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 Sujet du message: F M W (fiction)
MessagePosté: Jeu 13 Avr 2017 11:17 
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Mes sincères salutations. Cela fait longtemps depuis mon dernier passage sur le cabinet d'écriture. J'ai écris la fanfiction l'Adversaire Ultime, et également la fiction Ceux qui n'existaient pas. Je ne les ai jamais terminés, hélas, mais j'y réfléchis encore et des réécritures sont envisageables. J'ai même totalement corrigé et réécrit Ceux qui n'existaient pas, mais j'attends d'avoir la motivation pour reprendre la vraie écriture avant de modifier ce qui est sur la Volonté du D.

Bref, en ce moment, je travaille sur un texte qui touche à mon univers personnel. Ce n'est pas une fanfiction sur One Piece, bien que le protagoniste ait les cheveux d'une belle couleur émeraude. J'ai déjà écrit plusieurs chapitres, malgré un rythme atrocement lentement, alors je me suis dit "Pourquoi ne pas partager cela sur les sites que je fréquente ?". Alors voilà ! Cela risque d'être trop mystérieux pour plaire, mais qu'importe.

Le rythme de parution sera toutes les deux semaines. J'essayerais de proposer un "interlude"/contenu bonus entre chaque chapitre, pour une meilleure compréhension/immersion.

Je poste le "prologue" aujourd'hui, et le premier chapitre sera pour demain. Bonne lecture !

Prologue

F M W
Fierté, Mission, Valeurs et Vanité.
Folie, Mort-aux-rats, Vile Vacuité.
Furtif, Malheurs, Vie de Vaurien.

F M W
Le fort, le malade et le vif vagabond.
La flamme, le monstre et le valeureux voleur.
Un fils, un môme et un vent qui voltige.


FMW, c'est le récit de trois frères infortunés, trois créatures coincées dans un seul corps.
Full, Moon et Walk.
Full Saber fut le premier à naître, et depuis s'évertue à être le premier partout.
Moony n'est pas à sa place dans l'ordre, le M est venu après le F et le W, mais après tout, le chaos lui va aussi bien que les tâches de sang ! ♥
Walk "Pas de Lune", prit son envol à la dérobée, larcins après larcins.


Londres est son devoir ultime, son terrain de jeu, son tremplin vers les étoiles. Nous sommes au 19e siècle, en pleine époque victorienne. Dans cet univers, la lune brille chaque nuit. Les jardins arborent des roses bleues et noires au milieu des rouges. Des machines réalisent l'impossible. Et, dans une rue, une femme court. Elle fuit. C'est une amie chère, une fascinante poupée, un amour perdu. Ce soir, Londres se métamorphose. Les règles ont changées.


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 Sujet du message: Re: F M W (fiction)
MessagePosté: Jeu 13 Avr 2017 11:37 
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Porito a écrit:
Londres est son devoir ultime, son terrain de jeu, son tremplin vers les étoiles. Nous sommes au 19e siècle, en pleine époque victorienne. Dans cet univers, la lune brille chaque nuit. Les jardins arborent des roses bleues et noires au milieu des rouges. Des machines réalisent l'impossible. Et, dans une rue, une femme court. Elle fuit. C'est une amie chère, une fascinante poupée, un amour perdu. Ce soir, Londres se métamorphose. Les règles ont changées.


Alors là, tu as piqué ma curiosité. C'est le genre d'atmosphère que j'aime! Je suivrai avec attention tes écrits! Bon courage ^^


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 Sujet du message: Re: F M W (fiction)
MessagePosté: Jeu 13 Avr 2017 11:47 
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Oh oh oh. Voilà Porito qui revient dans le cabinet. Heureux de te revoir en ces terres. :) La fin de tes autres histoires n'est donc pas pour bientôt, mais peu importe si tu n'as la motivation. ;)

Le prologue est assez mystérieux et intriguant pour intéresser. Je passerai lire tes chapitres avec plaisir. :) (bonne idée le jeu des couleurs pour désigner les trois persos et les mots qui les caractérisent)

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 Sujet du message: Re: F M W (fiction)
MessagePosté: Ven 14 Avr 2017 08:55 
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Je vous remercie de me suivre, c'était rapide, dit donc.
Attention, je préfère prévenir tout de suite qu'il y aura quelques passages de violence explicite. A l'origine, je devais aussi utiliser des couleurs mais les couleurs que je veux piquent les yeux sur ce forum, donc je vais devoir m'en passer, en espérant que cela ne nuira pas à la compréhension. A dans deux semaines pour la suite !

Chapitre I : Interrogatoire



-"Où est-elle ?"

La tranquillité avec laquelle je déclame ces mots me surprends presque. En général, quand on pointe une arme dans ma direction, je suis déjà en train de courir et mon dos nargue mes adversaires. Ce canon noir prêt à cracher la mort devrait me terrifier, et pourtant je suis face à lui, le regard dur, les pensées figées. Je dois la retrouver, c'est tout ce qui importe. L'énergumène ne me réponds pas, trop occupé à examiner d'une main les billets que je viens de lui donner. Londres est le foyer des faussaires les plus doués du pays, si ce n'est du monde. Si j'avais réellement recouru aux services de ces hommes, mon informateur aurait été incapable de faire la différence, peu importe à quel point il collait son nez dedans, alors je trouvais tout ce carrousel légèrement ridicule. Finalement, il releva les yeux vers moi et eut un sourire benêt :

-"J'vais pas me mouiller pour si peu. J'préfère garder le fric, te trouer et empocher la prime sur ta tête, l'oiseau."

La nature humaine. Un coeur asséché par la cruauté et guidé par des pulsions de violences devient très vite un marécage inhospitalier. Toute cette boue ensevelit le bon sens. Il vient de commettre une erreur regrettable, néanmoins, je n'en éprouverais aucun remords. Si on laisse le loup s'installer et le bourbier s'enraciner, on ne peut plus prétendre à l'humanité. Cet individu répugnant est déjà mort. Et si il avait été plus intelligent, je le serais aussi. Le revolver tarde à accomplir sa sinistre besogne, tandis que le félon attends de se délecter de la terreur que pourrait m'infliger l'imminence de mon trépas. Il a fait son choix.

Par pure politesse, je ne regarderais pas.

Ne le tue pas, je te prie. Nous avons cruellement besoin d'apprendre ce qu'il sait, sinon nous sommes de retour à zéro.

...

Reçu cinq sur cinq, Roger ! Youpi !! Enfin un peu de sport. Tel un vilain démon sorti de sa boîte, je bondis en avant. Un délicieux craquement plus tard, ma proie tombe sur le parquet si assidûment astiqué que c'est presque comme si il me suppliait de l'éclabousser. La poupée cassée hurle alors que ses deux poignets pendent joyeusement. Hé, pas si vite mon lapin. Ce n'est qu'une mise en bouche, et tu appelles déjà ta maman ? Voyons, voyons, Barnabé - Charles ? Alfred ? Peu importe ? -, j'en ai connu des plus endurants. Les plus coquins ne commencent à chanter qu'à l'étape du tournevis, ou celle du "je t'arrache un tendon pour t'étrangler avec", quasiment ma préférée, celle-là. Enfin, bon, je n'ai qu'à m'ajuster, faire de l'impro, tout ça, tout ça. Tu vois, je peux être sympa, quand je veux. En plus, il serait terriblement dommage de te zigouiller avant que tu n'ais gazouillé tous tes secrets. Nous sommes embarqués pour une folle aventure !!

Je me fends d'un rictus à faire pâlir de jalousie ma cousine la broyeuse à viande et, pour faire bonne mesure, lui assène deux-trois mandales. Et une pichenette sur le front, parce que je suis un adorable petit scarabée.

-"Ben ça alors !! Tu dois pas en avoir grand chose dans le crâne, toi !! C'est vide là-DEDANS !! ECHOS ECHOS !!"

Mes cris le font ramper en arrière en balbutiant des compliments. Ce n'est pas ça qui le sauvera d'un démembrement précoce, mais c'est toujours un plaisir d'entendre quelqu'un me maudire ! J'attrape son jouet, un truc en métal pas du tout tranchant, et jette un oeil dans le tube. Bah, de la camelote. Rien ne vaut un superbe couteau que l'on a aiguisé pendant dix-huit heures, trois cent minutes et deux-demi secondes, n'importe quel cireur de chaussure vous le dira, mes mignons. J'en sors justement un de sous notre manteau sombrement noir, presque soulagé de sentir la lame m'ouvrir tendrement le pouce. Les frangins ont pensé à tout, héhé.

F: Au risque d'être agaçant, je répète : ne le tue pas. Tu entends ? Ne. Le. Tue. Pas ! Il doit encore être en vie pour cracher le morceau.

M: Roooh, est-ce que tu m'as déjà vu trucider un agneau avant de le charcuter ? Je suis un professionnel, mwa, môssieur !! D'abord, on lui tranche la langue ♥

F: D'accord, c'est de ma faute, j'ai sous-estimé ton cerveau de dégénéré...

W: Il faut utiliser des mots simples. Moon, son coeur doit battre et il doit toujours être en mesure d'utiliser sa voix pour crier ou te supplier. C'est clair ?


Clair comme des lunettes de comptable assassiné, Talkie Walkie. Ma proie n'a pas bougée depuis tout à l'heure, tétanisée au sol en me dévisageant de ses yeux apeurés. Il a vu mon couteau, mais il ne s'enfuit pas ? La terreur est une drôle de chose. C'est tordant !! Comme le hérisson fasciné par les phares d'une voiture avant d'évoluer en crêpe. Je saisi par le col mon interlocuteur et le rapproche de mon visage pour qu'il admire mes canines.

-"Moi, c'est Moon la Terreur, le Redoutable, l’Imbuvable, l'Acidulé, mais tu peux m'appeler Moony !! C'est quoi ton petit nom ?"

Et voilà qu'il me crache dessus. Je goûte le sang mêlé à la salive. Berk ! Je suis peut-être anticonstitutionnellement taré, mais loin de moi l'idée de consommer ce qui vient du corps humain. Voui, je n'ai jamais faim, ce n'est pas ce soir que mon cervelet va changer d'avis. Sans essuyer ce sursaut pathétique de folie désespérée - avec un zeste de douleur et une touche d'éducation mafieuse -, j'enfonce mon couteau dans la partie tendre de sa poitrine. Ma délicatesse de ballerine fait que j'incise juste là où il faut, frôlant les poumons et esquivant le coeur. Mon orchestre symphonique s'emballe tandis que j'éclate de rire. C'est trop génial !! J'aime débuter mes séances de tortures avec un bon gros morceau de viande arraché. Le steak dégouline au sol. Non, je n'ai toujours pas faim, ce n'est même pas appétissant. Les grimaces de mon ami le saigné sont amusantes. Je lui tire la langue et essaie de toucher mon nez avec : héhé, il ne faut pas que je perde si c'est un concours de pitrerie !!

...

Le rire du dégénéré s'éteint dans ma gorge. Je m’essuie la figure d'une manche en essayant de ne pas trahir mon dégoût pour ce qui était en train de se dérouler. Le visage fermé, je jette sans ménagement l'ordure sur une table et me positionne face à la porte, pour prévenir une éventuelle fuite. Tout cela m’écœure, mais même le plus étoilé des justiciers doit se salir les mains lorsque de grands principes sont en jeu. En tant qu'ami dévoué et défenseur des opprimés, et même en tant que frère d'âme, j'ai des devoirs à accomplir. J'ai presque pitié de ce vaurien. Il ne mérite pas ça, c'est qu'une petite frappe, un rat parmi la masse grouillante des vermines. Peut-être même a-t-il une femme et des enfants qui le pleureront. Du sang s'écoule de son torse meurtri, mêlé à quelques larmes. Si seulement nous avions eu plus de temps, j'aurais insisté pour mener l'enquête dans les règles. Au fond de moi, je veux encore tout arrêter. Mais on a pas le choix.

-"Où est-elle ? Plus tôt tu nous diras ce que tu sais, plus tôt la souffrance cessera."

Il ne lâche pas le morceau, obnubilé parce que Moon lui a fait, rendu fou par la douleur, la colère et la crainte. Ses vociférations auraient pu alerter tout le voisinage, par le passé. Mais de nos jours, depuis l'Incident, Londres fourmille de bicoques abandonnées et de quartiers déserts où régnent les chats de gouttières et les lépreux. En tant qu'inspecteur des forces de l'ordre, je sais qu'aucun de mes valeureux collègues n'oseraient mettre les pieds par ici la nuit tombée. Je suis le seul à être assez consciencieux pour ne jamais omettre ce coin de la ville dans mes patrouilles. A présent, j'utilise ce quartier pour assister sans broncher à une abominable violation des droits de l'homme et de tous mes vœux d'agent de la paix. Putain d'ironie.

