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 Sujet du message: Re: [Fanfic] Le monde lui-même
MessagePosté: Lun 24 Déc 2012 20:15 
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Chapitre 6 – partie 2




Je n’eus pas le temps de rester sur cette pensée. Nous approchions du Port au Parfum. La première chose que je vis de cet endroit si particulier de la ville, fut son phare-clocher. Positionné à l’entrée du port au bout de la digue de pierre, il avait pour fonction d’orienter vers l’île les navires dépossédés ou non de moyens de navigation. Sur Grandline, de jour comme de nuit, la mer n’était jamais facile. Néanmoins, les bateaux aidés n’étaient pas toujours civils ou de la Marine. Bien des fois, il s’agissait de navires pirates qui étaient attirés. C’est pourquoi, le phare comprenait aussi une cloche. La fonction de cette dernière était simple : prévenir de l’arrivée de pirates. Le poste de la Marine ainsi alerté n’avait plus qu’à se préparer à aller cueillir les bandits des mers. Le seul problème qui pouvait subvenir dans ce système était le déguisement des navires pour entrer dans le port. Dans ces cas-là, il n’y avait aucun moyen de les identifier. La seule chose à faire était de les laisser entrer, non sans une vérification rigoureuse de la part de la Marine. De toute manière, s’il s’agissait de pirates, une fois entrés dans le port, ils ne pouvaient en ressortir. La Marine se chargeait à coup sûr de couler les bateaux. Et quand ce n’était pas elle, c’était les travailleurs du port, qui aux commandes des grues de chargement fracassaient les navires à l’aide de boule de démolition. Quant à l’attaque en question, la défense était partagée. Elle était assurée d’un côté par la Marine qui protégeait les zones d’habitation et était garantie de l’autre par les ouvriers du port, qui eux, défendaient les zones de stockage. Par la suite, les bateaux coulés n’avaient plus qu’à être remontés sur les docks à l'aide des grues portuaires pour être désossés. Les attaques de pirates étaient donc dans une certaine mesure, prolifiques. Elles fournissaient à Fēnia matières premières et matériels diverses. Bien sûr, cet aspect-là était entièrement assumé.

Le sort des produits trouvés était dicté par les besoins de la ville. S’il manquait du bois pour la construction d’un nouveau navire par exemple, celui-ci était aussitôt mis à contribution. En revanche, si dans l’exemple du bois, il n’y avait pas d’utilité immédiate ou à moyenne échéance, il était tout simplement vendu à une autre île par voie maritime. Cette activité, il faut le dire, faisait le bonheur des marchands qui profitaient allègrement de ce système pour augmenter leur vente. Car s’ils étaient spécialisés dans les produits odorants, ils n’en restaient pas moins opportunistes. Ce sens des affaires était d’ailleurs ce qui les avait conduits, autrefois, à se ranger sous l’allégeance de Fēnia. Cela leur avait apporté privilèges et prestige, avec pour seule contrepartie de rester fidèle à la ville. Ce dernier lien se déclinait d’ailleurs de la façon suivante : versement de commissions sur les ventes de marchandises exportées, approvisionnement spécifique à Fēnia et enfin, obligation d’arborer continuellement le fanion de la ville. Ainsi les marchands, en se mettant sous l’égide de la capitale d’Oloria, obtenaient non seulement un marché juteux et régulier qu’était la parfumerie, mais pouvait en plus, lorsque l’occasion se présentait, vendre un surplus de marchandises. Il va sans dire que tout cela engendrait beaucoup de bénéfice, et que ni l’un ni l’autre des partis n’avaient intérêt à rompre leur engagement.

Néanmoins, si les marchands pouvaient vendre en quelques occasions des marchandises venant de navires pirates désossés, ils n’avaient pas une liberté totale concernant le choix des produits. Car la carcasse du navire passait en premier lieu entre les mains de la Marine. C’était là la procédure. Toute épave pirate était propriété du gouvernement mondial. Ce n’était donc qu’après une inspection de leur part, que les désosseurs du Port au Parfum pouvaient passer à l’acte. En général, après leur passage, il ne restait plus rien. Tout était soit stocké pour les besoins de la ville soit vendu aux marchands agrégés.

Il était à noter par ailleurs que lorsque les navires pirates ne passaient pas le contrôle de la Marine ou bien qu’ils se faisaient prendre avant, le sort qui leur était réservé était le même que pour les intrus. Les bateaux finissaient leur vie en pièces détachées !

Le phare-clocher de Fēnia était donc, cela va sans dire, l’élément central d’un piège complexe ayant des répercutions jusque dans le fonctionnement-même de la ville. Mais pourtant, aux yeux des habitants et de moi-même, il représentait autre chose. A nos yeux, il représentait le cœur de la ville et même, son âme. Car s’il avait pour fonction de piéger les pirates, il n’en avait pas moins mission à aider les navigateurs. Qu’ils soient naufragés, marins d’infortune, simples passants ou même navigateurs aguerris, le phare-clocher était sûr de les guider vers bon-port, vers un endroit où les non-pirates pouvaient faire escale en toute sécurité. Cette hospitalité était là la fierté de la ville et même, des habitants de l’île toute entière. A tel point que tous avaient fait le déplacement au moins une fois dans leur vie pour admirer le phare et lui rendre hommage. Moi de-même, à l’âge de mes 7 ans, j’avais été voir le phare-clocher.

Je fus très impressionnée de le voir de si près, son accès étant en temps normal réservé au seul personnel de la Marine. Mais si j’avais été aussi admirative ce jour-là, c’est parce que j’avais eu droit à un privilège. En effet, mon père étant un marchand influent de Fēnia, j’eus le droit en réalité à ce que le commun des habitants d’Oloria n’avait pas le droit de voir : Fēnia vu de tout en haut, depuis le sommet du phare-clocher. Ce souvenir était mémorable.

C’était la première fois que je voyais Fēnia de cette façon. Jamais auparavant je n’avais été monter sur le plateau de l’île. Et du coup, j’étais émerveillée de voir la ville dans laquelle j’habitais, si petite. Les maisons en-dessous de moi me paraissait minuscules. De mes yeux d’enfants, elles me semblaient n’être que des jouets. Encore un peu et je me sentais capable de les attraper ! Une poignée aurait suffi. Mais évidemment, tout cela n’était qu’une impression, un sursaut de mon esprit. Je ne pouvais que m’amuser à saisir d’un œil fermé les divers bâtiments entre mon pouce et mon index. Et tout autant cela pouvait paraître dérisoire, il n’en était pas moins que je m’amusais. Je jouais avec les perspectives, essayant vainement de saisir des objets de plus en plus proches. Des petites maisons de la périphérie, j’en étais venue à essayer d’attraper les grandes bâtisses du centre-ville. Compactées non loin du jardin central, elles formaient par leur enchevêtrement un dédale où seuls les habitués réussissaient à retrouver leur chemin. Les passants en tout genre, eux, échouaient à passer sans faire plus de route que nécessaire. Ils tournaient invariablement en rond, passant quatre à cinq fois par le même endroit, jusqu’à sortir finalement par un côté. Et là, quand ils avaient de la chance, ils débouchaient sur le jardin central. Un immense parc qui était au même titre que le phare une des particularités de la capitale. En effet, son style unique en faisait un endroit privilégié pour la détente et la relaxation. Des pierres à l’allure chaotique parcouraient le jardin séparant ci et là différents micro-paysages inspirés de ceux de l’île. Ainsi, Samiolys Félichis, Tarmulis printannier et Celusonis y fleurissaient. Il fallait aussi compter dans cette disposition divers éléments pouvant être rencontrés au fil des promenades. Pavillons, étangs, ponts couverts, kiosques. C’était là autant de plaisirs architecturaux et visuels pouvant être vus pour qui s’aventurerait dans ce jardin de volupté. Il va sans dire que si les personnes précédemment égarées trouvaient là un réconfort, les plus pressées elles, ne pouvaient que pester contre leur manque de bol. En effet, alors qu’elles cherchaient à sortir de l’errance, les voilà qui tombaient dans un endroit totalement dédié à cette pratique.

Pour ma part, je n’y étais allé que quelques fois étant petite. J’avais alors fait mes premières expérimentations dans un endroit autre que mon jardin. Mais le temps passant, je m’y étais de moins en moins aventurée. J’avais rapidement fait le tour du parc et je me lassais de ces reproductions qui en plus n’étaient qu’un échantillon de ce que pouvait fournir l’île. A cette époque, il me tardait de découvrir ce que la nature pouvait m’offrir. J’étais littéralement en phase de conquête !

Toutefois, si aujourd’hui il m’était possible de revenir au sommet du phare-clocher, je verrai les choses bien différemment. Je constaterai surement avec un œil de vainqueure pour ne pas dire d’impératrice la ville qui s’étendrait devant moi. Je verrai alors les rues labyrinthiques bordant la grande avenue principale, les toits bleu minéral aux angles relevés présent sur tous les bâtiments, les entrepôts avoisinant les docks, les grandes grues de chargement alignées sur les quais, mais aussi la base de la Marine non loin du port. Tout cela constituerait alors autant de lieux conquis que je prendrai plaisir à revisiter en bonne reine que j’étais. Tout cela m’appartenait. C’était mon domaine, mon île, mes paysages !

Ramenant mes pensées au phare qui transperçait l’obscurité de sa flamme, je me pris à le regarder avec émerveillement. Il était si lumineux, si chaleureux. La lumière qu’il rependait n’était pas froide contrairement à ce qu’on aurait pu penser. Il faut dire que malgré le développement intensif de la mécanique, aucun système automatique n’avait été installé. Ce qui lui conférait d’autant plus d’authenticité et d’amour de la part des habitants. Pour faire simple, cette tour était le symbole-même des habitants d’Oloria. Hospitalité et passion. Comment ne pas tomber sous le charme, comment ne pas aimer cette ville ? A ces questions me revenait le départ imminent de Fru et Jun. Pourquoi voulaient-elles quitter cette île ?

Etaient-elles quelque part insensibles à ce que représentait cette ville ? Je tournai mes yeux vers ma sœur comme pour en avoir la réponse, mais la seule chose que je vis à la lueur des flammes, fut son expression de colère sur le visage. Elle marchait légèrement en tête, d’un pas décidé avec un regard déterminé soutenu par des sourcils légèrement froncés. De toute évidence, elle avait été énervée par les paroles défaitistes et fatalistes de notre mère.

