elle/lui ?
En outre, il est une chose de tolérer un membre de la famille Donquixote qui se pense humain, et dont on peut se débarrasser aisément. Il en est une autre de comprendre en son sein des géants, dont le leader se trouve être un descendant des anciens géants ! Le rapport de force, le poids de l'histoire ne sont pas les même. Pourtant, je ne trouve pas Otohime moins dangereuse du point de vue de Im. Elle a tout de même réussi à retourner un noble mondial à sa cause ! On notera d'ailleurs le traitement différencié d'un point de vue du genre, entre la caractérisation et les choix de Harald et de Otohime. Le premier est à fond dans l'action, pro-actif, à la limite de l'aventure et souvent absent, délaissant sa famille (Loki, Ilda, Hajrudin), prenant sur lui les choix dans une posture sacrificielle, quand Otohime est assignée dans son rôle maternel, s'occupant de son foyer (famille, royaume/sujets), davantage il me semble montrée en train de travailler au sein d'un collectif, composant avec la réalité, beaucoup moins jusqu’au-boutiste et plus en phase avec la réalité. Donc moins à même de vriller. On pourrait continuer encore. Ce que je veux souligner, c'est que l'amour qui caractérise les deux personnages ont des aspects différents. Harald aime ses enfants et Otohime aime les siens. Mais ce que je lis à ce chapitre, dans l'amertume et le chagrin qu'exprime Loki, c'est un déplacement de cet amour. De la subordination de celui-ci à l'amour de son pays. Harald a été un père absent (et encore un ! on notera que celui-ci des fils et non une ou des filles), et ce que me semble exprimer en creux Loki, c'est le regret de ne pas avoir eu un père. D'avoir été délaissé, à l'exception de l'amour de sa seule mère, Ida, pour se retrouver à la fin à devoir tuer son géniteur.
Édit : Celui-ci lui répond qu'il l'aime quand Loki lui colle devant la figure l'horreur de qu'il l'oblige à faire. Qu'est-ce que cet amour dont parle Harald ? Est-ce de l'amour ?
Ça me fait penser : Harald est un roi esclave, dans un double-sens : esclave des dragons célestes comme esclave de son idéal et de sa passion. Ce qui n'est pas sans me rappeler un livre, Lady L (de Romain Gary), où l'amant de la protagoniste, est donné comme aimant peut-être davantage l'humanité que cette première, étant lui aussi un personnage passionné nourrissant de forts idéaux. Le livre se fait fort aussi de raconter les liens entre anarchistes, nihilistes et le fascisme, où comment les premiers ont pu évoluer pour rejoindre les fascistes. C'est à cette comparaison-là aussi que je lis la dualité entre Harald et Otohime. Comme un glissement continu vers un monde d'ordre, celui des nobles mondiaux, perdant par là même de vue l'important (ça me fait penser au Petit prince : "on ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux"). Et sans par ailleurs réussir à accomplir ses objectifs.
C'est un autre versant de l'histoire. Harald a mis tellement d'énergie et de temps dans la volonté de rejoindre un espace diplomatique international qu'il a semblé oublier le reste du monde. On ne le voit pas travailler avec Otohime et Neptune, ni cherché à se rapprocher d'autres peuples opprimés et discriminés (ça aurait amusant de le voir avec les Tontattas ^^). C'est aussi le Royaume de Totland qui semble avoir connu un acte manqué. Harald aurait pu composer une coalition, renverser la table ou bien forcer la main du gouvernement mondial. Eh bien non, il était seul dans sa quête. Souhaitant visiblement être reconnu principalement de l'humanité. Xebec lui, fut-il entouré de crapules mues par leurs propres intérêts, évoluait dans le cadre d'un collectif. Il avait des alliés, lui. Peut-être pas des amis à proprement parlé, mais des compagnons en tout cas. Idem avec Vegapunk et ses satellites (+ Sentoumaru et l'appui du GM), dont je vois aussi le parallèle fait : œuvrer pour un monde meilleur, pour la paix, et pourtant agir pour une puissance perpétuant l'ordre dominant d'une caste. Avec les contradictions que cela comporte. Des personnages bien intentionnés mais qui ont choisi le mauvais camp en somme ?
Alors quel héritage Harald laisse-t-il ? Les géants d'Erbaf sont réunifiés, dans une société pacifiée, mais autour d'un mensonge... La prochaine génération sera pacifiste sans savoir se défendre. Et malgré tout, ils sont toujours aussi isolés. Loki ne reprend pas à son compte l'héritage de son père. Quant à Hajrudin... je ne sais pas.
Comment vous lisez ce chapitre vous ?
A noter que Luffy a écouté l'histoire tout du long.
donsati a écrit:
french_incubus a écrit:
pourquoi donc le roux l'aurait-il capturé et reconduit à Elbaph ?
La seul réponse que j'ai pour l'instant c'est: pour protéger Loki, et le préserver jusqu'au jour ou il aura son rôle à jouer. Avec ce chapitre on sait que Loki voulait s'en prendre au GM donc je suppose que Shanks l'a empêché de le faire car, pour une raison que j'ignore, ce n'était pas encore le bon moment. Suite à cela, Shanks devient Yonko
On a donc un peu plus d'info sur Shanks mais il reste encore plusieurs longue période d'inconnu
Il me semble que Shanks a de la culpabilité et une certaine admiration pour Harald. Peut-être a-t-il voulu empêcher Loki de saccager sa mémoire ? Je crois me souvenir qu'il a parlé comme d'un "lâche" de Shanks la première fois qu'il a rencontré Luffy. Peut-être faut-il chercher par là ?
Est-ce que vous pensez que Luffy est au courant à présent de l'origine noble de Shanks ?