Les gars, il va falloir accélérer le rythme.

...

Un élargissement de son œsophage ferait l'affaire peut-être ? Oh non, c'est vrai, il ne faut pas casser la boîte à musique. Tournons la manivelle, alors ! Je bondis pour atterrir sur la table et mieux encore, sur le ventre de mon trampoline. Il gargouille sous le choc. A cheval sur mon bidet !! Il commence à se débattre farouchement, mais j'entaille sa joue d'un geste rapide pour attirer son regard. La lame danse devant ses prunelles, une promesse de mort et de désolation.

-"Un biscuit ?"

Le pantin serre les dents et grogne de nouveaux compliments fleuris rien que pour moi. Cette parade amoureuse est tout à fait charmante, mais j'ai des priorités sucrées, mon agneau. J'enfonce plusieurs fois mon couteau dans sa jambe droite, minutieusement, avec soin. Les plaies ne doivent être ni trop larges, ni trop profondes, tout en infligeant un maximum de sensation. Je poignarde plusieurs fois la même blessure : quel économe, mwahahaha ! Il se contorsionne sous mes cuisses, mais c'est peine perdue. Les morsures de l'acier le font se frétiller comme un verre de terre hameçonné.

-"J'arrête si tu promets d'être un garçon sage et exemplaire, mon chaton. Promis, juré, si je mens, je fais le poirier !!"

-"D'accord, d'accord, je te dirais tout, je parlerais, arrête !!!" crie-t-il, visiblement très satisfait de mes services particuliers.

Aussitôt, avec une pirouette, je le libère et revient sur le plancher, au chevet de mon patient étendu sur la table d'opération. Je rigole en voyant ses petits yeux gris noyés de soulagement, avant de lui briser un doigt, puis un autre, et encore un autre, oh, et un dernier pour la route, mais non, c'est fou ce que le monde est vaste, un doigt ne peut pas survivre une minute sans se faire agresser, on ne peut pas laisser le petit doigt tout esseulé, abrégeons ses souffrances ! Crack ! Comme un biscuit. Le bonhomme hurle à s'en casser les vocalises.

-"TU AVAIS PROMIS !!!"

Surprise ! Je fais le poirier, parce qu'après tout, un mensonge est un mensonge, et c'est vilain !


...


L'informateur est à bout de souffle. Moon n'y est pas allé de main morte, mais comme nous l'avions demandé, il a limité les dégâts. Cet homme vivrait encore quelques heures sans soins médicaux. Je ne me préoccupe guère de son trépas, néanmoins, il ne rejoindra pas la dame en noir tant que je n'aurais pas entendu cette information si vitale. J'attends que ses cris de hargne et de malheur se tarissent, puis je prends calmement la parole :

-"Mon frère est imprévisible, je suis sincèrement navré. Sachez que je ne suis pas de sa trempe, ni de votre espèce. Je ne brise jamais ma parole. Aussi, je vous assure que si vous nous donnez l'information dont nous avons besoin, nous vous laisserons la vie sauve. Dans le cas contraire, j'ai bien peur que je vous laisserais en pâture à Moon. Vous avez eu un léger aperçu de ses... talents. Croyez-le ou non, il peut faire durer cela assez longtemps pour que vos cheveux blanchissent. Vous avez mal ? Ce n'est rien en comparaison de l'océan de maux dans lequel il vous plongera si nous lui donnons le feu vert. Il trouvera vos peurs les plus profondes, vous confrontera à elles, et lorsque vous y serez tellement accoutumé que vous ne pourrez plus les redouter, Moon remplacera ces terreurs par d'autres, jusqu'à ce que la vraie peur prenne son visage. Le jour et la nuit n'auront plus aucune importance, il n'y aura que Moon, pour tout ce qu'il reste de votre misérable vie."

Je marque une pause pour le laisser enregistrer ma tirade et user du peu d'imagination qu'il possède. Je n'ai même pas besoin de continuer à le convaincre. Sans la moindre hésitation, il me livre l'information tant attendue, en me suppliant de tenir ma parole. Je croyais que sa fierté l'empêcherait de moucharder, si ce n'est la crainte de représailles, j'avais tord. Je ferme les yeux. Le fleuve des jours, des mois, des années nous sépare, mais je le franchirais à la nage si il le faut, à travers le courant et les marées. Je ne serais pas seul. N'est-ce pas, mes chers frères ?

F: Bien entendu. Ce serait absurde de questionner cela. Nous sommes aussi impliqués que toi.

M: Héhé. Comme on dit, il faut casser une omelette pour faire des bébés autruches. Dites, je peux lui broyer le crâne ?

W: Vous pensez qu'il puisse constituer une menace ?

M: Oh oui, oui ouiiiii !! Totalement une menace !! Il risque de détruire l'univers si on ne le scalpe pas !!!

F: ... Il a les poignets cassés, la main droite ruinée, une jambe en mauvais état et de sévères contusions au visage. Ajoutons à cela un éventuel traumatisme psychologique lié à la torture ou au fait de, je ne sais pas, discuter avec un psychopathe saisi de troubles de la personnalité ? Il risque de passer un certain temps à l’hôpital. De plus, c'est un malfrat de piètre envergure, il n'a aucun poids dans le monde de la pègre. les conséquences négatives de le laisser en vie sont inférieures à l'atteinte faites à notre honneur si il casse sa pipe. Enfin, à MON honneur. Tuez-le et je me présente au poste de police le plus proche.

W: C'est du bluff, sire je-tiens-à-ma-carrière. Mais tu as raison. Nous avons des affaires plus urgentes à régler.

M: Vous êtes pas drôles, les copains.



...

Pendant un instant, je suis tenté de lui trancher la gorge, sauf que, zut, toutes les bonnes choses ont une fin, comme ils disent dans les feuilletons du dimanche que je regarde parfois en cuisinant mes proies du moment. Barnabé, je suis ton frère, mais en réalité, la sœur de ton cousin qui est mort dans un accident de trottinette lorsque nous avions six ans !! Mais oui, ne me regarde pas avec ces yeux larmoyants, ou je te file un coup de pied dans les genoux.

...

Je prends les billets qui sont tombés par terre et les enfonce dans la bouche de l'informateur. Malgré toute la compassion que j’éprouve envers lui et le fait que j'ai pris sans hésiter sa défense, la Justice n'oublie pas. Cet homme vendait des secrets au plus offrant, et a probablement attiré les foudres des criminels sur nombre de gens innocents. Peut-être même alimentait-il les guerres de gangs qui ravagent à la fois les malfrats eux-mêmes et les concitoyens. Il faut que cette aventure lui serve de leçons. Si ça pouvait le dissuader de revenir dans ce milieu, tant mieux. Chaque vie est précieuse, même si on ne peut pas toujours sauver celles qui sont corrompues jusqu'à la moelle.


...


Nous partons de la maison en ruine. Notre prochaine destination est aussi dangereuse que familière.


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 Sujet du message: Re: F M W (fiction)
MessagePosté: Ven 14 Avr 2017 10:54 
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Eh bien, c'est pas mal tout ça.
Ce chapitre de torture est une bonne introduction à l'histoire, montrant les caractères des trois frères.
J'ai hate de decouvrir la suite, le but de FMW, leur(s) histoire(s) et le background.
Allez, à dans deux semaines !

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 Sujet du message: Re: F M W (fiction)
MessagePosté: Ven 14 Avr 2017 16:57 
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Ce début me semble prometteur.

Je me permets quelques reflexions :

- La plupart des phrases sont courtes et souvent "percutantes". Cela offre un certains rythme de lecture qui vu le contexte est bienvenu (effet de tension).

- Je comprends ton souhait de changer de couleur selon les protagonistes, mais je te rassure, je trouve qu'on arrive à les discerner même sans cela : au final ils ont quand même une façon de parler qui leur est propre (expressions, tic de langage) et des caractère assez distincts. Toutefois, tu peux t'amuser aussi à changer la police ou user du gras.

- J'apprécie l'humour noir et la violence ne me gêne pas ^^

- Le fait que tu exposes parfois les ressentis de chacun est un plus. Je crois que ça mérite d'être développé (si du moins c'est aussi ton envie ^^).

- Par contre, je ne suis pas sûre d'avoir compris ce passage :

Citation:
Pendant un instant, je suis tenté de lui trancher la gorge, sauf que, zut, toutes les bonnes choses ont une fin, comme ils disent dans les feuilletons du dimanche que je regarde parfois en cuisinant mes proies du moment.



S'agit-il de feuilletons télé? Si c'est le cas, existait-elle au 19ème siècle? Ou alors est-ce un monde steampunk avec une technologie avancée? Ou alors j'ai rien compris? Ou alors la réponse D?

Bref, bonne continuation!


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 Sujet du message: Re: F M W (fiction)
MessagePosté: Ven 28 Avr 2017 09:58 
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Je vous remercie, messieurs !
Noctis > Le fait que j'expose les ressentis de chacun ? C'est à dire ? Peux-tu me pointer les passages concernés ?
En ce qui concerne les feuilletons, à toi de voir, Moon peut soit complètement délirer et raconter quelque-chose qui n'a aucun sens, ou bien la télé à été inventée plus tôt que prévu, ou bien faisait-il référence aux feuilletons dans les journaux de l'époque. Mystères !

Deuxième chapitre, le prochain sera soit un bonus soit le N°3. Je pencherais pour un bonus, étant donné la longueur de ce chapitre (qui est un des plus longs que j'ai écris jusqu'à présent).

Chapitre 2 : Le Casino



Si je le pouvais, je détruirais chaque miroir, chaque vitre. J'assécherais jusqu'à la plus petite flaque pour briser mon reflet. Autrui peut bien y déceler de la beauté, comment accepter de voir à travers des yeux étrangers ? Ma laideur triomphe de tout, elle m'entraîne dans les ténèbres, étouffe ma confiance et me
fait vaciller au bord des toits. J'ignore ce qui m'empêche d'accompagner la dame en noir, celle qui embrasse chaque être-vivant au soir de sa vie. Je grimperais en haut d'une tour battue par des vents cruels, ma dernière ascension. Au sommet, je glisserais, fendrait l'air et m'éparpillerait au sol, comme dans ce rêve si froid où le pont m'appelle et la peine me tire dans un gouffre infini.

Ce serait tellement simple. Et pourtant, si compliqué. Les étoiles me toisent depuis la noirceur du ciel. Il y a des astres qu'il me coûterait d'abandonner, aussi lointains soient-ils. J'ai déjà subtilisé bien trop de choses précieuses pour espérer me faire pardonner d'une si dramatique des manières.

Londres est éclaboussée de lueurs et de bruits, ville déchue. Il y a quelques années, les nuits étaient paisibles, et tous les peintres rivalisaient d'adresse pour retranscrire la magnificence d'une telle cité. A présent, c'était comme si l'Enfer avait avalé rond ces temps célébrés, cette époque où le progrès côtoyait le charme des vieux bâtiments. La ruine était descendue sur Londres : de nombreux monuments qui étaient pourtant parvenus à tenir debout des siècles gisaient en pièces dans la boue, des feux carnassiers croissaient oisivement ici et là, et nul silence ne tombait jamais sur l'amas urbain, constamment lacéré par les hululements des fous, les plaintes des faibles et le grouillement sinistre des rats, corbeaux et autres vermines.

Je longe plusieurs échoppes, toutes fermées. Certaines vitrines sont vides, vandalisées et pillées, tandis que d'autres disparaissent sous les affiches placardées par le gouvernement et incitant la population à demeurer chez eux. Des débris jonchent l'allée, sur un tapis royal de bouteilles, de vieux journaux et de crasse. Les lieux sont désertiques. Aucune âme ne se risque dehors après que la lune se soit montrée, et je soupçonne qu'il ne doit plus rester beaucoup de monde dans ces maisons. Il était avisé d'évacuer face à l'anarchie et le chaos, après tout. Des cris exprimant une joie malsaine parviennent à mes oreilles, très proches, peut-être un peu trop.