Mais notre mère avait toujours été comme cela. Elle ne pouvait s’empêcher de se faire plus que de raison du souci. C’en était presque maladif chez elle. Il fallait toujours qu’elle s’inquiète pour quelque chose, qu’elle s’inflige une torture psychologique continue. Mais si elle était à plaindre, son entourage l’était tout autant si ce n’était plus. La personne qui en faisait le plus souvent la triste expérience n’était autre que moi. Car cela la rendait surprotectrice à mon égard, d’autant plus que je m’aventurai toute seule et en dehors de la ville. Parfois, elle arrivait presque à me faire culpabiliser d’aimer les belles choses, de ressentir les bienfaits de la nature. Il faut dire qu’elle ne m’avait jamais comprise, tout comme mon père d’ailleurs. Tous deux était complètement sourd à mon besoin d’évasion et d’amour de la nature. C’était d’ailleurs ce pourquoi je devais sortir et rentrer en cachette.

Une fois Jun partie, je devrai faire attention. Enfin … Ce n’était pas comme si j’étais dans l’incapacité de me débrouiller sans elle. J’avais réussi en bien des occasions à regagner ma chambre dans la discrétion la plus complète qui soit !


________________________________________



La troisième partie – car il y en a une autre – arrivera elle aussi dans plus ou moins deux semaines.
Par ailleurs, suite aux relevés de Bleed les trois premiers chapitres ont été corrigé.
Je vous remercie d'avoir lu.


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 Sujet du message: Re: [Fanfic] Le monde lui-même
MessagePosté: Dim 6 Jan 2013 01:03 
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Chapitre 6 – partie 3




A cette pensée, ma sœur se retourna vers moi comme si elle m’avait entendue. Etait-ce le cas ? Venais-je de parler à voix haute ? Je me tournai à mon tour instinctivement vers mes parents. Ils continuaient leur chemin comme si rien ne s’était passé. Et effectivement, au vue de l’expression planant sur leur visage, ils n’avaient rien entendu. L’expression en question n’avait d’ailleurs pas changée depuis le départ. Tous les deux avaient l’air pensif, même si pour ma mère, cet état était régulièrement interrompu par un regard de côté visant à vérifier notre position. Je revins soulagée vers ma sœur qui était maintenant à mon niveau. Elle me demanda sur un ton plus impératif qu’interrogatif :

_ Tu n’oublieras pas de m’écrire des lettres ?
_ Parce que je serai susceptible de te manquer ? Lui répondis-je avec malice et provocation.
_ Ce serait pour avoir de tes nouvelles de temps à autres, me répondit-elle en ignorant ma petite pique qui de toute évidence n’avait pas sa place dans un moment tel que celui-ci.
_ Oui, je t’écrirai, lui promis-je tandis que nous arrivions sur les quais.

Nous étions maintenant au port. Contrairement à ce à quoi je m’attendais, l’activité était fourmillante. Ça bougeait de toute part. Les soldats de la Marine sous le feu luisant de l’éclairage du port ressemblaient à des ombres grouillantes qui s’empressaient d’exécuter leur mission : charger. C’était aussi bien au sens littéral qu’au sens figuré du terme car les soldats semblaient pressés. Ils se succédaient à un rythme soutenu, sac sur l’épaule ou caisse sous le bras en direction de la caraque de la Marine, laquelle mouillait un peu plus loin. Bien sûr, il n’y avait pas qu’eux qui travaillaient. Les ouvriers du port, au commande de leur grues de chargement s’activaient à déplacer les objets les plus lourds tels que les réserves de bois, les tonneaux d’eau, les gréements, les apparaux ou encore les armes de manière générale. En regardant sur le côté, nous aperçûmes un petit groupe qui semblait patienter.

_ C’est là que je dois attendre avant de monter sur le bateau, nous informa Jun.

J’observai alors sous la lueur orangée la composition de ses futurs camarades de fonction. Sans grande surprise, je constatai qu’il n’y avait que des hommes. Tout comme ma sœur, ils étaient habillés de l’uniforme de la Marine, un habit d’ensemble bleu et blanc où chaque partie avait une couleur prédominante. Ils avaient de plus un foulard bleu légèrement desserré autour du cou et l’emblème de la Marine dans le dos. Ce dernier était symbolisé par deux arcs voutés comme pourrait l’être schématiquement un oiseau, le tout étant relié par une clé à molette. Devant eux, situé en tête de file, se trouvait un individu habillé de façon légèrement différente. Contrairement aux recrues, il portait un manteau blanc posé sur les épaules. Il devait surement s’agir d’un officier gradé. En voyant ma sœur arriver, il alla à son encontre, lui demanda son patronyme, puis une fois cela fait, gribouilla très vite sur sa fiche. Enfin, il l’invita à rejoindre le rang non sans noter discrètement : « plus qu’un ». Apparemment, il manquait encore une recrue. Intriguée de connaître son identité, je regardai discrètement par-dessus l’épaule de l’officier. Et je constatai avec surprise que la dernière personne devant arriver devait être une femme, une certaine Rosa Ladrona. Au moins, ma sœur ne serait pas la seule personne de sexe féminin.

Voyant qu’il restait encore un peu de temps avant le départ, l’idée me vint de m’éclipser pour me balader au milieu des ombres pressées du port. Seulement, mon envie semblait vouée à l’échec. Ma mère inquiète, mon père obtus et la servante fidèle me surveillaient. C’est pourquoi, il ne me restait qu’une seule solution pour parvenir à mes fins : la légalité ! Je me devais donc de demander la permission :

_ Dites, puisqu’il reste encore un peu de temps, est-ce que je pourrai faire un petit tour ?

Ma sœur et mon père me regardèrent avec un regard farouche tandis que ma mère, elle, me regarda avec air affolé. Ce fut mon père qui me donna la réponse :

_ Non. Tu restes ici jusqu’à ce que le bateau soit parti.
_ Allez, s’il-te-plaît ! L’implorais-je d’une voix presque mielleuse.
_ Non ! Intervint ma sœur. Je te connais, tu vas en profiter pour traîner et au final tu rateras mon départ.
_ Mais non, je serai à l’heure. Tiens d’ailleurs, Henrietta m’accompagnera, dis-je en prenant à témoin cette dernière.

Mon père émis un grognement pensif tout en se lissant la moustache.

_ Bon très bien. Henrietta t’accompagnera. Mais attention, je veux que vous soyez de retour dans un quart d’heure, c’est bien compris ?
_ J’y veillerai monsieur, dit la servante avec un certain ton de contrariété dans la voix.

Ce fut ainsi qu’ayant remporté une bataille légale et pourtant peu honnête, le faux caprice aidant, nous nous éloignâmes de la zone d’attente. Ma mère au loin nous regardait avec un air presque paniqué. Je n’avais pas besoin de me retourner pour le vérifier. Je le savais. Quant à ma sœur, je suspectais qu’elle me fasse la tête de me voir ainsi "m’échapper".

_ Ne nous éloignons pas trop, me dit la servante prudente.
_ Ne t’inquiètes pas Henrietta. On fait juste l’aller-retour jusqu’au bout du port.
_ Je ne suis pas bien sûre mademoiselle. Je pense qu’il serait plus sage de rester dans les environs.
_ Allez, détends-toi Henrietta. Tu sais, il faut avoir le goût du risque pour vivre pleinement. Sans ça, on est confiné à voir toujours la même chose et à rester toujours à la même place.

La servante me jeta un regard apparemment vexée.

_ Mademoiselle, si je puis me permettre, je trouve vos propos bien irrespectueux. Déjà que votre fourberie était à la limite du tolérable en me prenant en otage – car soyez-en sûre, j’ai vu clair dans votre petit jeu, vous vous permettez maintenant de me juger. Vous pensez me connaître, mais vous êtes en réalité bien loin de la vérité en ce qui me concerne. Je n’ai pas toujours été servante, vous savez. Avant d’occuper cette fonction, j’étais à mon compte. J’exerçais dans la manufacture de récipient à parfum. Donc autant vous dire que moi, j’ai vécu, et j’ai pris des risques. En fait, j’ai changé de vie. Mais pour en revenir à vous, je vous trouve bien trop immature pour pouvoir dire de telles choses. Car il aurait fallu déjà que vous appliquiez vos propres paroles.

Cette fois-ci ce fut à moi de lui jeter un regard, mais un regard de surprise. Qu’elle mouche la piquait ? Je ne comprenais pas. Et puis … immature, moi ? C’était la meilleure ! J’étais bien assez grande pour dire ce genre de chose. Et pour continuer, comment ça je n’appliquais pas mes propres paroles ? Qu’est-ce que cela voulait dire ? Voyais-je toujours la même chose, faute de ne pas prendre de risque ? Soudain, mes pensées de la veille me revinrent en mémoire. Non, c’était différent ! Je n’avais pas voulu dire ça. Mais dans le doute, je me risquai tout de même à demander :

_ Qu’est-ce que tu veux dire ?
_ Et bien vous parlez de vivre pleinement, de prendre des risques. Mais en avez-vous déjà pris vous-même ?
_ Je ne te comprends pas bien, lui dis-je alors que je pressentais ce qu’elle voulait me dire.
_ Au cours de votre courte vie, commença-t-elle en appuyant sur le « courte », avez-vous déjà entrepris de faire quelque chose qui puisse vous mettre en péril, et ce de façon irrémédiable ?
_ Je ne comprends toujours pas ce que tu me dis, mentis-je.
_ Oh si, vous comprenez très bien ce que je suis en train de vous dire, mademoiselle.
_ Non, je t’assure, repris-je d’une voix qui perdait en assurance. Mais nous arrivons presque au bout du quai. Faisons demi-tour.
_ N’essayez pas de détourner la conversation. Vous avez parfaitement compris. Mais puisque vous ne semblez pas enclin à me répondre, je vais le faire pour vous.
_ Non, ça ira … Tentais-je encore une fois pour échapper à cette réponse que je ne voulais plus entendre.
_ Vous n’avez jamais pris de décision et fait de choix qui vous engage vraiment. Vous fuyez constamment. Mais au final, je vais vous le dire, vous faites du sur place. Vous fuyez la responsabilité de vos choix. Vous vous enfermez dans une bulle, dans votre monde, en espérant oublier votre situation.
_ C’est faux ! M’écriais-je.
_ Oh non, mademoiselle, ce n’est pas du tout faux. C’est la vérité. Vous savez, je vous connais bien. Je travaille au service de vos parents depuis bien avant votre naissance. Je vous ai vu rire. Je vous ai vu grandir. Je vous ai vu partir en vadrouille. Je vous ai vu revenir tard le soir de vos escapades, alors que tout le monde dormait. Je vous ai vu vous enfermer dans votre monde et ce dès la première fois lorsque vous vous êtes retirée dans le jardin. Vous vous en souvenez ? Ce monde, vous seul semblez le comprendre et l’apprécier. Mais il n’en reste pas moins une prison, votre prison. Alors, je me dois de vous le dire mademoiselle, vous êtes prisonnière du monde, de vous-même.
_ Non c’est faux ! Dis-je plus pour me convaincre moi-même que pour persuader Henrietta. C’est faux, c’est faux, c’est faux …

Mes paroles allèrent décroissantes, jusqu’à bientôt être recouvert par mes pleurs. Henrietta s’approcha de moi, prête à me réconforter après m’avoir dit ce que je ne voulais pas entendre. Mais soudain, une voix s’éleva coupant court à son approche :

_ Tu es finalement venu Fellia ?

C’était Fru.


________________________________________



Dernière partie de ce chapitre.
Si vous veniez à relever des fautes, merci de bien vouloir me les communiquer. Je corrigerai aussitôt.
Je vous remercie d'avoir lu.


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 Sujet du message: Re: [Fanfic] Le monde lui-même
MessagePosté: Dim 10 Fév 2013 02:56 
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Chapitre 7




En entendant la voix familière de Fru, je relevai la tête après avoir séché à la va-vite mes quelques larmes. Néanmoins, cela ne suffit pas à la berner car elle me demanda :

_ Tu vas bien Fel ? Tu es toute pâle.
_ Oui … ça va, lui répondis-je d’une voix encore légèrement troublée.

Il est certain qu’elle devina que j’avais pleuré, pourtant elle n’explicita pas son inquiétude et se contenta de faire comme si de rien ne s’était passé. Cela était sans doute pour ne pas me mettre mal à l’aise. Pour cela, je lui en étais reconnaissante.

_ Viens, je vais te présenter à l’équipage ! Me dit-elle en m’entraînant par la main.

Je lançai un regard inquiet vers Henrietta. Celle-ci en réponse hocha la tête avec comme un air contrarié. Apparemment, il restait encore du temps.

_ Tu es sûre que c’est une bonne idée ? Lui demandais-je d’une voix encore peu sûre. Ce sont tout de même des pirates et moi une fille de riche famille marchande.

A ces mots, Fru éclata de rire.

_ Ahahah ! Oui, bien sûr. On va te capturer pour te monnayer contre de l’argent.
_ Vraiment ?!
_ Mais évidemment ce ne sera pas aussi simple, continua-t-elle. On fera de toi notre complice. On t’obligera à voler tes parents, puis ensuite, tous les riches marchands qu’ils fréquentent !
_ Tu es sérieuses ?
_ Ah ton avis ? Ahahahah ! Bien sûr que non ! Qu’est-ce que tu peux être naïve parfois. Tu verras, ils sont tous sympas.

Nous nous dirigeâmes d’un pas pressé vers le bout du quai. Apparemment, la raison à cela était qu’ils devaient sortir assez tôt pour profiter du vent, lequel soufflait abondement depuis hier. Si j’avais bien compris, plus vite ils auraient mis les voiles, plus vite ils seraient loin. J’imaginais qu’ils devaient être impatients de commencer leur voyage de pirates. Je me demandais bien où ils iraient une fois en mer. Soudain, nous arrivâmes devant le fameux navire pirate et … je ne pus m’empêcher de rire :

_ Ahahah ! C’est ça ton navire pirate !

Sur le coup elle parut légèrement vexée, ce qui était totalement compréhensible. Mais je ne pouvais m’empêcher de rire. Peut-être était-ce le trop plein de tension qui s’était accumulé en moi ? Quoi qu’il en fût, je riais tellement que j’étais pliée en deux.

_ Et bien quoi, il ne te plaît pas !? C’est un très beau navire pirate !

Au mot « pirate » mes éclats de rire redoublèrent d’intensité.

_ « Navire pirate » ! Ahahahahah ! Ça, un « navire pirate » ! Ahahahahah ! Il est si petit !
_ Tu t’attendais à quoi ?! A un galion ?
_ Il n’a qu’un seul minuscule mât ! Poursuivais-je en riant.
_ Et bien oui, c’est un mât. Et puis, il n’est pas petit ! Il est juste de taille modeste.
_ Et la proue, c’est un nain de jardin !
_ Non, c’est un marin tenant la barre, rectifia-t-elle contrite d’entendre de telles absurdités.
_ Et le pont, il y a des planches qui ne sont pas fixées !
_ Bon ce n’est pas bientôt fini ! Me lança-t-elle exaspérée.

Mais je ne pouvais pas, je riais tellement que j’avais un point de côté. Néanmoins, je fus tout de même obligée de stopper net mon fou rire lorsqu’une douche d’eau salée s’abattit sur moi. J’étais à présent mouillée de la tête au pied. Je relevai alors la tête pour comprendre ce qu’il venait de se passer. Je vis un homme, plus vieux mais pas pour autant dénué de jeunesse, les cheveux brin ébouriffés, les yeux noirs, assez grand en taille car il me dépassait d’une tête, tenant un seau vide. Il ne m’en fallut pas plus pour faire le rapprochement entre son seau et ma douche.

_ Désolé, le seau m’a échappé des mains, déclara-t-il.

« Mais pas du tout », pensai-je intérieurement. « C’était un acte clairement prémédité !». Fru déclara alors :

_ Je te présente mon capitaine, Fellia.
_ Enchanté Fellia, dit alors ce dernier, moi c’est Adaiho. Mais tu peux m’appeler Ad.
_ Dans ce cas, enchanté Ad, lui répondis-je à mon tour. Dites-moi …
_ Tu peux me tutoyer, capitaine n’est qu’un titre.
_ D’accord. Je me disais, outre le fait d’arroser les personnes que tu rencontres, toi et ton équipage, vous allez où ?
_ Où nous allons ? Répéta-t-il comme pour comprendre le sens de la question. Et bien … Il n’y a pas d’endroit précis. On ira là où le vent nous poussera.
_ Mais vous ne risquez pas de vous perdre ?
_ Si probablement, me répondit-il en souriant.
_ Je ne comprends pas. Ne vaut-il pas mieux savoir où l’on se trouve et où l’on va ?
_ Tout dépend de ce que l’on veut faire. Dans notre cas, c’est le but recherché. On se perd pour mieux se retrouver.
_ Mais, pour quoi faire ? Quel est l’intérêt d’une telle démarche ?
_ Si tu n’as pas encore compris, je ne peux te l’expliquer. Il faut le vivre pour comprendre.
_ Mais vous ne l’avez pourtant pas encore vécu ! Dis-je en me tournant vers l’ensemble de l’équipage, lequel était maintenant au complet avec les deux hommes venant d’arriver.
_ Moi si, répondit simplement le capitaine.
_ Donc ça voudrait dire que tu as déjà voyagé ?
_ En effet, j’étais déjà pirate.

Je me souvins tout à coup des paroles de Fru la veille. C’est vrai, c’était un pirate, elle me l’avait dit. D’ailleurs, elle m’avait aussi déclaré qu’elle le connaissait déjà. Par quels mystères cela était-il arrivé ? Mais plus important encore, une question restait en suspens dans mon esprit :

_ Pirates … Cela voudrait dire que tous sont comme toi, des personnes qui se cherchent ?

Adaiho ne répondit pas immédiatement.

_ … D’une certaine manière, si l’on peut dire. Mais pour se retrouver, il faut déjà se perdre.
_ Je ne comprends toujours pas. Mais puisque tu as l’air de dire que tu t’es déjà perdu, t’es-tu dans ce cas retrouvé ?

Fru parut étonnée de la tournure que venait de prendre la discussion, si bien qu’elle me regarda avec de grands yeux. Peut-être pensait-elle que poser ce genre de questions ne me ressemblait pas, à moins qu’il ne s’agisse d’autre chose. Son expression trahissait une certaine gravité que je savais se manifester lorsqu’elle était pensive.

_ Je ne peux pas répondre à ta question simplement. J’ai cherché à trouver l’inconnu, mais j’ignore si je l’ai réellement trouvé. C’est d’ailleurs sans doute pour cela que je repars en mer, déclara-t-il en riant.
_ Et j’ai une dernière question.
_ Vas-y, je t’écoute.
_ Que feras-tu lorsque tu te seras perdu et retrouvé ?

Dans un premier temps il me lança un regard étonné. Puis, dans un second temps, il tourna la tête en direction de l’obscurité océanique. Et ce fut ainsi qu’il déclara :

_ Sans doute me perdrai-je à nouveau.

A ce moment-là je tressaillis. J’eus comme une drôle d’impression. Son regard, bien que peu visible sous l’éclairage du port, avait une profondeur telle que je n’en avais jamais vu auparavant. Qu’était-ce ? De la tristesse ? Un sursaut de mélancolie ? Ou quelque chose de complètement opposé comme de la détermination ? Je ne savais pas bien, mais il y avait quelque chose dans ce regard. Une chose extraordinaire, impalpable et pourtant si puissante que cela semblait, l’espace d’un instant, avoir irradié tout son entourage moi y compris. Je me sentais à présent comme transportée. J’avais l’impression que plus rien ne m’était impossible, que je pouvais tout faire. Sans contrainte d’espace et de temps. Je me sentais libre et immortelle !


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Je vous remercie d'avoir lu.


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 Sujet du message: Re: [Fanfic] Le monde lui-même
MessagePosté: Mer 3 Avr 2013 15:45 
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Chapitre 8




Ce sentiment était là, en moi. Et bientôt, il se transforma en pulsion. J’avais envie de tout faire. De courir partout, d’escalader les grues, d’y sauter une fois en haut, de me jeter à l’eau, de prendre le premier bateau, de partir ! Plus rien ne me retenait si ce n’était mon esprit. La mort ne m’effrayait pas, le vide non plus, la peur encore moins. Je me sentais capable de tout. L’énergie débordait en moi. Mais qu’était-elle ? Je n’avais pas de mot. Elle bouillonnait, m’envahissait, se répandait dans tout mon corps, me donnait la force de faire les plus grandes folies. Avec elle en moi, rien ne pouvait m’arrêter. Rien ni personne, j’étais invincible !

Dès lors, le monde ne me faisait plus peur. Je le craignais toujours, mais plus comme avant. A cet instant, il m’apparaissait comme un rival. Un rival surpuissant que je me devais de battre. Mais sa puissance et sa grandeur ne m’intimidait plus, aussi petite fus-je, je me sentais capable de lui mettre la dérouillée de sa vie. Qu’il vienne s’il l’ose, je lui montrerai de quoi je suis faite ! Entre nous deux, c’était à lui de me craindre, pas à moi.