Rapidement, je me fonds dans une ruelle si étroite que mon menton frôle la pierre humide. S'approcher du centre de Londres était courir droit vers la gueule du loup, et j'en sentais la puanteur cadavérique, car l'animal n'avait pas nettoyé ses crocs meurtriers. Avec quelques efforts, je parvenais à m'accroupir dans l'espace minuscule, au milieu des toiles d'araignées et des rats curieux. La ville avait commencée à devenir folle deux mois auparavant, et depuis l'infection avait prise de l'ampleur. La situation ne pouvait pas être plus terrible. Plusieurs quartiers de Londres étaient encore sécurisés, patrouillé par les forces de la police déterminées à maintenir l'ordre, mais pour les autres, c'était la porte ouverte aux péchés capitaux. Les plus chanceux ne souffraient que de la dégradation et de quelques excès, comme celui dans lequel je me trouvais actuellement, néanmoins, l'Enfer reste l'Enfer, peu importe si les tortionnaires sont occupés ailleurs.

Au bout de longues minutes qui paraissent des heures, je m'extirpe de ma cachette. Les aboiements humains se sont éloignés. J'aurais pu emprunter le chemin des toits et voltiger jusqu'à notre destination sous le manteau protecteur des ténèbres, cependant, ce n'était plus le Londres que j'avais connu.

Ses hauteurs étaient mon royaume d'étoiles et d'adrénaline, un empire où se côtoyaient zéphyr et borée, une mer d'ardoises et de cheminées, il m'était si facile d'y nager. Pourtant, elles avaient changées. Mes colombes s'étaient envolées vers des cieux plus cléments. De plus en plus de ravins se creusaient, aidés par l'effondrement des bâtiments. Je ne redoutais pas la chute, puisque sans arrogance aucune j'étais une feuille, amant de la brise. Ma crainte résidait dans les caricatures d'êtres vivants qui rôdaient en meute. Elles étaient avides de pauvres hères à tourmenter, nombreuses et surtout expérimentées. En ce jour fatidique, le dédale des rues était plus sûr que mes toits adorés, de part sa nature labyrinthique et ses zones d'ombres.


Notre progression est lente, mais sûre. Je marche la plupart du temps, d'un pas léger, n'accélérant le rythme que si j'entends le glas chatouiller mes oreilles. Moon me presse silencieusement de sa conscience lourde et délirante. Sa soif d'exercice me submerge presque, mais je suis accoutumé à sentir l'odeur du sang qu'il désire voir couler. Il ne passera pas mes barrières. De l'autre côté, Full s'insurge devant mon détachement. Ses pensées luisent comme des chandelles trop vives, la cire me brûle les doigts. Lui, il voudrait s'arrêter toutes les rues pour ramasser une poupée, effacer un graffiti dégradant, se recueillir devant quelques corps inanimés, vérifier si ils sont encore en vie. Il jure avoir vu une demoiselle remuer faiblement lorsque nous sommes passés devant sa carcasse ensanglantée. Je ne rebrousse pas chemin. Il m'étouffe de culpabilité, mais il s'agit de la sienne. A l'inverse de mes deux frères d'âmes, l'objectif que nous nous sommes tracés ne quitte jamais mon esprit, je ne dévierais pas ma course pour des bagatelles. Accélérer nous mettrait tous en danger, de même que ralentir. C'est aussi simple que cela.

F : Tu n'as pas de cœur. Nous devrions au moins mettre leurs corps à l'abri, si nous ne pouvons pas leur offrir une sépulture décente !!

W : Mon cœur est si grand qu'il dépasse les frontières de ma raison, cher frère, sinon je ne serais guère ici. Cependant, mon organe n'est dédié qu'à une seule personne, sa souveraine légitime. Je te serais grès de te le rappeler.

F : Elle ne voudrait pas que -

W : Je me permet d'interrompre ta glorieuse habileté à déclamer des clichés romanesques, mais tu m'as dit être tout aussi impliqué que moi, tout à l'heure.
Donnerais-tu ta parole à la légère ?

F : Tu sais très bien que ce n'est pas -

W : Allons-y. Il ne fait pas bon de traîner par ici quand le soleil se lève.


Mon frère n'insiste pas, je crois que mon comportement l'effraie légèrement. Il ignore jusqu'où je peux aller par passion. Pendant cet échange plutôt houleux, notre ténébreux benjamin n'a pipé mot, trop occupé à glisser des pulsions insidieuses dans ma boite aux lettres. Si il y a bien une chose que Moon prends au sérieux, ce serait celle-ci : fêler l'esprit d'autrui. Nous nous engageons toujours plus loin dans la gorge du monstre urbain.

Mon corps prends le pas sur ma pensée. Je ne réfléchis plus qu'à mes mouvements, concentré sur les mètres parcourus. Le décor évolue, les feux se multiplient, les barricades hétéroclites s'élèvent comme des châteaux de sables bâtis par quelques galopins. Parmi les meubles et autres babioles jetées en tas, le surplus de fer et d'acier en provenance des usines forment les bases d'une future forteresse. Des sentinelles par dizaines se pressent sur les parapets, les terrasses, les toits. Je me mêle parmi la foule muette qui s'agite mollement, des gens sans foyers, des parias trop faibles pour rejoindre la marmaille des démons mais trop souillés pour s'abriter ailleurs.

Ils avancent courbés pour mieux encaisser les coups que leurs décochent de temps à autre les maîtres des lieux. Ces malfrats sont des criminels de métiers pour une petite partie, néanmoins, une quantité non-négligeable est recrutée parmi les londoniens les plus agressifs ou touchés lourdement par l'Incident. Des hommes honnêtes rejoignent le marais du mal tous les jours, il ne faut guère se bercer d'héroïsme.

-"Dégagez le passage !!" postillonna un garde.

Aussitôt, la masse en haillons s'écarte. Des silhouettes filent se vautrer sur le trottoir ou dans des bâtiments délabrés. La calèche ne ralentit pas une seule seconde. Tirée par des étalons noirs lancés à toute allure, la voiture piétine un vieillard un peu trop lent et manque de déraper, mais négocie de justesse son virage. Le vent me fouette délicieusement le visage au moment où elle me frôle. Je n'ai pas pu apercevoir qui se tenait dans la cabine, mais cela devait être quelqu'un d'important. Les portes de la plus gigantesque des murailles s'ouvrent à l'aide d'un complexe système de levier et de poulie, puis se referment derrière la calèche en soulevant un peu de poussière.

M : Des dadas !!! Des dadas !!!

F : Quelle horreur...


L'enthousiasme de Moon est presque attendrissant. Après m'être assuré que les gardes sont bel et bien en train de s'échanger des breuvages aux propriétés sûrement alcooliques, je me glisse dans une brèche béante de la barricade en longeant un mur de briques. Là, juste entre une voiture qui devait être flambant neuve il y a peu et un énorme four. L'espace me pousse à me contorsionner, mais c'est un jeu d'enfant. Cet obstacle est le dernier : derrière l'amas de bric-à-brac se trouve une avenue éclairée et animée. Au premier coup d’œil, je me rends compte qu'il me serait impossible de passer inaperçu par ici. Un simple voleur parmi la lie de l'humanité, cela se discernait comme un bouton sur la lèvre d'une courtisane.



Je résiste à l'envie de me casser le nez, et par extension celui de mon voleur de frère. Walk mériterait de sérieuses réprimandes pour son attitude intolérable. Je ravale mon amertume, remet en place mon imperméable et traverse l'avenue en pestant contre l'injustice de ce monde. Par les chaussettes de Belphegor, cette nuit allait être corsée. J'allais avoir besoin d'une bonne bouteille de gin si je voulais tenir le coup. Ce qui m'indigne le plus, ce n'est pas le comportement profondément égoïste de mon frérot. C'est un hors-la-loi, il faut s'attendre à ce qu'il n'ait pas le même standard qu'un brillant inspecteur tel que votre serviteur. Non, ce qui me débecte, c'est sa nonchalance. Pour lui, il n'y aucun sacrifice, il est insensible à la douleur des autres. C'est même pas une histoire de priorité. Si il continue ainsi, il ne vaudra pas mieux que ce dégénéré de Moon.

L'endroit est une explosion constante de rires et d'infractions aux lois. Ça me chatouille de coffrer tout ce beau monde. Si je n'étais pas en sous-effectifs, c'est même ce que je ferais. C'est devenu comme un réflexe avec le temps, de passer les menottes aux vauriens. Le supplice de passer à côté d'un tel spectacle ravive ma vieille blessure à la poitrine. L'avenue se découpe en plusieurs "chemins" délimités par des monceaux d'ordures, et des étals de fortune s'alignent le long de ces talus.

C'est un marché noir improvisé. Entre deux poignées de mains, on s'échange des armes, des drogues, de la compagnie sulfureuse, des amis costauds, des informations juteuses, des bien dérobés, et même des animaux exotiques. Je demeure stoïque face aux commerçants qui me hèlent depuis leurs comptoirs, avides de mon argent. Des coupes-jarrets détroussent les badauds les moins menaçants. Ils me considèrent un instant de leurs petits yeux vicieux, mal rasés et empestant la vinasse, avant de détourner leurs vilaines bouilles. Je ne dois pas inspirer la vulnérabilité, et c'est tant mieux ! Qu'ils osent venir me casser les noisettes, je ne suis pas d'humeur.

Ce monde ne m'est pas étranger. J'ai déjà vu pareilles scènes dans des lieux secrets, où l'illégalité était en vogue, mais jamais à une telle échelle. Que de tels délits puissent être considérés comme parfaitement normaux me dépasse.

Je repère notre destination, un ancien hôpital dorénavant investi par une de mes plus vieilles connaissances. Les murs saumons croulent sous les papiers placardés, pour la plupart des documents officiels top-secrets, de toutes les couleurs et de toutes les encres. Le genre d'informations qui n'auraient jamais dû être rendues publiques. Ils forment un patchwork coloré dont l'intérêt artistique est certain, il n'empêche que c'est de mauvais goût - et illicite, diantre !!! -. Des foules s'engouffrent ou émergent du bâtiment. Je gagne les premières marches menant au bâtiment avec la ferme intention de me mêler aux autres, quand je sens une petite main s'aventurer dans ma veste, sans doute à la recherche de mes possessions. Je pivote, attrape le bras maigrelet et soumet sans difficulté le garnement.

-"On ne t'as jamais appris que voler, c'est mal ?"

Mon sourire flamboyant de gentil flic s'éteint quand je pose le regard sur le pickpocket le plus pitoyable qu'il m'a jamais été donné de capturer. Habillé d'une tunique bien trop grande pour lui et d'un pantalon rapiécé à mains endroits, la petite chose doit à peine dépasser les sept ans. Ses yeux bruns sont vides de toute émotion. Il ne réagit pas. Je sens ses os sous ma main puissante, et il ne faut pas être devin pour comprendre que ce gamin crève la faim depuis des mois. Il est tellement minuscule que je pourrais le tuer juste en le bousculant.

-"Un problème, m'sieur ?" m'interpelle de loin un gaillard.

Son attirail de boucher et le fusil glissé en bandoulière m'indiquent qu'il doit appartenir à une sorte de milice criminelle. Pas de tatouages apparent signifiant son allégeance à un gang connu, ni de bijoux symboliques. Je remarque alors une chevalière d'or ovale, ornée d'une salamandre couronnée de lauriers, passée à son index gauche. Ça me fait l'effet d'un uppercut.

W : Elle n'est pas à lui. Le véritable propriétaire la porterait à l'auriculaire, comme tout bon gentleman.

F : Je sais... Ces armoiries sont celles de la maison Saber.

F : ...

M : Sa bière ? La bière de qui ?

W : Saber, Moon. Le nom de notre famille. J'ai tout fait pour reléguer aux oubliettes de ma mémoire tout ce qui avait le moindre lien avec père, hormis ce maudit nom.

F : Le vaurien a dû piller le manoir avec ses complices. C'est la seule explication !!! Il doit être un des privilégiés, si on l'a autorisé à conserver son butin.

M : Oh oh, faux ! Il y a une autre explication, mon lapin ♥ Si c'est la bague du vieux débris, il la portait sûrement au petit doigt avant qu'on le LUI COUPE !!! Son cadavre doit sagement pourrir dans les caniveaux, rends-toi à l'évidence.


Je serre les poings. Du calme, mon vieux. Rappelle-toi l'académie. Il ne faut pas perdre ton sang-froid. Je me file une gifle mentale pour remettre mes idées en place - et soulager ma soif inappropriée de violence -, puis je tire par l'épaule le pickpocket qui reste aussi immobile qu'un pêcheur du dimanche face à la perspective d'une grosse prise. Ce damné de saloperie de foutu voleur s'approche, étonné par mon silence. Vite, agir naturellement. Ne pas lui montrer que j'ai une folle envie de lui coller une droite. Je lui offre le sourire le plus hypocrite de mon arsenal, une main gentiment posée sur la tête du garçonnet, une autre glissée dans mon manteau.