Seulement voilà, ce sentiment de liberté et de puissance absolue aussi fort soit-il ne dura pas. Il s’envola aussi subitement qu’il était venu. Je me retrouvai alors de nouveau dans ma situation précédente. Dans une réalité limitative où ce qui m’avait été un comme rêve m’était impossible. Je n’étais ni immortelle ni totalement libre. Du moins … Il y avait comme un goût amer qui me restait dans le cœur. C’était vrai, je n’étais pas immortelle, mon temps m’était compté. A un moment ou un autre, je finirai par mourir. Et de la même façon, je n’étais pas libre. Je ne pouvais me retrouver où je le souhaitais quand je le voulais ni ne pouvais me déplacer partout. Les lois de la physique me l’en empêchait. Mais pourtant, de ces deux choses dont j’avais entrevu l’espace d’un instant l’apogée en mon sein, je possédais bien ces deux capacités : la vie et la liberté de mouvement. Alors, si possédant même à un degré moindre ses capacités, pourquoi ne faisais-je pas ce dont j’avais envie, même à mon niveau ?

A cette question, je repensai soudain aux paroles d’Henrietta : « avez-vous déjà entrepris de faire quelque chose qui puisse vous mettre en péril, et ce de façon irrémédiable ? ». Peut-être était-ce cela qui m’en empêchait. La peur de l’engagement, la peur de l’inconnu. Mais qu’était-ce contre mon envie ? Lui étaient-ils supérieurs ? Supérieurs au point de m’empêcher de faire ce dont je voulais vraiment ? De toute évidence, je ne pourrai pas vivre sans la peur. C’était une partie de moi, qui sommeillait en moi, qui vivait en moi. Mais elle devait pourtant cohabiter avec le reste de mes émotions. L’envie et la peur devait coexister ensemble. De la même façon qu’elles l’étaient pour les pirates. Il fallait aller de l’avant, vers l’inconnu. Il fallait se perdre pour mieux se retrouver, pour mieux s’affranchir. En somme, il fallait se remettre en cause pour accepter ce que l’on était et les contradictions qui nous habitaient.

Mais cela restait tout de même une chose difficile à faire. Accepter ses faiblesses était une chose, les vivre en étaient une autre. On pouvait les savoirs en nous, les reconnaître, on ne pouvait en revanche les dépasser à défaut de les ignorer. Cela m’était impossible. Et croire que cela le fut tout de même aurait été une bien douce illusion, avec pour seul porte sortie, la réalité. Moi qui n’aimais pas les illusions, je ne pouvais pas m’y laisser enfermer en ayant conscience de la chose. Soudain, quelque chose attira mon regard. Une lumière.

Je tournai alors mon regard vers la mer. Une infime ligne lumineuse venait d’apparaître. Qu’était-ce ? Encore un rêve ? Ou pire, une illusion ? Non, ça ne semblait pas. Je tendis mon bras devant moi, la pellicule de lumière m’aveuglait. A travers mes doigts, j’entrevoyais ce mince filet de lumière pâle. D’un blanc intense, légèrement rougeâtre, l’auréole aplatie grandissait, lentement mais surement. J’apercevais des scintillements dans le lointain, son reflet bien qu’encore incertain semblait danser sur la mer. Les ombres étirées des vagues dessinaient avec précision le contour de toutes choses. Il en était de même pour la ligne horizontale qui trônait un peu plus haut. Au départ invisible sous la lumière, elle devenait au fur et à mesure qu’on la parcourait de plus en plus distincte. A en croire mes yeux, elle séparait deux océans d’un bleu nuit qui donnaient l’impression de se rejoindre sur tout le long de cet axe. Pourtant, en continuant de la suivre des yeux, elle finissait par fuir vers les ténèbres, comme pour se cacher de tout regard, dont le mien. C’était donc ça l’horizon ? Cette ligne que jamais je n’avais observée. Comment avais-je fait pour ne jamais la regarder ? Littéralement, on ne voyait qu’elle. Elle rayonnait de par sa présence et son éclat. Mieux. Elle perçait l’obscurité, la traversait, la pourfendait pour finalement, parvenir jusqu’à moi. Elle se révélait après tant d’années d’obscurantisme de ma part, à mon regard.

_ C’est un spectacle dont je ne me lasse pas, déclara Fru.

Elle aussi appréciait cet évènement unique en son genre. Pourtant, cela n’était pas la première fois qu’elle le voyait. Pouvait-on vraiment ne pas s’en lasser ? Des multiples paysages que j’avais observé sur l’île, des innombrables odeurs que j’avais sentis ou des milles et une surface que j’avais touchées, je dois bien l’avouer, il m’était déjà arrivé de ne pas éprouver autant de satisfaction que lors de la première fois. Le plaisir était toujours présent, mais étrangement, paradoxalement, il n’était pas le même. Ou plutôt devrais-je dire, il n’était plus le même. Il était différent. Il était autre. Il n’y avait plus cette excitation si caractéristique des premières fois. Et aujourd’hui, pourtant, je ressentais de nouveau cette sensation oubliée. Je me sentais tressaillir de plaisir.

La découverte … Cela faisait si longtemps que je n’avais rien entrepris de tel. J’en avais même oublié la notion, l’assimilant alors inconsciemment, en redécouverte. Mais les deux termes n’étaient pas les mêmes. Ils étaient différents. Voir même peut-être, opposés. Me souvenir ainsi d’un sentiment oublié provoquait chez moi, la montée d’une sensation étrange. J’avais l’impression de revoir un être cher. De rencontrer à nouveau une connaissance entrevue à un certain moment de ma vie. Lequel ? Laquelle ? Je ne sais pas. Je ne saurai dire. Cela faisait tellement longtemps. Tellement longtemps que je parcourais inlassablement mon île. De long en large, de haut en bas. De travers ? Peut-être bien. Tout avait été si routinier, si habituel, si journalier. Les rouages tournaient et répétaient indéfiniment le même cycle, le même schéma, la même histoire. Qu’avais-je fait durant toutes ces années ? Quels risques avais-je entrepris pour m’extirper de cette répétition sans fin ? Devant cette ligne d’horizon aux teintes multiples, la réponse m’apparaissait. Aucun.

Je n’avais rien fait. Je m’étais contenté de rester à la même place, dans une situation confortable. Où chaque jour durant, je me dorlotais sur des sensations déjà expérimentées. De l’île je connaissais tout, de l’ailleurs, du monde, je ne connaissais rien.

Je ne savais rien du monde lui-même.


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Je vous remercie d'avoir lu en espérant que vous aurez apprécié ce chapitre.


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 Sujet du message: Re: [Fanfic] Le monde lui-même
MessagePosté: Dim 16 Juin 2013 02:18 
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Chapitre 9




Le soleil à présent dépassait de moitié la ligne d’horizon. Les vagues autrefois d’une noirceur ténébreuses, se teintaient peu à peu d’une ondée bleu-orangée où les reflets dorés su soleil levant, miroitaient par à-coup selon les mouvements des vagues. Petit à petit, au fil de la montée de l’astre flamboyant au-dessus de la ligne d’horizon, le jour se faisait. Tout devenait plus clair, plus visible. Mes pensées, le paysage, l’environnement. Le quai m’apparaissait alors plus long que ce que j’avais imaginé. Je me demandais bien comment j’avais pu parcourir autant de distance en si peu de temps. Je n’avais pourtant pas couru. Mais il était vrai en revanche, je m’en souvenais maintenant, que j’avais pressé le pas sous le spectre du temps qui m’était imparti. Je m’étais donc dépêchée, traversant le port et sa cohue, sans pour autant bien que paradoxalement, me presser. A présent, je voyais ce que j’avais franchi. Des colonnes d’hommes occupés au chargement de non pas un navire, mais en vérité, de deux navires. Car contrairement à ce que j’avais cru, c’était bel et bien deux bateaux qui étaient ancrées au port et qui attendaient de partir. J’aurais pu compter le troisième, à savoir celui de Ad et Fru, mais du fait qu’il fut de nature ou du moins à vocation pirate, il ne pouvait rentrer dans la même catégorie. Il était criminel !

Le bateau que je découvrais à présent était une caravelle marchande comme il en existait des dizaines. C’était un deux-mâts dont une des voiles était imprégnée d’un symbole. Il s’agissait d’un enchevêtrement de deux ronds, l’un orange et l’autre jaune. Du centre partaient huit rayons qui s’étendaient jusqu’aux extrémités orange du cercle. Et à la manière d’un soleil auréolé, cet emblème représentait le phare-clocher, la fierté de Fēnia. On appelait cet insigne « l’Auréole du crépuscule ».
L’autre voile en ce qui la concerne revêtait les initiales F-Ha2. Je savais que la première lettre indiquait le "F" de Fēnia mais la deuxième, censée indiquer le nom de la famille marchande propriétaire du navire, m’était néanmoins inconnue. Je ne la connaissais pas.

En décalant maintenant mon regard vers le bas, je fus intriguée par les cargaisons embarquées par les hommes. L’une d’entre elle était à ma plus grande surprise volumineuse. Assez en tout cas pour que j’en vienne à me demander quelle était sa nature. Vraisemblablement, cela n’était pas des produits odorants car sinon cela aurait pris la forme d’un point sombre d’apparence carrée, que j’aurai alors pu identifier comme étant une caisse. Mais là c’était différent. C’était long et sans vraiment de forme reconnaissable. A ce moment-là Fru déclara :

_ Au fait, je ne t’ai pas encore présenté les deux autres membres de l’équipage !

Et sans attendre une quelconque réponse de ma part, elle enchaîna :

_ Voici Zolik, dit aussi le Plaisantin.
_ C’est une horreur, me lança-t-il.
_ Une horreur ?
_ Quoi une horreur ?
_ Et bien tu m’as dit « c’est une horreur ».
_ Moi j’ai dit ça ?
_ Oui.
_ Quand ça ?
_ Mais à l’instant, voyons !
_ Vous êtes-sure ?
_ Certaine même. Et puis ce sera tu pour moi.
_ Alors dans ce cas ce sera vu pour ma part.
_ Hein ?
_ Oui, c’est tout vu. Je ne m’en souviens pas.
_ Tu … enfin vous
_ vu.
_ Oui j’ai compris, c’est tout vu. Vous ne vous en souvenez pas.
_ Non ce n’est pas vous mais vu.
_ Pardon ?
_ J’y tiens.
_ Si vous … vu … voulez. Je disais, vu avez la mémoire courte.
_ Sans doute faut-il le croire. Quelle était la situation dans laquelle j’ai dit cette fameuse phrase ?
_ Vous … Vu vu apprétiez à vu présenter.
_ Vraiment ! A qui ?
_ Mais à moi !
_ Et qui suis-je ?
_ Zolik, dit aussi … le Plaisantin !

Ça y était ! Je venais de comprendre ! Depuis le début je me faisais balader par ce type ! A ce même moment, toute la petite troupe éclata de rire.

_ Ça c’est du Zolik tout craché, lança Fru.

Quel déshonneur ! Moi, Fellia, experte en parlotte je m’étais faite piéger. Je me sentais bafouée. Comment avais-je fait pour ne rien voir ? C’était gros pourtant ! A présent je me sentais vindicative. Je voulais une revanche ! Il était hors de question que je reparte sur une défaite ! Seulement Fru emportée par un entrain soudain se remit à parler :

_ Quant à mon autre compagnon, il s’agit de …
_ Petturi, se présenta-t-il en coupant Fru. Pour te faire un bref aperçu de ma personne, on dit de moi que j’ai la détente la plus rapide de toutes les mers …
_ C’est sûr que pour ce qui est de te détendre tu sais faire … railla Zolik.
_ Un vrai paresseux, ajouta Ad.
_ … Si seulement on te voyait plus souvent faire preuve de détente quand il s’agit de te lever, reprit le Plaisantin.
_ Vous venez de me casser mon entrée ! J’ai l’air de quoi maintenant ?! S’insurgea Petturi.
_ D’un vent-ard, répondit Zolik du tac-au-tac.
_ Ou de quelqu’un qui est assez gonflé pour enjoliver sa propre personne, reprit Fru.
_ Bref tu ne manques pas d’air, termina Ad.
_ Vois comment ils s’allient contre ma pauvre personne ! Me dit Petturi en me prenant à témoin. Qu’ai-je fait pour mériter un tel acharnement ?
_ Mais rien justement, répondit Ad.
_ Oui, tu brasses de l’air à longueur de journée, renchérit Zolik.
_ En résumé, l’air de rien tu ne fais jamais rien, finit Fru.
_ Que de méchanceté ! Puisque c’est comme ça je ne dis plus rien ! Dit Petturi en dévisageant ses camarades.
_ Mais non Petturi, ‘boude pas ! C’était pour te taquiner.
_ Mais non laisse, ça nous fera plus d’air à respirer, railla une nouvelle fois Zolik.

« C’est un sacré groupe » pensais-je intérieurement. Puis à haute voix, je demandai non sans amusement :

_ C’est toujours comme ça ?
_ A peu près, me répondit Adaiho suivi de Petturi :
_ Oui, malheureusement. Ma pauvre personne pourtant si gracieuse est constamment sujette aux railleries de ces marins d’eau douce.
_ Tu ne devais pas ne plus rien dire ? Lui lança Zolik.

En réponse Petturi se retourna en poussant un petit « Pfuu ! », signe de sa bouderie.
C’était un personnage bien étrange qui avait semblait-il, un caractère bien particulier. Son visage émacié était plutôt long et il se dégageait de celui-ci un air de bon vivant. Ce qui était assez paradoxale non seulement par rapport à sa silhouette mais aussi par rapport à son attitude. Vraiment, cet individu était un drôle personnage. Mais comparativement, Zolik n’avait rien à lui envier. Lui aussi semblait un sacré numéro. Il semblait toujours à l’affut à de la moindre occasion pour plaisanter comme le disait si bien son surnom. Sa taille plutôt grande renforçait cette impression. On aurait dit qu’il avait un œil sur tout ce qui se passait et que par conséquent rien ne lui échappait. C’était là à n’en pas douter un adversaire redoutable. Mes années d’entraînements avec ma sœur – ou plutôt contre devrais-je dire – ne serait pas de trop pour me permettre de lutter contre un esprit aussi mesquin.

A cette brève pensée, les souvenirs des innombrables joutes verbales contre Jun me revinrent l’espace d’un instant en tête. Il y en avait tellement. Combien de fois s’était-on titillé dans nos jeux de "moralisatrice-rebelle" ? Maintenant qu’elle partait, je regrettais ces confrontations. Cela n’avait pas toujours été de bons moments, et même parfois pour tout dire, cela avait été des situations désagréables. Mais à la lumière d’un départ imminent, tout me paraissait ne constituer qu’une suite de bons souvenirs. C’était bizarre … mais, je me sentais comme envieuse de tous ces moments passés ensemble. J’avais envie qu’elle reste. J’avais envie que notre relation perdure. J’avais envie que tout continue comme avant, que ne rien change. Car sinon, qu’allait devenir nos rapports ? Resteraient-ils les mêmes ? Il était vrai qu’ils étaient conflictuels, mais c’était ça notre relation ! C’était des moments de complicité qui alternaient avec des moments de disputes. Nous échangions comme ça. Et moi, c’est ce qui me plaisait au fond. Car j’aimais ce rapport si particulier que nous entretenions. Il était spécial voire, unique. En somme, c’était une relation privilégiée que je ne pense pas avoir entretenu avec qui que ce soit d’autre. Même pas avec Fru. Ainsi, les souvenirs me traversant l’esprit réveillaient en moi, une certaine tristesse. Ma sœur partait et cela quelque part me peinait. Jun ne serait plus, notre relation s’amenuiserait, se distendrait et enfin, moi, je resterai derrière comme … abandonnée.

Et comme par association, je me mis alors de nouveau à regarder la cohue du port, reprenant là où je m’étais arrêtée. Les va-et-vient allaient semblaient-ils, en s’amenuisant. Bientôt le chargement serait totalement effectué et le bateau pourrait partir. Ce qui serait aussi le cas du navire de la Marine, dans un temps relativement court. Enfin … je suspectai que c’était prochainement, je n’avais aucune idée du temps qu’il me restait. Et je n’osais regarder dans la direction d’Henrietta. Qui sait pendant combien de temps je pourrai rester ici, avec une amie et des personnes sympathiques ? Quelque part, j’avais envie que ce moment perdure pour toujours, qu’il s’éternise …

Mais ce qui devait arriver arriva. Tandis que je remontais toujours plus loin vers la source de l’acheminement des cargaisons, Henrietta entra dans mon champ de vision. Cela était clair, il n’y avait pas besoin de mots. C’était l’heure !
A ce même moment Fru inspira profondément et me dit :

_ Fellia … Viens avec moi !


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Bonus :
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Ça fait quelques temps que je n'avais pas donné de nouvelles de l'histoire, j'espère que vous apprécierez toujours autant. Je vous remercie d'avoir lu.


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 Sujet du message: Re: [Fanfic] Le monde lui-même
MessagePosté: Ven 19 Juil 2013 01:20 
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Interlude




Contre mon dos, je sentais le vent me percuter abondamment de son souffle puissant. Ma longue chevelure rousse voltigeait et ondulait à bride abattue selon le gré du vent. Mes yeux tout comme mon visage étaient cachés et moi, je ne voyais rien sinon une tempête orange cuivrée. Tout n’était alors que chaos et violence ! Et à l’image de ma vision, je me sentais habitée d’un cri sourd, inaltérable qui n’attendait que de sortir. Mais pourtant …

Rien !

Rien ne sortait ! Tout aussi immuable qu’était cette colère, elle ne sortait pas. Elle restait là ... étreinte et piégée dans ma poitrine.

Ce jour-là, si je n’avais pas vu … si j’avais pour une fois, une seule fois, fermée les yeux … Si seulement … Alors tout cela, peut-être, n’aurait pas été.


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Un petit passage que j'avais prévu depuis longue date, dans la lignée du prologue.
Je vous remercie d'avoir lu (surtout que ce passage était court ! - *ironie et auto-dérision*).


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 Sujet du message: Re: [Fanfic] Le monde lui-même
MessagePosté: Dim 4 Aoû 2013 14:13 
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Chapitre 10



Antérieurement à Oloria

Devant cette affirmation soudaine, je restais coi. Que pouvais-je dire ? Je voyais bien que ce n’était même pas une demande, que c’était de l’ordre du souhait. On voulait de moi, on attendait de moi que je fasse partie d’un équipage, pirate qui plus est. Vraiment, je ne savais pas quoi répondre. C’était trop soudain, trop direct. S’il y avait bien une expression qui aurait parfaitement qualifiée mon attitude à ce moment-là, ça n’aurait pu qu’être celle-ci : je restais interdite. Interdite tant dans mon inaptitude à répondre tellement j’étais surprise et prise au dépourvu, que dans ma capacité à appréhender ce qu’on me demandait de faire, ou plutôt d’être. Car c’était bien là le problème, ou tout du moins l’un des problèmes. On me demandait par cette affirmation de devenir pirate !

Et de toutes les choses qu’on aurait pu attendre de moi, ce devenir était avec la fonction de marine celle qui me rebutait le plus. Pirate ! Le statut qui vous plongez à vie dans l’illégalité et dans la criminalité. Mais moi je ne voulais pas devenir criminelle ! Je tenais à rester libre, loin des prisons où croupissent les crapules ! De toute ma vie, jamais, en aucune façon je ne tenais à connaître les barreaux froids d’une cellule miteuse. La liberté était trop précieuse pour prendre le risque de connaitre pareil sort. Et c’est pourquoi je ne voulais pas être pirate. Les actes criminels, les pillages, les boucheries sans noms, tout ce qui composait la piraterie n’étaient pas faits pour moi. Je n’en voulais pas !

Et puis que penserait ma famille de moi ? Ma sœur qui plus est ? Elle qui allait devenir marine, n’aurait-elle pas honte de me voir ainsi dans le camp ennemi, celui contre qui la Marine se battait corps et âme pour rétablir l’ordre et la paix ? Non décidément, je ne voulais pas être pirate. J’avais trop peur de finir sous la lame de l’échafaud ou sous les balles d’un peloton d’exécution comme l’avait été bon nombre de forbans sur cette île. Si Fru tenait à finir comme ça, qu’elle le devienne. Mais dans ce cas ce serait sans moi ! Je n’avais pas à accepter son offre et connaître un sort aussi misérable et affreux que celui de pirate, mort par ailleurs. Et puis de toute façon, ma famille avait une réputation à tenir. La famille Faongelle n’était pas n’importe qu’elle famille d’Oloria. C’était une maison prestigieuse, qui se tenait dans les plus hautes sphères de l’île. Elle exerçait une influence considérable, aussi bien dedans dans qu’en dehors du conseil marchand et peu de maisons concurrentes pouvaient en vérité lui tenir tête. Me faire pirate reviendrait alors à la décrédibiliser et à l’affaiblir aux yeux des autres maisons marchandes. J’étais peut-être irresponsable comme me le disait souvent ma sœur, mais pas au point de mettre en péril les affaires de mon père. J’étais suffisamment consciente à ce niveau-là pour savoir ce qu’impliquerait un tel statut. Il était vrai qu’en règle générale je me fichai éperdument de leur réputation, mais pour une fois, cet élément avait de la valeur. C’était un argument de poids et je ne pouvais ne pas l’ignorer. Ou sans doute, je m’efforçai de ne pouvoir l’ignorer. Quoi qu’il en fût, il faisait obstacle à mon engagement dans la piraterie.