-"Mon gamin a peur de m'accompagner à l'intérieur. Je n'ai pas trop l'choix, les nounous sont rares par les temps qui court." je m'exclame en me forçant à rire de ma plaisanterie moisie.

Quelque part en échos dans mon crâne, Moon se bidonne. Le visage de mon interlocuteur s'éclaire d'un rictus à faire crier d'indignation une brosse à dent.

-"Ben alors ptit gars, faut pas flipper pour si peu, ils vont pas te manger au Casino."

Mon "fiston" ne réponds pas. Je le tire un peu plus contre moi, pour le protéger de ce charognard. Dans le même temps, j'essaie de froncer suffisamment les sourcils pour déformer mon visage. C'est un effort un peu inutile, mais dans la pénombre, n'importe qui pouvait passer pour un autre - de plus, le charbon appliqué pour effacer l'éclat verdâtre de ma tignasse aidait beaucoup -. J'étais l'un des inspecteurs les plus connus du pays avant tout ce merdier, ma figure vertueuse faisait la une des journaux à chaque arrestation et les trois-quart de la pègre m'appelaient par mon prénom. Je ne peux pas me faire repérer, pas encore. Si je me fais fusiller avant d'arriver devant le Courtier, c'est trop bête. C'est quoi, le secret de Walk et Moon pour ne jamais se faire reconnaître ? Je pointe du menton l'hôpital couvert de paperasse.

-"De Maluise se porte bien ?"

-"Les affaires fleurissent depuis que la ville est à nous. Mal' roule sur l'or, j'ai jamais vu l'Casino avec autant de monde ! Il est à l'intérieur. C'est lui qui a décidé de s'installer ici, et pas dans le Royal Exchange ou une de ces banques huppées de la Cité. Il aime la vue sur la Tamise, le bougre !"

-"Ah ah, il n'a pas changé."

Le Casino. Un nom simple pour couvrir l'une des opérations frauduleuses les plus lucratives au monde. Malgré mon flair légendaire, je n'ai jamais pu boucler complètement ce commerce, et ce n'est pas faute d'avoir essayé !! J'ai sacrifié mes nuits et mes jours à pourchasser inlassablement les membres du Casino, mais ce n'était que des coups dans l'eau. Le vrai cerveau du Casino ne restait jamais bien longtemps en prison.

Dès qu'il émergeait, un bâtiment quelque part dans Londres se mettait à grouiller de malfrats et s'incorporait au centre d'un immense réseau de corruption, de blanchissement d'argent et de falsification d'identités. C'était une foutue tumeur. A quoi bon tondre la pelouse si les mauvaises herbes vous rient au nez pour repousser quelques minutes plus tard ?

-"Vous êtes un ami de Mal', m'sieur ? Je m'appelle Slate, j'connais un peu l'Casino, je pourrais vous conduire à Mal'."

Le vouvoiement me rassure. Le dénommé Slate me prends pour un client de De Maluise, ce que je comptais bien entendu lui faire croire. L'homme traitait avec les chefs de gangs les plus influents du pays quotidiennement - excepté le dimanche, va savoir pourquoi, ce n'est pas moi qui prendrait un jour de congé ! -, il rencontrait la crème de la crème du grand gâteau périmé qu'était le crime organisé et insistait pour connaître le numéro de sécurité sociale de chaque individu bénéficiant du Casino, jusqu'au larbin le plus insignifiant. Maintenant que la civilisation londonienne s'était effondrée, il devait représenter le nerf financier du nouveau régime, ce qui signifiait traiter avec encore plus de gens. Je pouvais aisément me faire passer pour un privilégié du Courtier, surtout avec les informations obtenues de cette malheureuse taupe brutalisée par Moon.

-"Ca tombe bien ! De Maluise m'attends, j'suis Horace. Un envoyé de Flirt."

M : Bonjour Horace ! Moi, c'est Moon, mais tu peux m'appeler Moony. J'aime le sang fraîchement versé sur un trampoline, et toi ?

F : Par pitié, tais-toi ! J'essaie de me concentrer !!

W : Il n'a pas tort, tu es terriblement mauvais lorsqu'il s'agit de faire semblant. Il n'y a pas plus caricatural que la malfaisance résumée en un accent voyou et un regard de hibou enrhumé.

F : Parce que tu as déjà vu un hibou attraper un rhume ?

M : ATCHOUHOUHOUHOUHOUM !! ♥

F : Je te préviens que si ce bruit me reste dans la tête, je te -

M : - plante un couteau dans le menton ? Ce serait tellement sympa.

W : Il te collera plutôt un procès. Père pourra l'aider à réciter le festival de règles et de lois que nous avons transgressés, puis il nous mettra les menottes et avalera la clé, comme les ogres des contes pour enfants. A condition qu'il soit encore en vie pour nous condamner, n'est-ce pas ?

F : Qu'est-ce qui te prends tout à coup ??

W : Syndrome d’œdipe.

M : Je savais pas que t'avais une conjonctivite, Walkie. Tu veux en parler ? J'adooore découvrir tes points faibles, tu es si fragile !

F : Il y a d'autres moments et d'autres lieux pour ce genre de discussion. Ne perdons pas le contrôle de nos émotions, il faut être...


-"Ravi de vous rencontrer, Slate. Vous ouvrez la marche ?"

-"Je voudrais bien, mais il m'faut une preuve que vous êtes bien qui vous z'êtes."

Pas bête, l'animal.

-"'ttendez une seconde, je dois avoir ça quelque-part..."

Sans plus prêter attention au comportement de plus en plus étrange de Walk, je tends à mon interlocuteur la carte récupérée un peu plus tôt dans la soirée dans les poches de celui dont j'empruntais le nom et l'identité. Douce ironie, je pratiquais le vol d'identité pour m'introduire dans un lieu renommé pour des combines du même genre.

Slate fit mine d'examiner le bout de plastique et les chiffres imprimés avant de me la rendre : pas de photos, mais c'était inutile, De Maluise accordait plus d'importance aux codes qu'aux visages. Tous ses larbins connaissaient les combinaisons les plus utiles mais seul ce bon vieux Mal' se souvenait avec exactitude de tous ces murs de chiffres. Le don de la mémoire photographique était gâché sur un type aussi pourri... Slate accepte donc de me conduire à travers les portes de l’hôpital, et je le suis en tenant la main squelettique de mon pickpocket. Je ne sais pas comment je vais faire pour lui épargner ce guêpier, mais c'est une complication de plus parmi un océan d'imprévus.

Pas de problème. J'ai l'habitude de travailler en impro totale.

Une fournaise monstrueuse règne dans le bâtiment - on a peur de geler en enfer, De Maluise ? -, suffisamment pour faire naître de la sueur sur mon front impeccable. Je n'y prête qu'une attention minime, trop occupé à prendre note de mes environs en cas de retraite anticipée. Des gorilles vérifient les identités des nouveaux arrivants et jettent dehors les indésirables, mais grâce à Slate, je n'ai pas à subir une deuxième fois ce contrôle. Mon guide me fait traverser un hall d'un blanc crème rappelant le nuage de lait sur la tasse de café qui doit m'attendre à la maison. Partout, des hommes et des femmes virevoltent. Ils chuchotent tous, le bouche-à-oreille se succédant de temps à autre aux grattouilles des plumes. Quel temple de la sainte délinquance ! Tous ces murmures sonnent comme autant d'incantations impies. Dans cette ambiance feutrée, je pourrais crier "vous êtes tous en état d'arrestation" du plus profond de mes puissants poumons. Qui m'en empêcherait ?

-"M'sieur Horace, nous y vlà presque. Les quartiers de Mal' sont au dernier étage !" me dit Slate.

L'escalier principal est flanqué de deux gars ayant visiblement dévalisés un musée ou un château, vêtus de pied en cap d'armures rutilantes. Leur attirail comprends des heaumes, des boucliers peints en rouge et des épées de fer qui doivent peser une tonne. Je déglutis. Ça ne me fait pas rire, ils ont l'air de savoir se servir de cet équipement poussiéreux. L'un des chevaliers tonne :

-"Qui va là ?"

-"Tu peux arrêter ton manège, Bob. On est potes, tu t'souviens ?"

-"Suffit, manant !! Qui va là ???" répète le valeureux Bob en redoublant d'agressivité.

Mon guide soupire. Ce ne doit pas être la première fois qu'ils ont une prise de bec au sujet de cette... désillusion. M'est avis qu'ils devraient aller se faire soigner. Je connaissais un très bel asile au service impeccable avant que Londres ne devienne un kiwi à moitié rongée par les vers : personnel aimable, sorties éducatives, chambres propres et cidre à volonté.

W : Je ne vois pas où est le mal, de vouloir revivre cette grande époque de courtoisie et d'aventures qu'était le moyen-âge des preux chevaliers.

F : Tu penses sérieusement que leurs grosses épées sont là pour faire minauder les donzelles et magiquement trousser les dragons ?

W : Bien sûr, cher frère.

F : Non, Walk, bien sûr que NON ! Elles sont là pour trancher, massacrer, concasser, tuer !! C'est un accoutrement barbare motivé par la folie sanguinaire !

M : Tu crois qu'ils vont s’apercevoir que tu as du sang sur tes bottes ? ♥


Je baisse les yeux. Effectivement, à la lumière des lanternes voracement nourries de charbons, on voit avec netteté des tâches écarlates sur le cuir de mes bottes. Pourquoi ne m'en suis-je pas aperçu plus tôt ?? Quelle bourde de débutant !!! Nous n'avions pas nettoyé tout le sang qui avait giclé pendant l'interrogatoire, une partie nous avait échappée. Mais est-ce réellement un danger ? Après tout, la loi du plus fort était en vigueur, ici, on pouvait tuer impunément son prochain et s'engager dans des bagarres vicieuses. Ce ne serait pas incongru d'avoir un peu d'hémoglobine sur mes chaussures. Oui, je n'ai aucune raison de paniquer.


M : Sauf que tu-sais-qui est hémophoque, héhé.

W : Hémophobique, Moon.

M : C'est pareil. Il a peur des otaries.

F : Diantre. Tu as raison !!! J'avais complètement oublié.

M : Vrai de vrai ? Trop cool !! Tu passes enfin du côté obscur de la cuisine !!! Allons arracher des trachées pour fêter ça !!

F : Je suis sensé connaître ses habitudes, ce serait incroyablement suspect si je me ramenais chez lui tout en sachant qu'il est terrorisé par la vue du sang !!

W : Essuie-toi discrètement. Fait semblant de cirer tes chaussures pour les faire reluire !

F : Ils verront ce que j'essaie de faire.

W : Ta paranoïa est un tantinet exagérée, Full. Il y a trois gouttes, ce sera terminé en un tour de chiffon.

F : J'ai pas de mouchoir.

W : Mais quelle sorte d'être humain es-tu ??

M : Et les otaries dans tout ça ?

F : Oh, vous n'en avez pas non plus, alors faites pas les malins.

W : C'est TON imperméable, monseigneur l'inspecteur !!

F : Pourquoi diable aurais-je eu besoin d'un mouchoir ?? Je nettoie toujours mon arme de service au poste ou chez moi, et je ne suis jamais enrhumé.

W : Le privilège des crétins, ils n'attrapent jamais froid.


Pendant que nous nous chamaillons, j'entends clairement Slate argumenter auprès des deux chevaliers et me mentionner. Leurs heaumes s'inclinent dans ma direction. Je ne laisse pas le temps à Bob de me jauger de la tête aux pieds comme ces hors-la-loi dans les mauvais westerns. J'accroche son regard terne derrière la visière en fer blanc et lui sourit :

-"Mon patron, Flirt, aimerait beaucoup s'entretenir avec le Courtier de sujets pressants, malheureusement, il est occupé ailleurs et c'est moi qu'il a choisi d'envoyer. J'suis en règles, vous pouvez vérifier, De Maluise m'attends, nous avons rendez-vous."

-"Si tu mens, pendard, ta langue sera tranchée !" rugit Bob.

-"Et Mal' écrira ton épitaphe dessus." ajoute le deuxième cinglé jusque-là muet.

J'ai peine à y croire. Il ne serait pas fichu d'ordonner la mise à mort d'un moustique, alors la mienne ? Non, en général, ce sont les potes de De Maluise qui se chargent de liquider ses petits soucis sans son avis. Je ne dois pas m'arrêter en si bon chemin, il faut continuer à retenir leur attention.

-"Naturellement. J'ai hâte de le revoir, nous avons beaucoup à nous dire. Des informations croustillantes sont en jeu."

-"Patientez avec la plèbe sans faire de bruit, nous informerons notre suzerain de votre présence. Les étages ne sont accessibles qu'à ceux qui ont de quoi parier et entourlouper, nous ne pouvons nous baser seulement sur vos dires, mécréant. Un page viendra procéder à une vérification."