Et il y avait de quoi ! Outre la position sociale de mes parents, eux que penseraient-ils de voir leur fille aînée se reconvertir en une criminelle des mers ? Sans doute me renieraient-ils à défaut de ne pouvoir me retenir sur le droit chemin. Indéniablement, je ne pouvais me faire pirate. D’autant plus d’ailleurs qu’Henrietta était là pour me surveiller, et maintenant, me ramener.
Et puis quoi ! Fru qui me demandait de la suivre ! Qu’espérait-elle de moi ? Que je parte avec elle ? Que je quitte mon île ?
Comme une réponse à ces questions, une idée se figea dans mon esprit.

Quitter mon île …

Partir …

Non ! Je ne pouvais pas ! J’avais un statut à respecter et il fallait que je le tienne. Et puis de toute façon, il était hors de question que je devienne pirate.

Pirate ?

La discussion de la veille avec Fru me revint en mémoire. « il existe d’autres sortes de pirates. Des aventuriers. », m’avait-elle dit. Des aventuriers … Ce mot résonnait en moi comme un écho et à chaque murmure, une étrange sensation croissait en mon sein.

« Une aventurière, moi ? »

Mais, n’était-ce la même chose que pirate ? Les deux termes quoi qu’on puisse en dire se confondait sous la même appellation. Si je venais à être aventurière, je deviendrai par le même coup pirate. C’était inévitable. Pourtant Fru m’avait affirmé que les deux étaient différents et qu’il y avait là un amalgame. Alors, si je venais à être aventurière, serai-je vraiment pirate ?

Je ne savais pas trop, le doute s’installait en moi. Il me semblait quelque part que ce que me proposait Fru n’était pas vraiment de devenir pirate. J’avais même l’impression que si j’acceptais je ne serai le pas du tout. J’avais à la place le sentiment que ce serait une nature différente, mais je ne savais pas bien quoi. Aventurière ? Vagabonde ? Marin ? Tout cela à mes yeux me paraissait ne faire qu’une seule et même chose. Car je ne savais pas en quoi l’un pouvait être différent de l’autre. D’ailleurs, en quoi consistait le statut d’aventurier ? Car c’était bien ce que Fru m’avait dit vouloir être. Elle voulait vivre des aventures. Mais là aussi, je ne voyais pas bien ce qu’elle voulait dire. Qu’était-ce qu’une aventure ? Des dangers ? Une prise de risque ? Un terrain étranger ? Le concept m’échappait. Sur l’île, si tant soit peu que l’aventure puisse se définir par ces termes, cela n’avait aucun sens. Je connaissais l’île dans ses moindres recoins et il n’y avait pas de danger qu’on puisse se représenter par une menace. La ville était par définition un lieu de sécurité. Et ce qui lui était extérieur sur l’île, l’était tout autant si on connaissait les lieux. La seule chose en vérité qui soit véritablement un danger, et ce pour tous, étaient les pirates. Les pirates venant de l’extérieur, en dehors de la ville et en dehors d’Oloria. Eux étaient une menace sérieuse ! Ils s’acharnaient semblait-il à vouloir attaquer la capitale, Fēnia. Encore et toujours, sans jamais qu’une année ne se déroule sans qu’une attaque ne survienne. Si le danger de l’aventure devait être les pirates, il était clair que je ne les rejoindrais pas.

Mais en y réfléchissant, je repensai aux motivations de Fru. Elle m’avait dit vouloir partir pour deux raisons. « Pour quitter cette île » et « pour découvrir le monde ».
Le monde … Encore une fois ce mot résonna dans mon esprit. Il avait par je ne sais quelle raison une connotation mystérieuse, intrigante et même, envoûtante. J’étais comme ensorcelée par ce simple mot, qui peu à peu se répandait dans mon corps. Je me sentais alors imbibée par ce lent mais sûr écoulement qui se déversait à travers moi. Et de la même façon, ma pensée pourtant si fluide, semblait ne se concentrer que sur une seule chose. Le monde. Ce même monde dont je ne savais rien et dont j’étais ignorante. Caché dans l’au-delà, derrière l’horizon, il avait été pendant dix-sept années cachées à mon regard, à mes sens, à ma sensibilité. Et pourtant, aujourd’hui pour la toute première fois, j’avais entrevue ses portes. J’avais vu l’horizon. Auréolé, lumineux, flamboyant, il m’avait été enfin révélé ! Et de cette révélation, j’avais ressenti l’excitation. Celle de la découverte. La vraie !

Partir ne me semblait alors plus si insensé que cela. Je ressentais une envie, croissante, qui allait de en crescendo. C’était comme si le monde extérieur m’appelait. Et comme si en réponse mon esprit lui répondait.

« J’arrive » disait-il, « Je viens tout de suite ». Je sentais naître alors en moi une sensation forte. Ce sentiment ou plutôt cette volonté m’habitait littéralement. Mais à la différence de tout à l’heure, je ne me sentais pas invincible ou immortelle. Je gardais les pieds sur terre et j’avais conscience de mes limites ainsi que de la réalité. Il ne s’agissait pas là d’une pulsion. C’était une volonté ! J’avais envie de voir ce qu’il y avait de l’autre côté de l’horizon. Et pour cela, il me fallait partir.

La proposition de Fru me parut alors tentante, très tentante ! Aussi attrayante sans doute que je ne pus jamais le vivre de toute ma vie passée. Et j’eus envie de répondre : « Oui, allons-y ! ». Ma bouche s’ouvrit, mes lèvres se pincèrent et ma langue s’agita.


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Je vous remercie d'avoir lu.


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 Sujet du message: Re: [Fanfic] Le monde lui-même
MessagePosté: Sam 10 Aoû 2013 20:51 
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Je viens de m'enfiler les 6 chapitres et... Whoua !! J'adore !! Le nouveau cru d'Enitu. Tu t'attarde énormément sur les détails et sur des précisions qui enrichissent ton texte, et c'est génial. Le chapitre du rêve est effectivement un peu lourd mais ça ne gêne pas tant que sa, car il est interressant, tout autant que l'explication que tu donne après, qui m'a apporté beaucoup de réponses même si j'avais à peu près compris dans l'ensemble.

Autre point positif de ta fanfic : ton héroïne n'est pas un fougueux aventurier qui part en quête d'aventure, mais la banale jeune fille qui vit tranquillement sur son île sans se poser de questions. Et se sont ses amis et sa fammille qui vont l'aider a sortir de sa coquille. De plus, on est braiment plongé au coeur des sensations et des sentiments de Fellia, on s'imagine parfaitement son entourage grâce aux magnifiques descriptions que tous nous fais.

Je n'attend désormais qu'une seule choses de plus de ta fic : la suite, la suite!!!

EDIT : aaaaaaah, autiste, j'avais pas vu les chapitres 6, 7, 8 et 9... Toure la page 2 en fait :P --' Si les chapter 6 et 7 sont moins intenses, moins entraînants, les 8 - 9 sont bien meilleurs !!


Dernière édition par Hi Im Pineapple le Mar 13 Aoû 2013 18:16, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: [Fanfic] Le monde lui-même
MessagePosté: Lun 12 Aoû 2013 13:51 
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Un commentaire ... j'avais oublié à quel point ça faisait plaisir. Rien que pour ça, merci Zedka.
Et je suis d'autant plus content que tu as lu 6 chapitres d'un seul coup et que tu as apprécié. A force de chapitres, j'ai du mal à prendre de la distance. Du coup, lire que tu t'es enfilé les chapitres ... ça veut dire que c'est intéressant, qu'on a envie de connaître la suite et que je l'espère, on ne lit pas avec désintérêt (lire pour lire mais sans vraiment prendre du plaisir).

Zedka a écrit:
Tu t'attarde énormément sur les détails et sur des précisions qui enrichissent ton texte, et c'est génial.
Si ça n'alourdit pas trop le texte alors tant mieux. Parce que je suis plutôt lent a faire avancer l'intrigue, j'en suis conscient. Les chapitres traitent en général de moment court et du coup on peut vite s'impatienter. Mais j'ai essayé de décrire l'univers (celui que je façonne), de donner quelques détails par ci par là, histoire de donner quelques trucs croustillants qui ne laissent pas les lecteurs sur leur faim. Ce qui me permet je l'espère de réutiliser ces éléments après, de manière plus conséquente et concrète. On devrait d'ailleurs avoir un bel exemple au prochain chapitre.

Zedka a écrit:
Le chapitre du rêve est effectivement un peu lourd mais ça ne gêne pas tant que sa, car il est interressant, tout autant que l'explication que tu donne après, qui m'a apporté beaucoup de réponses même si j'avais à peu près compris dans l'ensemble.
J'ai voulu faire un truc très recherché et puis ça m'a desservi ... le fait d'expliquer ne devrait pas être nécessaire. Enfin bon, c'est quand même buvable.
D'autres chapitres du même genre sont mieux passés (le 7 et le 8 par exemple qui sont assez recherchés — on dirait pas pour le 7, hein ? ^^).

Zedka a écrit:
Autre point positif de ta fanfic : ton héroïne n'est pas un fougueux aventurier qui part en quête d'aventure, mais la banale jeune fille qui vit tranquillement sur son île sans se poser de questions. Et se sont ses amis et sa famille qui vont l'aider a sortir de sa coquille.
"Banale" ... quand même pas. Mais je l'ai voulu différente des mugis. Ça été un de mes points de départ. Eux, à l'exception de Sanji et Franky sont tous partis sur un coup de tête. Parce que rien ne les retenait, parce qu'ils n'avaient rien à perdre. Et puis je voulais prendre à contre-pied toute les fanfics qui sont dans la même optique. Alors non, pas "banale", mais différente. C'est en gros l'histoire d'une jeune fille qui un beau jour prend conscience du Monde.
Je dirai pas la faire "sortir de sa coquille" non plus. Plutôt la titiller pour que la coquille s'ouvre. Après, pour savoir si elle va ou non effectivement sortir de la coquille, il faudra lire la suite.

Zedka a écrit:
De plus, on est braiment plongé au coeur des sensations et des sentiments de Fellia, on s'imagine parfaitement son entourage grâce aux magnifiques descriptions que tous nous fais.
J'ai pris le parti de toute raconter à la première personne. C'était une manière de donner de la proximité avec le lecteur et c'était aussi une manière de cantonner le lecteur aux seules connaissances de Fellia sur son monde — bien que le lecteur ait normalement des connaissances beaucoup plus vaste sur le monde de one piece ; je peux en jouer. J'avais aussi pour but de mettre en évidence le regard de Fellia. Car c'est vraiment à travers elle que tout passe : description, sensation/ressenti, sentiment, ...
Après, j'avoue que je me suis compliqué la vie avec ce pari de tout à la première personne. Car ça m'empêche de faire certaines choses. Par exemple de relater ce qui se passe sur une autre scène. Mais j'apprends au fur et à mesure et je trouve des astuces.
La difficulté s'étend aussi à l'écriture elle-même : je dois constamment me mettre dans la peau de Fellia, sans avoir cette liberté de recul qu'offre la troisième personne. Se remettre dans le bain à chaque fois n'est pas simple.
Je rajouterai aussi que mon propre regard embraye sur celui de Fellia.
Bref', c'est pas simple.