-"Pas question !! C'est vraiment très important, les gars !!"

-"Vous ne passerez pas."

-"D'accord, comme vous voulez, j'veillerais à ce que Flirt et le Courtier en entendent parler, après tout, c'est pas comme si les secrets de Marco étaient révélés tous les jours..."

Je fais semblant de piquer une crise - comme Moon quand on lui refuse d'aller démembrer un voisin - et tourne les talons dans un grand mouvement, me dirigeant vers le hall d'entrée et le guéridon où est miraculeusement posé un verre de fleurs, à quelques pas de là. J'ai conscience de ressembler à un grand gamin de 24 ans, mais c'est calculé. Je me suis trop souvent aperçu dans mon métier que le meilleur appât était le plus simple.

-"Attendez !" me hèle Bob.

Bingo. Je me retourne brusquement, et d'un coup d'épaule maladroitement prévu, je fracasse le vase. L'eau éclabousse le bas de mon pantalon et mes bottes : je me précipite pour ramasser les éclats en criant des excuses, frottant en cachette le cuir.

W : Je vois. C'est indiscutablement plus discret comme technique. J'y penserais la prochaine fois que je cambriolerais une banque.

F : Je te remerc- attends, c'était un sarcasme, c'est ça ?

W : Tout juste. Tu apprends vite !


Une fois mon nettoyage terminé, Bob m'indique d'un mouvement de tête les marches.

-"Ne me faites pas regretter ce geste ! Notre suzerain est au premier étage. Surveillez vos manières et évitez de casser d'autres objets de valeurs !!"

Guilleret, je grimpe quatre à quatre les marches, toujours flanqué de mon pickpocket. Mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir en faire ? Slate reste aux bas de l'escalier, arrêté par les deux chevaliers qui refusent de commettre une autre entorse au règlement. J'abandonne à regrets la chevalière qui me revient de droit, mais je ne l'oublie pas pour autant. Je reviendrais la chercher et tirer les vers du nez de ce foutu voleur. On en a pas terminé.

Le premier étage est méconnaissable. Je m'étais déjà rendu dans cet hôpital pour un contrôle de routine, c'était l'un des établissements les plus réputés de la ville. A présent, au lieu de sauver des vies, il les ruinait. Les couloirs sont décorés de tapisseries époustouflantes, sur lesquelles s'étalent des scènes historiques et venues d'un autre temps. J'émets un grognement dédaigneux. Toutes des répliques extrêmement bonnes. Les vraies tapisseries, celles qui valent des millions, doivent orner les bureaux des patrons du crime.

Chaque porte est gravée d'un numéro et d'une inscription fantaisiste : "Antre du Bonheur", "Salle des Surprises", "Palais du Jeton d'Or"... Moon glapit face à celle qui indique "Sanglante Boucherie". Il sait lire quand ça l'arrange, lui. Je trouve notre homme dans une vaste pièce sans portes, probablement un ancien réfectoire.

De Maluise est entouré d'une foule d'admirateurs qui se pressent comme des damnés citrons autour de son costume sophistiqué d'aristocrate. Des tables sont dressées, mais couvertes de vasques circulaires, dont les contours sont imprimées de lettres étranges. De temps à autre, un homme habillé de fanfreluches laisse tomber une bille dans un de ces récipients. Chaque fois que la bille s'arrête, les spectateurs hurlent de joie ou de tristesse. Je suis tombé sur l'étage où le Casino mettait en jeu des secrets et des connaissances. Une fois, j'avais réussi à m'infiltrer et à décrocher le secret le plus précieux du Courtier par la chance pure. Ça m'a été décisivement utile par la suite, et ça pouvait encore l'être. Alors que je m'approche de l'attroupement, deux gardes me saisissent par le bras et écartent sans ménagement l'enfant que je traînais.


Bon sang. C'est trop tôt.
Je ne résiste pas tandis qu'ils m'empoignent et me fouillent. Ils trouvent mon flingue, mon briquet, la carte d'Horace et les quelques six couteaux de Moon, mais les crochets et la lime de Walk passent inaperçu, trop bien dissimulés. La foule se disperse et bientôt le réfectoire devient désert, il ne reste plus que moi et De Maluise - et l'enfant maigrelet, recroquevillé dans un coin, ignoré de tous -.

W : Et douze gardes armés jusqu'aux dents.

F : C'est un détail.

M : Des marionnettes. Tout plein de marionnettes. Rien que pour mwa !!

F : Promis, Moon, si il y a du grabuge, ils sont à toi.


-"Bonjour, Full ! Cela faisait longtemps."

Je souris bien malgré moi.
William Feros de Maluise, le Courtier, le Sang-Bleu, l'Homme du Casino. Né à Londres, fils illégitime d'un lord, bien éduqué, pourri jusqu'à la moelle. Pas de casier judiciaire officiel, en dépit de 27 arrestations et 18 incarcérations. C'est trop aisé à effacer pour un génie maléfique de sa trempe. En revanche, son dossier officieux figure bien à l'abri derrière une latte de mon plancher, une copie est même déposée dans un coffre-fort dont je suis le propriétaire exclusif, au-delà des mers.

De Maluise est la menace N°1, devant des saligauds comme Simili ou Marco. Jamais coupable du moindre meurtre direct ou indirect, passif ou non. Alors pourquoi est-il tout en haut de la liste ?? Pourquoi un individu qui n'avait jamais tué ou torturé quiconque devançait la ribambelle d'enflures sans cœurs aux méfaits tous plus abominables les uns que les autres ?

-"Tu es bien silencieux, aujourd'hui. Tu es surpris de t'être fait avoir avant même que je pose les yeux sur toi, peut-être ? Mes gardes ont appris par cœur les portraits-robots de toutes les personnes en mesure de représenter une menace pour moi. Et puis, sérieusement, plus de la moitié d'entre eux te connaissent déjà, Full. Te teindre les cheveux n'est qu'un piètre subterfuge."

Il s'approche, mais reste à bonne distance.
Voici l'homme le plus dangereux de Londres. Il peut détruire toute trace sociale d'un individu sans effort, rogner une identité, faire disparaître des comptes en banques et des contrats, les manipuler à son avantage. Personne n'était à l'abri du Courtier. Un salaire pouvait s'étioler sous ses doigts habiles, une entreprise faire faillite. Un type louche pouvait endosser la peau d'un type bien, comme par magie. Il jonglait avec les vies mieux que le Diable lui-même. Maître de la psychologie et de la diction, De Maluise passait inaperçu partout où il allait. Il se fondait dans son décor, aussi rodé qu'un caméléon de cirque. C'était devenu le consultant financier à plein temps de tous les escrocs notoires.

F : Bien. Vous êtes prêts ?

W : A ton signal.

M : Rogeeer. Je sais pas qui c'est, Roger, mais c'est mon nouveau copain. Désolé, Barnabé, je te quitte. Non, ne dis rien. Je sais, ce sera dur, mais on va y arriver. Je t'enverrais des orteils séchés tous les jours, tu me toqueras sur la boîte crânienne de moins en moins, et puis, boum, la rupture, le génocide, la race humaine sera raillée de la carte. Vilaine tâche de café, de la poudre tu retourneras à la poudre !

F : Parfois, tu m'impressionnes par ta capacité à débiter des monceaux d'insanités sans aucun sens. Parfois. J'insiste.


Walk, c'est à toi dans quelques minutes. Je pousse un soupir.

-"Où sont mes bonnes manières ? Je pense pas être ravi de te revoir, De Maluise, mais je suis pas ici pour te coffrer, t'inquiètes pas."

-"Évidemment, puisque tu es maîtrisé." dit-il calmement. Il penche la tête sur le côté. Un de ses tics favoris. "Marco a insisté pour remplacer les anciens gardes, trop fragiles à son goût, considérant la façon dont tu les as amochés la dernière fois. Ce sont des professionnels, cette fois."

A sa grimace, je devine qu'il partage mon idée du mot professionnel et que ça ne lui fait pas plaisir de se coltiner des meurtriers. Difficile de sympathiser avec quelqu'un capable d'enlever tout à un être humain et de le laisser mourir dans la pauvreté sur un trottoir mal-famé. Commettre un crime ne se limite pas à tuer. De Maluise passerait l'éternité en prison si on additionnait toutes les fraudes qu'il a orchestré au nez et à la barbe de la société.

-"Mais je suis curieux de connaître le motif de ta présence ici, mon cher Full."

Allons droit au but. Il pourrait discuter avec moi pendant des heures, je le connais, il est presque trop aimable, mais nous n'avons pas de temps à perdre.

-"Je te le demanderais gentiment : où est-elle ?"

-"Qui cela ? Il va falloir être plus précis. Tu veux du thé, peut-être ? J'en fais importer des Indes. Je suis presque déçu par la facilité qui est désormais la mienne pour tout ce qui est commerce. Notre Londres n'est plus qu'un enclos saccagé."

-"Nan, ça ira. On est nostalgique ?"

-"Seulement indisposé par la pagaille. Il est mille fois plus agréable de soudoyer un système que d'en créer un. Je ne plie plus les règles à ma guise, je les tisse ! C'est épuisant."

-"Pauvre gars. Je pleurerais bien, mais je n'ai pas emporté de mouchoir."

W : On a pu le constater ! Cesse un peu de te complaire dans ton rôle de héros théâtral. Continue !!

Je serre les dents, et répète ma première question. De Maluise hausse légèrement des sourcils. Il fait un geste en direction des murs, me montre les tapisseries et les tableaux hors de prix qui s’agglutinent. Encore une fois, le vrai et le faux s'entremêlent. Je secoue la tête en une négation farouche. Mon interlocuteur fait la moue :

-"Si ce n'est pas un objet, peut-être est-ce une action dans une grosse compagnie ? L'identité d'un ami ? Dis-moi tout, Full, je garde bien les secrets."

-"Te fous pas de moi. Tu passe ton temps à distribuer au plus offrant les cachotteries de tout le monde dans cette foutue ville, t'es encore en vie juste parce que tu n'es pas assez bête pour révéler tout et n'importe quoi. Elle n'est pas n'importe qui. Vous devez tous travailler de concert pour la garder prisonnière. Elle vous intéresse, hein ? Vous voulez percer le mystère ?"

Il bat des cils mais ne réponds rien. Ses gants immaculés attirent un instant mon regard. Il triture un talisman à son cou. Nerveux, ou juste un leurre pour mener ma barque là où il le désire ? J'avais tendance à oublier le visage de De Maluise et les intonations de sa voix quand nous discutions. Tout chez lui pouvait vouloir dire le contraire de ce que j'assumais, et diantre ce qu'il était bon à ce jeu. Je me concentre sur un bouton de sa chemise.

-"Nous sommes dans un Casino. Parions."

-"Il y a des informations que je ne mise jamais ! Tu n'as rien à mettre sur la table d'équivalent, de toute manière." s'offusque-t-il.

-"Tu serais surpris. Je ne suis pas aussi blanc que je le laisse paraître."

-"Le grand Full ? Tu es plus propre qu'une neige fraîchement tombée, je n'ai jamais rien réussi à trouver sur ton compte qui puisse ternir ta si belle réputation. Tes économies sont bien cachées, aucun poste de police ne serait assez fou pour te renvoyer et il est impossible de te berner. C'est difficile à croire, mais personne n'est plus irréprochable que toi."

Si tu savais, De Maluise.

-"Donne-moi un prix alors. Si tu veux, je peux te supplier à genoux."

-"Te voler ta fierté ne m'est d'aucune utilité. Je peux exiger tout ce que je veux ?" me demande-t-il en riant. Un rire d'innocent, de brave citoyen.

Je confirme d'un hochement de tête. Son crâne penche de nouveau sur le côté. Ses yeux brillent d'une convoitise polie. Il n'a qu'une hâte, celle d'enfin mettre à jour l'inébranlable inspecteur que je suis.

-"Tu es amusant, Full. Je te respecte, tu es peut-être la seule personne de chair et d'os pour laquelle j'éprouve cela. Avec toi, chaque rencontre est une aventure, cela m'arrache à la monotonie des chiffres. J'aime l'algèbre et les codes, mais la routine peut devenir lourde. Heureusement, tu es là pour éclairer des soirées comme celle-ci."

-"Ton prix, Courtier."

Il ouvre la bouche. Une question roule sur ses lèvres, tellement appropriée que Walk ne pouvais rêver mieux comme aubaine.




L'homme qui me fait face semble émaner d'un miroir mystique. J'ai souvent entendu parler du Courtier, le magicien des finances, en mesure de subtiliser l'immatériel et l'intangible. Nous évoluons tous les deux dans des dimensions différentes avec le même principe : prendre les biens qui appartiennent à autrui. Il est petit, habillé avec l'élégance qui sied au rang de la noblesse aristocratique, ganté de blanc. Ses longs cheveux auburn sont coiffés en catogan.

Toi et moi, nous sommes des voleurs, des fils destinés à la richesse et aux soirées chics préférant l'excitation de briser en morceaux la cage des lois. Tu a les yeux de la même teinte gris-bleu que le regard qui m'habite. Voyons voir si tes talents sont également à la hauteur des miens.


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 Sujet du message: Re: F M W (fiction)
MessagePosté: Mer 3 Mai 2017 11:36 
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Bon chapitre qui narre le passage du lieu de l'interrogatoire jusqu'à la rencontre avec Maluise.

J'aime le fait que les personnages narre de façon différente : Walk est poétique, Full parle avec ses valeurs et Moon sera certainement incohérent par moment et surtout en pleine folie.

Ton écriture est efficace et tu arrive à bien faire ressentir les différences entre les trois protagonistes.
Le Courtier m'intéresse et j'aime bien ce personnage ainsi que son introduction progressive aux récits via les pensées de Full.

Sinon, toujours intrigué par le fait que les trois frères soient dans le même corps. J'ai hâte de savoir s'il s'agit d'un dédoublement de la personnalité ou s'il y a eu quelque chose d'autre. De même, j'espère que l'on en apprendra plus sur les événements qui ont plongé Londres en déliquescence, surtout avec toute les comparaisons passé-présent faîtes par Full et Walk. Mais tout cela arrivera en temeps voulut.

Nous aurons bientôt un "affrontement" entre Walk et De Maluise ce qui s'annonce très intéressant.

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 Sujet du message: Re: F M W (fiction)
MessagePosté: Ven 12 Mai 2017 17:03 
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Je te remercie de ton retour, L'éternel ! J'espère que ce chapitre apportera quelques réponses, malgré son titre qui implique davantage de questions.

Je posterais un bonus dans deux semaines à la place du chapitre normal, ou la semaine prochaine.

Chapitre 3 : Questionnement



Que représente-t-elle pour moi ?

Elle.

Son nom est comme le souffle qui se glisse naturellement entre mes lèvres, l'éther qui me fait vivre. Cette question ne m'est pas inconnue, je me la suis posée des dizaines, non, des centaines de fois, dévoré par les ténèbres de mon coeur. La réponse est claire comme le plus pur des cristaux, cependant, elle est incomplète, sans limites définies.

Cela s'apparente à savoir ce qu'est l'océan, être familier avec la courbe de ses vagues, l'écume dont elle se pare, le ballet sauvage des oiseaux qui en survolent l'immensité. Vous vous représentez clairement l'eau border le sable terne et malléable. Vous savez que l'océan est vaste et qu'à certains endroits, sa profondeur est vertigineuse. Mais vous ignorez ce qui se cache dans les abysses. L'exacte distance entre la surface auréolée de lumière et les tréfonds où trône un silence parfait vous est étrangère. C'est ainsi.

Comme une majestueuse forêt à l'assaut de collines que je n'ai jamais gravie, comme une symphonie que je n'écoute jamais jusqu'au bout mais dont je peux apercevoir la partition, comme un coffre large et ancien à la décoration usée qui renferme un trésor que je n'ai jamais estimé à sa juste valeur.

Le Courtier s'assoit sur une chaise que lui apporte l'un de ses gardes du corps. L'expectative polie qui est la sienne ne me dupe pas. Tout comme moi, il dissimule son excitation du vol derrière quelques remparts civilisés. Son coeur doit battre plus vite que la machinerie d'un train lancé à pleine vitesse. Il est curieux de me voir dans cet homme, et plus encore de me rendre compte qu'un voile diaphane me sépare de ce marais cruel où les fous égorgent les faibles, où les forts s'étranglent mutuellement dans la boue du mal.

Le plaisir de subtiliser autrui est un délicat nectar. Trop en boire peut corrompre les principes inhérents à une personne. Peut-être le Courtier répugne-t-il à tuer parce qu'un jour, il fut intègre et simplement attaché à l'adrénaline de ses méfaits ? A force de descendre l'escalier noir toujours plus loin, ses vols bénins s'étaient aggravés. Combien de temps me reste-t-il avant que je n'emprunte le même chemin en colimaçon ? Si un jour j'apprends que l'une de mes victimes s'est suicidée parce qu'elle a eu l'immense malheur de se faire arracher des mains un objet infiniment cher à son âme, je ne sais pas comment je réagirais. Ce serait d'une tristesse sans nom.

-"Tu veux revenir sur ta parole ? Ce prix est peut-être trop élevé pour toi." dit doucement mon reflet.

Je secoue la tête vivement. Je suis Full. Je dois être Full. Si il s'aperçoit de la supercherie, il sera bien moins aisé de lui "faire les poches". L'inconvénient est que je dois aussi parler avec mes mots, pas ceux de mon frère, sinon je ne réussirais jamais à accomplir ma tâche en toute délicatesse. Deux hommes me tiennent solidement les bras, un grand gaillard musclé comme un bœuf et un éphèbe à la tignasse charbonneuse. Ils ne relâchent pas leur vigilance, et je pourrais dire de même en ce qui concerne leur demi-douzaine d'autres camarades. Chacun attends le moment où je remuerais un membre, avides de me cribler de balles.

-"Ce qu'elle représente pour moi. C'est tout ? Tu demandes rien d'autre en échange de sa localisation ?"

-"Tout à fait ! Je suis persuadé que ces deux informations se valent, il est rare que je me trompe dans mes estimations. C'est un échange équitable. Et quand bien même ce n'était pas le cas, tu ne pourras pas faire usage de ce bout de connaissance en captivité. Je compte te fournir tout le confort dont tu auras besoin, néanmoins, des dispositifs de sécurités draconiens seront installés pour s'assurer que tu restes confiné à tes... quartiers. Il s'agit là d'une simple précaution, je suppose que tu me comprends, Full, de geôlier à geôlier."

-"Oui, bien sûr." dis-je sèchement.

-"Ne soit pas fâché, je t'en prie. Mes collègues te réserveraient un sort funeste. Beaucoup t'apprécient, mais les affaires sont les affaires."

Il se détourne et regarde quelques instants par la fenêtre, comme distrait par les étoiles. Il reprends : "Tu aurais été exécuté dans deux heures, aux premières lueurs du jour. Le deux-mille-trois-cent-troisième condamné à mort depuis que le tribunal est présidé par Flirt. Ou devrais-je dire l'honorable haut-juge Henslow ?"

Je plisse les yeux face à ce chiffre vertigineux. Mon indifférence doit lui mettre la puce à l'oreille, puisqu'il penche la tête de côté en fronçant des sourcils. Certes, aucun des individus qui demeurent encore dans la cité, même au sein des quartiers sécurisés, n'ignore les procès sanguinaires qui s'y déroulent. La Justice est devenue plus bancale et impitoyable qu'elle ne l'était déjà - et je pensais cela impossible -. Le simple rappel de cette ignominie aurait suffit à faire bouillir de rage mon frère si vertueux. Il est tellement aisé de le faire exploser tel un fier volcan. Je ne me risquerais pas à essayer d'imiter sa réaction, ce serait grossièrement surjoué, il me faut être plus fin.

-"Et le nombre de mariages brisés pour chaque victime ? D'enfants privés de leurs parents, d'amis en deuils ? Je n'y ai pas droit ?" rétorquais-je avec une froideur impériale.

La fureur noire et silencieuse qui s'empare de mes traits n'est pas un simulacre. J'écarte lentement le voile qui dissimule mes idées noires, mes sentiments meurtris. Ils pulsent, se contorsionnent, cherchent à m'engloutir de leurs tentacules sinueux. Cette partie de moi n'est que passion et lamentations, elle désirerait actionner le morne mécanisque de mes lèvres pour interroger l'univers entier, crier ma détresse.

Où est-elle ? Par pitié, où est-elle ?? D'abord, des supplications, qui se muent en de monstrueuses exigences. Ils la cachent ! Ils la dissimulent entre leurs griffes, derrière leurs hauts murs, par-delà leurs coffres renforcés de platine. Ils gloussent d'orgueil, se pensent vautours vautrés dans leurs nids surplombant un canyon inaccessible. Puissiez-vous vous étouffer de suffisance !! J'arracherais pierre par pierre les fondations de vos cachots. Je -

F : Walk.

Les jointures de mes mains sont blanches, ma peau moite. La chaleur m'étouffe, j'en ai presque les larmes aux yeux. La voix de Full résonne comme mille cymbales, et au prix d'un effort prodigieux, je parviens à me détourner de cette part de mon esprit qui est entièrement dédiée à mon affliction.

W : Mes plus sincères excuses.

F : Reste concentré, t'aurais fait pareil pour moi.


Il se maîtrise, cela s'entends. J'ai beau parfois être trop critique de son penchant à théâtraliser et à s'emporter, je dois reconnaître qu'il sera toujours plus doué que moi dans l'art de canaliser ses sentiments. Ni lui, ni Moon ne s'aventure à converser avec moi. Ils savent que notre réussite dépends beaucoup de ma capacité à berner mon interlocuteur, et je ne pourrais le faire si ils me perturbent. Quoi qu'il en soit, le Courtier a parfaitement décelé ma rage glacée. Ses doutes se sont envolés, et il m'assène un sourire navré.

-"Mes registres sont incomplets, je le crains."

Je suis curieux de savoir comment un homme détestant autant la violence et le sang peut casuellement citer une boucherie aussi massive. Je feule entre mes dents :

-"Va te faire foutre, De Maluise."

Que la courtoisie me pardonne, Full n'est pas connue pour sa subtilité quand il est irrité. L'un de mes gardiens, le jeune homme aux cheveux maculés de charbon, me tord un peu plus le bras. Je grimace légèrement, bien qu'habitué aux bleus et aux coupures des courses-poursuites endiablées. Le Courtier décoche un haussement de sourcil courroucé à son laquet, mais le teigneux ne relâche pas son étreinte d'un seul millimètre. Cela me ferait presque sourire si je n'étais pas si inconfortablement positionné.

-"A présent, je te prie de bien vouloir me répondre, cher Full." somme le reflet avec une pointe d'impatience. Il se languit de ce secret juteux. "Qui est-elle à tes yeux ?"

L'air est lourd, presque malsain. J'inhale de ce poison sans broncher. L'horloge de mon âme se régule peu à peu sur un rythme strict. Les battements deviennent des cliquetis qui s'égrènent en harmonie avec ma respiration. J'espère de tout coeur que ma voix ne sera pas tremblotante.

-"Elle est mon âme-soeur. Je sais à quel point ce peut être naïf ou rêveur, mais j'y crois dur comme fer, à cette résonance entre deux êtres. C'est une femme qui m'a profondément apaisée, qui a soignée de vieilles blessures et qui m'a montrée un aperçu de cette vie paisible et heureuse que chacun convoite. Il serait réducteur de dire que je l'aime. Il y a tellement plus à dire, il y aura toujours plus à dire. Elle est une étoile qui scintille et une lueur que je désire suivre aussi longtemps que je vivrais, peut-être même au-delà. J'ai... Je l'ai abandonné, j'ai creusé un fossé entre nous, je nous ai privé de tout ce qui nous faisait rire, de ce qui nous amusait. Mais je compte bien mettre un terme à cette absence cruelle. M'expliquer, m'excuser auprès d'elle !! Et pour cela, je dois d'abord la retrouver. La libérer !!!"

Un long silence suit ma déclaration. Formuler de vive voix ce qui remuait mon coeur était à la fois un soulagement et une malédiction. Je débarrassais mes poumons d'un poids titanesque en expirant des mots comprimés là depuis des lustres, mais je confirmais également tout le tonnerre de ma passion. C'est un terrible aveu. Face à moi, le Courtier m'étudie de ses yeux gris. Son visage exsude un mélange de sympathie et de mélancolie pincée. Il prends finalement la parole en croisant ses jambes dans un mouvement fluide :

-"Te souviens-tu du soir de notre première rencontre ? C'était il y a quatre ans, un 26 mai."

M : Hé, il triche ! Il a le droit à une question, pas à dix-huit mille. Je propose un vote démocratique afin d'aimablement lui trancher la gorge, mes braves.

F : C'est une question rhétorique, Moon.

M : Et alors, un lapin est un lapin, une question est une question !! Il vous arnaque, un peu comme je jouerais avec votre matière mauve si je n'étais pas occupé à imaginer toutes les jolies choses que je vais infliger à ces messieurs.