Allez, une petite révélation si vous n'y aviez pas pensé. L'oeil vert qu'on voit dans le titre de la fic en première page, est celui de Fellia et il représente son regard.


J'aurai une question : c'est comment niveau suspense jusqu'à présent ? Il y en a ou je l'ai raté ?
C'est un truc qui me turlupine et que j'aimerai bien savoir (moi il me semble l'avoir réussi mais je n'en suis pas sûr, je manque de recul).
En tout cas, encore merci Zedka pour ton com'.

Un commentaire ... j'avais oublié à quel point ça faisait plaisir. Rien que pour ça, merci Zedka.
Et je suis d'autant plus content que tu as lu 6 chapitres d'un seul coup et que tu as apprécié. A force de chapitres, j'ai du mal à prendre de la distance. Du coup, lire que tu t'es enfilé les chapitres ... ça veut dire que c'est intéressant, qu'on a envie de connaître la suite et que je l'espère, on ne lit pas avec désintérêt (lire pour lire mais sans vraiment prendre du plaisir).


Edit : Et le 10 ? C'est comment ? (en ne le citant pas, tu mets le doute).


Dernière édition par Enitu le Mer 13 Nov 2013 15:19, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: [Fanfic] Le monde lui-même
MessagePosté: Lun 19 Aoû 2013 14:39 
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Eh bien, les parties 2 & 3 du chapitre 6 étaient moins captivantes, moins entraînantes. On (ou du moins je) étais moins "dedans", moins au coeur du récit. Mais on perd peu à peu ces mauvaises impressions, durant les chapitres 7, mais urtout 8. Le 9, lui, m'a passionné, et la cote continue à monter jusqu'au 10 que j'ai adoré !! Un chapitre entier sur la décision de Fellia, ce n'est vraiment pas de trop. On ressent bien les sentiment de l'héroïne, et ses pensées qui changent tout au long du chapitre, partant de surprise et révulsion à tentation, désir et volonté.

Tu m'a donné envie de me remettre à l'écriture, tiens... ;)


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 Sujet du message: Re: [Fanfic] Le monde lui-même
MessagePosté: Jeu 24 Oct 2013 12:48 
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Chapitre 11




Mais les mots ne sortirent pas et la réponse resta inaudible pour les intéressés. Henrietta non loin me surveillait et sa présence me rappelait sans cesse ma situation. Celle d’une fille de riche famille marchande qui se devait de respecter un minimum la bienséance. Ma sœur attendait un au revoir correct de ma part et mon statut m’empêchait de m’embarquer inconsidérément dans une telle entreprise, surtout au vu de la nature invoquée.

Mais surtout, si à cet instant je ne pus prononcer un mot, ce fut à cause du spectacle macabre qui se présentait alors à mes yeux. Poursuivant du regard la file de chargement des marchandises depuis le navire marchand, j’en arrivai au point d’émission où les produits étaient pris. C’était une grande bâtisse ouverte par une large porte qui servait semblait-il, d’endroit de stockage et d’abri pour les multiples denrées entreposées-là. Et à côté de cet entrepôt, s’élevait une grande ombre. A peine éclairée par le soleil levant, il semblait régner autour de cette immense masse comme un voile. Un voile ocre, teinté de noir qui la cachait dans l’obscurité de l’aurore. Et à mes yeux, ce fut comme une apparition. Surgissant des ténèbres, s’élevait maintenant en face de moi la carcasse d’un navire !

Devant ce dernier pour le peu qu’il en restait, je fus pétrifiée. D’étonnement d’abord tant la surprise fut complète et le spectacle incroyable. On y voyait dirigé face contre mer une proue à l’allure de femme mais dont la tête était manquante. Elle semblait avoir été comme arrachée. La lumière du levant lui donnait une triste aura. On aurait dit une de ces statues de bronze qui ornaient l’entrée du palais royal, la tête en moins. Mais cela était d’autant plus étrange qu’elle semblait faite de bois et non de métal, ce qui lui donnait cet air lugubre et effrayant. En dirigeant mon regard un peu au-dessus, j’aperçus ce qu’il restait des mâts. Le premier était manquant tandis que le deuxième se dressait jusqu’à son point d’impact. Là aussi, il semblait que quelque chose ait arraché le bois, ne laissant qu’une fêlure irrégulière parsemée de pointes verticales. Mon impression se renforçait. Il me semblait qu’une sombre aura s’échappait de la carcasse, la même que celle de la proue. Le navire ressemblait plus à un vestige du passé attendant une mort définitive qu’à un bâtiment détruit, mort et pour ainsi dire, enterré. J’avais l’impression alors que le navire à défaut d’être mort était un blessé n’attendant plus que le trépas. Et l’effet était d’autant plus vrai par la vision de cette femme décapitée qui ornait le devant du bateau. Il me semblait qu’elle était encore vivante quelque part et que ce que je regardais d’elle, était son corps livré à l’agonie.

Je restais une nouvelle fois interdite. Mais cette fois-ci plus par ressentiment que par surprise. La sombre vision qui se dressait devant mes yeux hagards me retenait sur place. Car je comprenais maintenant que trop bien quel était la nature de ce vaisseau. Il s’agissait d’un navire pirate ! Surement coulé en tentant de s’introduire dans le port de Fēnia. Les ouvriers avaient fait là leur œuvre. Et ce navire avait subi les conséquences de son arrogance. Ayant conscience de ce qui me faisait face, la vision de la femme sans tête me parut alors plus glauque que jamais. Quelque part, il me semblait que cette fille n’était autre que moi. Ou plutôt … il me semblait qu’elle était l’incarnation de mon devenir. Une jeune femme livrée à l’inconnu pour être au final … trucidée.

Etait-ce ce qui allait m’arriver si je suivais Fru ?

Par réflexe, je portais ma main à mon cou comme pour en vérifier sa présence. Il était toujours là … Pour l’instant. Pour l’instant, mais pour combien de temps encore si je devenais pirate ? Car il ne faisait nul doute que tôt ou tard je finirai sous une lame quelconque. Et alors, je deviendrai à l’image de la proue. Attachée, fixée et dans le même temps, abandonnée ! Comme livrée en pâture au monde dans lequel le navire s’élancerait. Au milieu de celui-ci je ne pouvais qu’être perdue, sans rien à quoi me raccrocher. Devant moi s’étendrait l‘horizon à perte de vue et sous moi, fourmillerait les vagues. Les sombres vagues. Celles qui me sauteraient à la figure sans prévenir pour m’éclabousser et me lacérer de leur eau trouble. Ainsi livrée au monde, je ne pouvais que perdre la tête !

Je me sentais en conséquence de plus en plus troublée. La femme s’élevant devant moi semblait appeler à l’aide, bien qu’elle n’ait plus de tête. Et dans l’air ou tout du moins dans mon esprit, s’élevait comme une plainte languissante faite de souffrance et de désespoir. Et elle retentissait toujours plus gémissante et dolente, à la manière d’un ultime cri de survie avant la mort. Et c’était long … C’était poignant. C’était … C’en était assez, je n’en pouvais plus ! Je voulais fuir cette vision, ce bateau, cette carcasse, cette aura spectrale ! Et de la même manière cette souffrance pénétrante et cette lamentation poignante qui me prenait à présent les tripes et me glaçait le sang. Je voulais fuir. Je voulais partir loin d’ici, et surtout, loin de la piraterie !

_ Non, je suis désolée. Je ne peux pas. Je ne peux pas ! Répétais-je.

Fru fit une brève moue, avant de me répondre :

_ Tu ne peux pas ? T-tu es sûre ?
_ Je n’ai pas le choix … ! Lui répondis-je.
_ Mais … tu viendrais bien si tu pouvais ? Me relança-t-elle.

Je baissai la tête et gardais le silence à cette question.

_ Dis, tu viendrais ? Insista-t-elle. N’est-ce pas ?

Je ne répondis toujours pas.

_ Tu gardes le silence … Me dit-elle alors d’une voix triste.

Et elle me regarda d’un air qui me fendit le cœur. Je ressentais presque le désarroi qui la traversait à cet instant. Ses yeux en amande me fixaient d’un air peiné. Et moi en retour, je n’osais tout simplement pas la regarder. Je détournais les yeux, de peur de croiser les siens.

_ Nous devons y aller maintenant, déclara Adaiho en coupant le silence qui s’était installé ente nous. Sinon nous risquons bien de partir sans vent, ce qui serait dommage. Le vent est capricieux sur Grandline. Parfois on le rencontre de dos, parfois de face et d’autres fois encore, on ne le rencontre pas du tout. Il arrive même qu’on le quitte prématurément, celui-ci refusant soudainement de souffler. Il est assez imprévisible en fait …

Sur quoi il se dirigea en direction du petit navire en invitant ses compagnons à le suivre. Fru fut la dernière à partir. A mi-chemin entre l’embarcation et moi elle se retourna. Pas longtemps … quelques secondes seulement. Et à ce moment-là mon regard croisa le sien. Elle me scrutait, m’observait comme si elle essayait de voir au travers moi. Elle semblait en me regardant ainsi chercher quelque chose, au plus profond de mes yeux. Mais détournant aussitôt le regard, elle s’en dégagea à son tour.

_ Je ne sais que te dire … commença-t-elle avec une voix légèrement étouffée qui trahissait sa détresse. Les mots me manquent … A tel point, précisa-t-elle, que je ne sais même pas comment te saluer.

Elle observa quelques instants de silence, puis voyant que je ne réagissais pas, continua.

_ Au revoir … ou … adieu ?

Sur quoi elle se retourna et partit. Et derrière elle, je restais interdite, la regardant d’un air plein de stupeur.


________________________________________



Je vous remercie d'avoir lu.
J'arrive à terme de mes stocks de chapitres. Va falloir que je m'y remette sérieusement (à l'écriture elle-même j'entends).

Zedka a écrit:
Eh bien, les parties 2 & 3 du chapitre 6 étaient moins captivantes, moins entraînantes. On (ou du moins je) étais moins "dedans", moins au coeur du récit.
Tiens donc ! La deuxième partie du chapitre 6 est l'un de mes passages préférés. Je me suis amusé comme un petit fou à concevoir "mécaniquement", un part de l'univers de l'île. Et effectivement, le "je" s’efface pour céder place à une description impersonnelle. Mais c'était nécessaire.
Si tu as aimé les chapitre 7, 8 (un coup de cœur pour ma part celui-là), 9 et 10, tu devrais adorer aussi le 11 (enfin je croise les doigts).


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 Sujet du message: Re: [Fanfic] Le monde lui-même
MessagePosté: Lun 20 Jan 2014 17:54 
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Chapitre 12




- Mademoiselle, commença la servante, il est déjà plus que trop tard. Nous devons y aller.

Je tentai de résister mais, finis par la suivre. Sur le chemin, me retournant, je portai mon regard à la petite embarcation. Celle-ci venait d’être détachée du quai. J’eus alors un pincement au cœur. Puis peu de temps après, elle s’élança dans les eaux du port, protégées par la digue de pierre menant au phare-clocher. Le bateau nous rattrapa et bientôt, nous doubla. A son bord, je voyais les membres de l’équipage s’activer, sauf un en la personne de Petturi qui semblait plus occupé à s’étendre sur le pont qu’à participer à la manœuvre collective. Adaiho ne relâchant pas sa vigilance, le rappela à l’ordre d’un jet d’eau bien placé. Cela donna l’occasion au Plaisantin d’émettre une remarque, qui fit aussitôt rire la petite assemblée. Dont Fru.

Je souris.
Mais d’un sourire empreint de tristesse. Et bientôt, mon sourire se fit moins net, plus marqué par le rictus, jusqu’à devenir l’ombre de lui-même.

Bordant le quai et ce malgré des vêtements mouillés, j’avançais à vive allure à travers le flux des ouvriers restant pour ne pas me faire distancer. Le vent soufflait fort et poussait plus que nécessaire l’embarcation vers la sortie du port. A un moment, je la perdis des yeux car passant derrière le navire marchand, encore amarré. Je pressai le pas pour la retrouver de vue. Toutefois, j’arrivai à hauteur du navire de la Marine où m’attendait ma famille.
La première chose que je vis d’elle fut le regard de mon père. Il me fixait avec ce regard terrifiant, celui qui laisse entrevoir mille choses non dites. Et le silence des premiers instants fut plus insupportables que les réprimandes qui suivirent. Personne n’osa rompre le silence, pas même ma sœur.

- Tu es en retard, nota-t-il.

Je me sentis obligée de répondre.

- J’ai eu un contretemps.
- Quand bien même, tu n’as pas respecté l’horaire. Ou est Henrietta ?

Je regardai autour de moi, sans la trouver.

- Je ne sais pas. J’ai couru pour arriver ici. Elle était derrière…

Mon père se lissa la moustache en émettant un grognement, puis déclara :

- Nous en rediscuterons plus tard. Avant d’ajouter : En sa présence.

Voilà qui voulait tout dire. Etait-ce la volonté de cacher une correction pour garder les apparences ou était-ce pour mieux tirer l’affaire au clair par la suite ? Peut-être un peu des deux, sans doute…
A cet instant, j’aurai voulu continuer à poursuivre si ce n’était physiquement, au moins des yeux le petit navire pirate, avec Fru à son bord. J’avais besoin de savoir ! Mais malheureusement, à mon plus grand détriment, je me retrouvai coincée ici, retenue par les attentes que ma famille nourrissait pour moi. Ce fut alors que ma sœur me tira à part.

- Je l’avais prédit que tu serais en retard ! Tu es en encore allée t’attarder sur je ne sais quoi, oubliant par la même occasion l’heure. Et par l’heure, je veux dire l’heure de mon départ.

Elle marqua une pause, attendant une réaction de ma part. Mais de ma bouche ne sortit qu’un « désolée ». Cela sembla si bien la surprendre qu’elle déclara :

- Bon… l’essentiel c’est que tu sois là pour mon départ, hein ? Et puis ce serait bête de se disputer lors des aux revoir.

A cette dernière phrase je ne pus que repenser à mes derniers échanges avec Fru, dont la position du navire m’était maintenant inconnue. Etait-elle encore dans le port ? Etait-elle maintenant en mer ? L’un ou l’autre forcément. Mais lequel ? L’ignorance de sa position mêlée de ma peine et d’une certaine douleur me fit monter comme une boule dans la gorge. Et consécutivement, mon visage sembla s’affaisser et les larmes tombèrent. Ma sœur s’approcha alors de moi et me serra dans ses bras, pour me consoler.

- Ne pleure pas … Je reviendrai, me dit-elle doucement.

Mais ce n’était pas pour ça que je pleurai…
Pris dans ses bras, je n’eus toutefois pas le courage de lui dire de quoi il en retournait. Réellement.

Une ou deux minutes passèrent comme ça, sans que moi ou Jun ne prononcions mot et ce fut une voix grave qui finit par mettre fin à notre enlacement. Toutefois, ce n’était pas celle de mon père. Regardant par-dessus l’épaule de ma sœur, j’entrevue un homme.

- Alors, on place ses œufs dans le bon panier Maître Faongelle ?

Avec sa quarantaine d’années, ses petites lunettes rondes posées sur un nez tout aussi rond, cet homme à l‘allure de trapèze avec son grand manteau, semblait averti.

- Maître Tilipia, quel mauvais vent vous amène de si bonne heure dans le port au Parfum ?
- Les affaires … toujours les affaires. Elles sont à mon plus grand malheur parfois exigeantes. Vous pensez bien que sinon, je ne serai pas debout de si bon matin, ici.
- Le navire marchand ? Fit mon père en hochant de la tête en direction du ledit navire qui mouillait juste à côté.
- Non. Le navire pirate. Hier soir, on en a capturé un autre.
- Voilà qui est rare. Deux bateaux pirates tentant de s’introduire dans le port de la capitale, dans une période si courte !
- Oh pas si loin. Celui-là n’a même pas été fichu de passer le contrôle de la Marine.
- Des petites frappes ?
- Vu que c’est la Marine qui s’en est chargé toute seule, il faut le croire. Mais je m’en vais justement quérir plus d’informations.
- Vous êtes bien entreprenant. N’auriez-vous pas quelques vues sur ce bateau par hasard ?
- Non, bien sûr que non. Je ne fais que ce que tout bon maître marchand ferait. De la prise d’informations.
- Bien sûr, bien sûr … Mais notez tout de même que le point sera fait au Conseil comme à chaque fois. Votre démarche est de ce fait inutile.
- J’aime prendre l’information et tâter la situation par moi-même. Qu’y a-t-il de mal à cela ?

Mon père — ou plutôt serait-il plus juste en cette circonstance de l’appeler Maître Faongelle — sourit.

- Vous ai-je dit que cela était mal ?

Maître Tilipia paru un instant désarçonné. Toutefois il répondit :

- Non, évidement que non. C’est juste une expression. Mais j’ai à faire, voilà justement l’homme que je cherchai.

Je regardai dans la direction indiquée et aperçu un marine patientant mains dans le dos. Tout comme l’officier chargé de notifier les recrues, il portait sa veste sur les épaules avec marqué dessus « Justice ». Je ne vis pas son visage, mais je remarquais une tige coincée au-dessus de l’oreille. C’était une fleur de Samiolys.

- Veuillez m’excusez, dit Maître Tilipia en prenant congé.

Nous attendîmes par la suite jusqu’au départ du navire de la Marine. Le temps parut long, si bien que quelques hommes s’impatientaient. Pourquoi y avait-il à attendre si le navire était prêt pour partir ? Tel était le sentiment croissant et moi-même je commençais à trouver le temps long. Non pas que je souhaitais le départ de Jun mais parce qu’il me tardait de retrouver de vue le navire dans lequel se trouvait Fru. Autour de moi, l’animation du port allait en diminuant. Il y avait moins de monde. Le clapot des vagues contre le quai se faisait entendre et semblait rythmer la baisse croissante d’activité. Le vent lui en revanche, ne baissait pas en intensité et semblait garder son allure. A quel point avait-il pu pousser le petit bateau pirate ? Je me le demandais. L’équipage était-il loin maintenant ? Ou était-il encore à proximité du port ? Les questions se succédaient dans mon esprit et j’avais du mal à me concentrer sur mon environnement pour faire passer le temps. Je m’impatientais.

« Mais qu’est-ce qu’ils fichent ! » M’insurgeai-je intérieurement. « Ils ne vont quand même pas attendre le soir pour partir ! Si ? »

Mes pensées n’eurent cependant aucun impact sur les marines. Ils restaient plantés là à attendre. Inexorables.
Mais à attendre quoi au fait ? Si le bateau comme je le croyais était prêt, ce devait être un imprévu. Peut-être quelque chose d’inattendu qui retardait le départ… En regardant vers le vaisseau, je vis maître Tilipia continuer à s’entretenir avec le marine gradé. C’était lui qui retardait le départ ? A les voir de ma position, ils ne semblaient pas donner de signes prompt à retarder le départ de la caraque. Ils discutaient semblaient-ils sans se soucier d’autres choses. Tranquillement. Dans ce cas si ce n’était pas eux, qu’est-ce que cela pouvait bien être d’autres ? Les marines avaient en partie embarqué, quelques officiers restaient à quai, les ouvriers continuaient leur travail, les recrues étaient encore en attente …
Une seconde ! Les recrues étaient encore en train d’attendre ? Pourquoi n’embarquaient-ils pas comme bon nombre de marines ? Ils auraient déjà dû prendre leurs quartiers. Ou alors, devaient-ils monter en dernier ? Je me dirigeai vers Jun pour vérifier :

- Vous attendez encore quelqu’un ?
- Je ne sais pas, mais il semblerait oui. Le sergent Last nous a dit d’attendre.

En observant une fois encore les nouveaux venus, je réalisai soudain quelque chose : il manquait la deuxième fille ! Celle dont j’avais vu le nom tout à l’heure sur la feuille de présence : Rosa Ladrona. Il devait certainement s’agir d’elle ! Mais, ferait-on attendre tout un vaisseau pour une simple recrue ? C’était quand même bizarre… Et certainement assez pour faire paraître cette hypothèse dérisoire.

Soudain, la décision tant attendue fut enfin donnée. Les marines et recrues à quai montèrent à bord du navire. Et la caraque appareilla. Enfin !
Les aux revoir qui suivirent furent respectés dans la plus pure tradition et nous restâmes mes parents et moi comme tant d’autres familles à regarder, mouchoir à la main, le navire quitter le port. Jun était sur le bord en train de nous saluer. Et tandis que nous suivions l’avancée du navire de la Marine, quelque chose attira spécifiquement mon regard.

Par de-là le navire,
par de-là le phare-clocher,
par de-là la mer…
Située au loin sur l’océan doré et naviguant dans le silence de l’aurore, se trouvait une petite ombre s’élevant doucement vers l’horizon.

A ce moment-là, je sus que c’était Elle.


________________________________________



Fin du premier arc de cette fan-fiction.
Je vous remercie d'avoir lu et d'avoir suivi cette histoire jusque-là. D'ailleurs, si vous avez envie de laisser un commentaire, allez-y ! Une fin d'arc ça se fête !
Encore merci et rendez-vous pour le second arc.


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