F : Matière grise.

M : J'ai déjà écrabouillé un crâne, je connais la couleur d'un cerveau en bouillie, non mais !


Ses délires mis à part, notre ténébreux petit frère n'a pas forcément tort. Notre interlocuteur avançait calmement ses cartes pour mener la discussion comme il l'entendait. Nous avons l'avantage du nombre d'esprits, néanmoins, cet homme maîtrise la guerre psychologique et le langage corporel à un niveau qu'aucun de nous ne peut égaler, sauf peut-être Moon. De mon point de vue, il n'a fait que prononcer quelques phrases bien placées, et pourtant, je pourrais être échec et mat sans le savoir.

-"Tu m'as affirmé avec force et conviction que tu n'aurais jamais de plus grande passion que d'aider à rebâtir notre société gangrenée par les plus terribles maux. Ce n'était ni une fanfaronnade, ni un mensonge, je l'aurais su. Tu étais persuadé d'épouser l'idée du bien, de la justice."

F : Je m'en souviens aussi. C'était à une soirée mondaine organisée par Scotland Yard, De Maluise s'était infiltré incognito pour glaner des infos, comme à son habitude. Quand je lui ai dit ça, il m'a plus ou moins répondu que j'étais un monstre de foire. Les criminels dans son genre ne peuvent pas se faire à l'idée que quelqu'un puisse être complètement dédié à la poursuite du mal. Je suis fier d'être incorruptible, lui, il pense que c'est aberrant. Il a aussitôt essayé de me percer à jour, sauf que manque de chance, c'est lui qui fût démasqué.

Ce doit être un admirateur dévoué des travaux de Nicolas Machiavel. Le triomphe du cynisme, rendu possible par une absolue certitude qu'il n'est pas naturel d'être vertueux. Cette idéologie justifierait la victoire de l'homme rusé qui est prêt à tout pour parvenir à ses fins. Être doux signifierait être faible. Je comprends tout à fait quel paradoxe a pu torturer le Courtier en rencontrant Full.

-"Or, tu es à présent tout à fait sincère lorsque tu m'avoues être épris." Il marque une pause, avant de sourire d'un air goguenard : "Oh, toutes mes excuses, aimer serait trop réducteur, comme tu l'as si bravement souligné. Cela me ravi de constater que ta vision de la vie s'est adaptée. Par simple curiosité, serais-tu capable de trahir autrui pour elle ?"

M : Encore des questions !! Toujours plus de questions !! Des questions, des questions PARTOUT ! Il GRUGE !!!

-"Oui."

-"De vendre tes amis et tes idéaux ?"

Je réponds encore à l'affirmative. La sincérité de mes propos ne désarçonne pas le Courtier. Ses yeux jubilent de bonheur. Ma vérité, transmise par la bouche de Full, est la plus efficace des armes face à lui. Il se lève et s'approche de moi à pas feutrés. Il reste encore extrêmement prudent, cependant, une partie de ses précautions se sont envolées au fur et à mesure que je lui donnais tout ce qu'il désirait. Ses mouvements se font limpides à mes yeux de voleur expérimenté. Quelques mètres nous séparent encore, de reflet à reflet, double-miroir et miroir caché, illusions et dissimulations. La plupart de ses gardes du corps nous tournent le dos ou regardent ailleurs, comme gênés par cette discussion personnelle. Deux ou trois d'entre eux semblent royalement s'ennuyer.

-"De... tuer ?"

Il prononce ce dernier mot avec un dédain presque aristocratique, certainement afin de noyer le dégoût qui pourrait être perçu dans sa voix.

-"Oui, De Maluise. C'est bon, tu es content ? A toi de respecter ta part du contrat."

-"Mon cher Full, cette soudaine métamorphose est tellement abracadabrante que j'ai l'impression que tu me joues un tour. Je serais presque tenté de t'accuser de menteur et de déclarer ce marché nul et non-avenu, cependant... Comment aurais-tu pu réaliser une telle supercherie ? Tu ne mens manifestement pas. Tu n'es pas non plus quelqu'un d'autre, même un frère jumeau ne pourrait être aussi parfaitement identique. Certaines personnes changent, c'est irréfutable, les individus sont en proie à de sempiternelles évolutions morales et intellectuelles. Mais j'en étais venu à conclure que tu étais l'exception à la règle, Full..."

Le Courtier fait encore quelques pas en avant, comme pour mieux examiner mes traits. Il est si proche que je pourrais décrire la courbe de ses cils avec l'adresse d'un poète grec. Si proche que mon bassin, mes jambes, mes pieds, jusqu'au plus gros de mes orteils, lui sont désormais invisibles. Si proche que son dos m'abrite du regard inquisiteur porté par le seul garde encore alerte et méfiant. Il murmure, les yeux mis-clos : "Tu es conscient que ce qui est brisé l'est à jamais ?"

Malgré la douleur que me cause ce simple mouvement, je me redresse. Cette scène, je l'ai déjà vécue des dizaines de fois, debout sur un toit ou accroupi dans l'ombre d'une ruelle. Ce moment où je devrais me sentir coupable, être accablé par les remords les plus noirs. Pourtant, je ne ressens que de l'euphorie, ce petit sentiment de satisfaction, une brise caressante. La liberté n'a qu'un seul prix, empiéter sur celles des autres. Je t'ai eu, De Maluise. Sans me trahir, sans froisser le moindre tissu, sans faire tinter le métal de mon larcin, je répète la phrase qui m'a si souvent poignardée :

-"Nous avons pas d'avenir ensemble, je sais. Nous serons jamais aussi beaux et heureux ensemble que nous l'étions autrefois. Je m'en fous. Je vais la libérer, et pour ça, j'ai besoin de savoir où elle se trouve. William. Dis-le moi !!!"

Il réajuste son costume, plongé dans ses pensées, puis reprends de la distance en retournant flâner autour de sa chaise rembourrée. Il me tourne le dos, si bien que je suis pris d'une angoisse soudaine. S'est-il rendu compte de quelque-chose ? Ou prévois-t-il de ne pas accéder à ma requête ? Je suis immobile, incapable de faire pencher le destin en ma faveur, priant avec ferveur la lune. Le Courtier reprends la parole :

-"Ta dulcinée est retenue prisonnière dans un complexe secret, caché, qui pourrait se trouver n'importe où. J'ignore l'exacte position de ce lieu mystérieux, alors ne gaspille pas ta salive à me supplier et à clamer que je manque à ma parole." Alors que je suis lacéré par un mélange de déception, d'espoir assassiné et de lassitude, il ajoute : "Mais je vais te dire tout ce que je sais."

Je suis toute ouïe, cher Courtier.

-"Sais-tu que la plus grande partie de Londres est désormais sous la coupe de huit seigneurs du crime, dont je fais parti ? En dépit de nos natures parfois opposées et des différends qui peuvent éclater, nous collaborons pour maintenir à flots ce nouveau système. Je me charge de réguler les finances et l'économie, le très honorable haut-juge Henslow applique les lois, Simili est notre protecteur des arts et des fêtes, Marco se charge de mettre en place la politique générale de la cité, ton bon ami Garden planifie la stratégie d'attaque pour faire tomber davantage de quartiers tandis que demoiselle Fée dirige l'assaut direct. Xavier s'occupe quant à lui du développement scientifique, c'est d'ailleurs lui qui a mis au point mon chauffage d'intérieur."

Je ne vois pas où il veut en venir, je n'apprends rien de nouveau ou d'utile. Je sens que ce n'est pas terminé, et qu'il attends gracieusement que je soulève un point important, alors je lui fais ce plaisir : "Flirt, Simili, Marco, Garden, la Fée, Xavier, toi. Et le huitième seigneur ?"

-"Il s'agit de la Gitane, une demoiselle récemment montée au pouvoir dans les alentours de la Tamise. C'est elle qui supervise la distribution des ressources : nourritures, drogues, armes. Je dois avouer qu'elle est étonnamment douée pour naviguer à travers les embûches, et me rivalise en terme d'adresse pour ce qui est de lire autrui. Quand nous nous sommes confronté au problème de savoir où nous allions conserver notre trésor le plus précieux sans que l'un d'entre nous ne trahissent les autres, elle nous a proposée une solution plutôt simple. Nous avons donc enfermé une équipe dans un bâtiment hautement sécurisé avec tous les vivres et le confort nécessaire, verrouillé de l'extérieur par sept clés. Chacune des clés fut donnée à un seigneur. L'emplacement du complexe secret n'est connu que de la Gitane."

Sept clés, l'existence d'une base secrète et l'identité des geôliers. Nous ne pouvions rêver mieux comme piste. Je soupire de soulagement. Un autre pas accompli vers notre objectif !! La victoire est encore lointaine, cependant, tout n'est pas encore perdu. Le Courtier semble jauger ma réaction, mais je n'en ai cure. Je souris jusqu'aux oreilles comme si j'entamais une valse avec la personnification de la démence. J'ai beau être accoutumé à être poursuivi par l'ombre inquiétante d'une épée de Damoclès, il y a des tensions que je ne peux endurer. Je lève la tête vers mon reflet, qui me paraît désormais bien déformé. Cet homme n'est pas moi, il n'a jamais été moi. Je suis bien plus tordu, au final.

-"Je vous remercie humblement de ces éclaircissements bienvenus, courtier, et de cette première clé."

Un éclair de surprise saisit mon interlocuteur. Ses yeux s'élargissent : "... Pardon ?"

Il ne fait pas l'erreur de porter la main à sa poche droite, non. Ce serait une insulte à son intelligence, mon affirmation pourrait être une ruse élaborée pour révéler la cachette de son bien. Malheureusement pour notre homme, ce n'est pas une roublardise.

-"Moon" murmurais-je.

-"Qu'est-ce qui te... ?"

...


-"Je vais te les faire avaler, tes points d'interrogations !!! Tu avais le droit à UNE question, tête d'épingle !"

Ben oui, si tout le monde commence à faire n'importe quoi, le pauvre Moony serait au chômage, sur la paille ! La contradiction avec soi-même est une exclusivité des cinglés en camisoles dans mon genre, d'accord ? Pour la peine, on va t'arracher une oreille, Malulu. Mais d'abord, débarrassons-nous des doux agneaux qui me câlinent si adorablement !!

Je déloge avec ma langue rose-bonbon - elle est à croquer, mais les frangins refusent que je lui donne un coup de quenotte ! - les deux bouts de métal minuscules que Talkie Walkie utilise pour faire l’intéressant. C'est trop riquiqui pour trancher quoi que ce soit, et rien ne vaut un beau couteau à la lame meurtrière, mais bon, j'ai déjà tué avec plus petit. C'est pas de la frime, hein ! Démonstration ♥

Je cale les machins entre mes dents, puis je donne un coup de pied dans le tibia du type à ma gauche. Le meurtre, c'est comme des domino, faut d'abord faire tomber les gens. Le reste, c'est de la réaction en chaîne. En une seconde, je profite d'un relâchement pas très sérieux de ma victime pour libérer un bras, attraper un crochet, le planter dans l’œil vulnérable le plus proche de chez moi et faire un salto avant en projetant le deuxième de mes câlineurs professionnels - tout cela en moins de temps qu'il ne faut pour dire...

-"CHEESE !"

J'hurle à pleins poumons pendant que l'agneau N°1 se tient la tête en entonnant une version ma foi étonnante de Il est né le divine enfant. J'écrase la gorge de son copain encore au sol avec un bon coup de pied, net et précis.

Au passage, je sens une présence froide entre mes orteils, un peu comme le contact de ma peau avec l'acier d'un hachoir. Sauf qu'au lieu de faire tchac tchac, ça fait clic clic. Je n'ai pas trop le temps de m'interroger sur l'usage de cette nouvelle partie fascinante de mon anatomie : mes nouveaux camarades de jeux sortent leurs tubes qui donnent la mort la moins fun de tout l'univers.


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 Sujet du message: Re: F M W (fiction)
MessagePosté: Sam 20 Mai 2017 18:55 
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Et bien ma foi, un chapitre fort sympathique où on en apprend plus sur le lien entre Walk et "Elle" (d'ailleurs est ce que les trois sont tous aussi lié à cette femme que Walk ? Est ce que c'est par sens du devoir et pour s'amuser [en tuant quelques personnes au passage] que respectivement Full et Moon aident leur frère ?).

On aurais donc finit la situation initial en apprenant l'existence des sept clés qu'il faudra volé (ça fait très jeu vidéo je trouve, j'aime bien x) ) ainsi que la Gitane dont il faudra obtenir l'emplacement de la prison secrète (j'ai l'impression qu'elle a le potentiel pour être le véritable antagoniste de cette histoire).

Commencer par le Courtier permet bien l'introduction de l'histoire et des huit seigneurs.
Prochain chapitre est donc le premier bonus. Allons voir ça ^^

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 Sujet du message: Re: F M W (fiction)
MessagePosté: Ven 2 Juin 2017 17:51 
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J'ai été beaucoup trop occupé la semaine dernière, alors le bonus est passé à la trappe >_< Le prochain bonus sera la semaine prochaine !


Chapitre IV : Dix contre un !



Du blabla, encore et toujours du blabla. A quoi bon ouvrir sa bouche si c'est pas pour démembrer tes copains à coup de dents ? Maintenant que mes charmants pantins emploient toute leur énergie à me faire la peau, je suis comblé. Plus personne n'a envie de me poser la moindre question, et c'est très bien comme ça ! Amusons-nous, les enfants, j'ai quelques petites fessées à distribuer ♥ J'affiche le sourire le plus sanguinaire de mon répertoire et plonge sur le côté, entraînant dans ma roulade ma précédente victime encore tremblante de douleurs. On dirait un ressort qui a perdu à la marelle. Je vais aider ce pauvre lapin ! Un morceau de métal dans l’œil, c'est horriblement surfait !! Alors que les tubes gris vomissent des détonations, je leur oppose tranquillement mon mur de viande. Ses hurlements paniqués s'interrompent d'un coup. Le silence qui suit l'extinction d'une âme est une berceuse si douce. La réaction de mon Fullichou ne se fait pas attendre.

F : Tu as dit que tu l'aiderais, espèce de cinglé !!

M : Un seul bout de métal, c'est tristounet, donc j'ai pris la généreuse liberté de lui en offrir plein ♥

W : ...Je ne sais pas lequel de vous deux est le plus tordu.


Ah, c'est vrai ça ! Tout en réfléchissant à la remarque de Walkatraz, je tripote mon cadavre tout chaud comme un spectre venu cueillir des framboises et mes doigts viennent se saisir d'un canif adorable glissé dans un repli de son pantalon. Je l'ajouterais bien à ma collection, ce petit gars ! J’amorce un mouvement tellement classe que je tomberais presque amoureux de Moony si je n'étais pas, euh, Moony-sans-sentiments, mais je suis saisi d'une bonne tranche de rigolade avec sa sauce mayonnaise et ses globes oculaires qui clignotent. M'accuser de faire mon boulot, qui est de saigner à peu près tout ce qui ose se mettre en travers de notre chemin ! Le saint syndrome du chevalier blanc, des câlins distribués à la cuillère et de la joue tendue à celui qui veut faire un shish-kebab avec ta trogne ! Tu sais ce qu'on dit, "c'est tuer ou torturer" ! Ou encore, "c'est eux ou surtout eux" ! La vie nous fait des cadeaux sans les emballer : c'est pas parce que quelque-fois c'est pas joli que le massacre n'est pas recommandé par la nature !

F : Mais c'est complètem-

-"Il est pas mort !!! Flinguez-le, protégez le patron !"

W : Ce n'est pas le moment pour discuter de philosophie, mes frères. Tu dois nous tirer de là, Moon.

-"Tuez-le, tuez-le !!"

M : Héhé ! Qui a tort, qui a raison ? ♪ Quel destin est le bon ? ♪ Je l'ignooore, mais j'ai compriiis, tout est diiit, c'est finiiii. Ne dis jamaiiis adieu à un amer léopard ! ♫ Et toi, prends-toi un couteau dans la gorge, ça me fera des vacances.

-"Je l'ai en v-ARGH !!"

Ma cible s'effondre en gargouillant sans doute qu'il est désolé de m'avoir regardé de travers. Je file à travers la salle en agitant follement les bras et en gigotant, sautillant plus que je ne marche, ma tête se métamorphosant en un bilboquet rieur. Ma vision n'est plus qu'un verre rempli de poison bouillonnant, qui déforme mes invités à ce grand bal de la dégénérescence, tous regroupés dans un coin de la pièce, rien que pour mwa. D'autres détonations pas du tout amusantes résonnent, sans me toucher.

Je suis une toupie maléfique !! Je vire, je volte, pivote au dernier moment - Oh...?? Je tends la main, attrapant au vol un autre couteau, l'un des miens ! Je saurais reconnaître l'extension métallique de mes bras simplement à l'odorat, alors au son qu'il fait dans l'air, c'est un jeu d'enfant !! Lui, je ne le jetterais pas ! Il ne me le pardonnerait jamais. Une autre salve me force à frétiller et à multiplier les angles improbables. Si seulement ce corps rouillé trimbalait moins de cartilages et d'os, je pourrais me rouler en boule comme une pelote de laine !

Soudain, un déséquilibre me fait tanguer brutalement d'un côté. Je manque de trébucher, le temps de m'habituer à cette nouvelle répartition de mon poids, puis je repars aussitôt en zig zag dans ma course folle. Un liquide tiède que je reconnaîtrais entre dix mille coule amoureusement le long de ma jambe, dégoulinant sur ma cheville et manquant de me faire glisser - non, ce n'est pas du jus de concombre, essaie encore ! -. Touché ! Jackpot. Cette intrusion de mon espace personnel devrait me chatouiller plus que ça, voir me plonger dans une colère noire de corbeaux, mais je relativise. Un trou dans la peau, ça aère.

Toutefois, chers éclopés, c'est un signe qu'il est grand temps d'ouvrir quelques gorges.

-"Il se rapproche, tirez encore, plombez-le !!!!" hurle un type avec cet exquis soupçon de terreur.

J'ai beau ne pas ressentir ces signaux pathétiques qui font que les humains sont de ternes cailloux, mes cinq sens sont en extase. Mon goût est titillé par la saveur métallique du machin à Walk toujours planqué sous ma langue, mon odorat s’affole en détectant le fumet délicat du mélange entre le sang et la peur, mon ouïe grignote morceaux par morceaux les intonations de plus en plus inquiètes dans les jérémiades de mes proies, ma vue papillonne à force d'être déboussolée par mes mouvements déments, et enfin mon toucher piaille alors qu'il enfonce avec expertise mon couteau dans un crâne ferme. Il s'ouvre comme une coquille de noix - peut-être qu'une surprise se cache à l'intérieur -, mais l'heureux propriétaire de cette vilaine tête me tire à bout portant dans l'épaule juste avant d'expirer. Je souris jusqu'aux oreilles, trop heureux de goûter à cette sensation si rare. Et puis, mes frangins seront bien embêtés plus tard, ça leur apprendra à pas m'écouter quand je leur parle de mon bruxisme aggravé.

Si vous vous plaignez d'un déchirement musculaire massif, vous n'aurez qu'à vous dire que c'est une maladie imaginaire, hé hé.

F : Concentre-toi, abruti !

Je pirouette en m'élevant dans les airs, un claquement balafrant le sol juste à l'endroit où je me trouvais auparavant. Monologuer en plein carnage a ses inconvénients, comme par exemple le manque cruel d'humour de ses interlocuteurs, mais c'est tellement chouette. J’atterris avec la souplesse d'une souris des ténèbres au cœur du troupeau, là où ils ne pourront pas utiliser leurs tubes à gruyères sans craindre de blesser leurs copains. Quel raisonnement stupide !!! Il n'y a pas de plus grande faiblesse que la compassion, mes agneaux. Je roule des épaules en tourbillonnant pour pouvoir leur jeter à tous un regard fou. Ils sont vingt et...

F : Huit. Ignore-les, ils sont trop nombreux et compétents pour que nous nous en sortions en un seul morceau ! Et les renforts ne vont sans doute pas tarder à se ramener, la pièce est trop exposée.

W : La fenêtre est à trois pas, rends-moi le contrôle si tu as peur de ne pas pouvoir descendre le bâtiment.

M : Silence, les pleurnicheurs ! Vous vous êtes bien amusés avec vos histoires de secrets et d'amourette et d'ennemis jurés, maintenant, à mon tour de m'éclater et d'en faire qu'à ma tête.

W : Moon. Tu étais entièrement d'accord pour aider à la retrouver. Pour cela, nous devons être encore en état de récupérer les autres clés d'ici deux jours, avant que les seigneurs ne doublent la sécurité de leurs biens, et tu nous a déjà assez amoché comme cela !!

M : Je sais ce que j'ai dis et ce que j'ai fais. Mais Full m'a promis que j'aurais ces gusses, une promesse est une promesse, une question est une question, un lapin est un lapin, tu te souviens ?

F : Ce n'est pas ce que j'ai voulu d-

M : Tut-tut-tut !! Incline-toi devant ma logique toute puissante !!

W : ... Full. Je crois avoir compris.

F : Quoi ? Il essaie de nous faire tuer sur la base d'une malheureuse petite phrase !! Diantre, tu ne vas pas l'appuyer, quand même !!


J'éclate d'un rire asphyxié en me tenant les côtes. Autour de moi, mes copains du soir font les gros yeux.

-"Full, t'es taré ou quoi ? T'as complètement perdu la tête !" crache le plus musclé du tas, d'énormes chaînes enroulées autour des bras et plusieurs autres attachées comme un nid de serpent le long de sa poitrine. Intéressant point de vue vestimentaire ! Je note dans mon carnet mental aux belles pages noires d'envie de meurtre qu'il va falloir que je vise la tête ou le pelvis. Et que les chaînes sont rigolotes, elles font des cliquetis, en plus d'être froides, sinistres et de n'avoir absolument rien en commun avec leurs cousines les cordes.

-"Hein ? Je ne vois pas ce qui cloche avec ma tête." Je tâte mon visage en prenant un air épouvanté. "Mon beau crâne bien droit serait donc une illusion ? Mais alors, si il n'est pas là, où est-t-il ? Ne me dis pas que c'est toi qui l'as, Malulu. Ce serait pas la première chose d'importance que tu chapardes ! Vilain voleur vaseux. Rends-moi ma tête si ronde dans un panier en osier façon Petit Chaperon Vert et j'épargnerais peut-être le plus innocent de tes orteils !"

Malulu ne réponds pas, tétanisé, mais je ne le vois pas très bien derrière ses pantins. C'est vrai que môsieur est hémophoque. Il est grand temps pour lui qu'il affronte ses peurs ! Mes victimes gisent dans de fantastiques mares écarlates, dans des positions toutes plus hilarantes les unes que les autres.

-"On va te faire la peau, cinglé !"
-"Ouais !!"
-"Il faut pas le quitter des yeux, on va l'avoir, il pisse le sang."

Malgré ce qu'ils viennent juste de dire, ils ne bougent pas d'un pouce. Ils ont chacun un superbe outil de cuisine dans les patouilles - leur fournisseur doit avoir la toque la plus haute du monde si il est capable de leur donner du matériel de cette qualité ! -, sauf Chainator qui brandit ses poings. Mais ce sont tous des dégonflés, l'hélium les a déserté depuis un bail. C'est décevant ! Ils se prétendent des loups, à aboyer comme si ils étaient les maîtres des bois. Mais a-t-on déjà vu un loup qui reste planté là en attendant que l'acier vienne embrasser sa peau ? N'allez pas me raconter des salades, mes melons.

Il faut se rendre à l'évidence. Ce ne sont que des chiens de troupeaux, ils ont perdu leurs crocs à force de se comporter en bons toutous, de garder les moutons sans croquer une cuisse de temps à autre. Ennuyé, je baisse les yeux un instant sur ma chemise trempée de rouge dans un élan de... monochromaticité. Un rat plus intelligent que les autres décide tout à coup de me prendre par surprise, sauf que JE T'AI VU.

-"Au fait -"

Je pare une future cicatrice, esquive un honorable vidage d'entrailles, et cisaille les doigts aventureux.

-"Tu peux la garder, ma tête, Malulu. Je suis d'humeur généreuse, aujourd'hui, à faire éclore des pâquerettes dans un cimetière."

Un autre chien de troupeau se jette sur moi en grognant, les autres le suivant de près comme si j'étais un malheureux morceau de viande esseulé dans son assiette. Je taillade un genou, frôle de peu le reste de ma vie à porter une demi-vue sur un demi-monde, roule au sol en embrochant une botte trop mignonne.

- "Mais..."

Je me redresse, saute de côté pour laisser passer un coup de surin et encaisse un coup de poing dans l'estomac. De la bile glisse entre mes lèvres. Quel goût ça a ? Je ne pourrais jamais le savoir, hé ! Le boxeur - je sais que s'en est un, j'ai déjà éventré un boxeur, j'ai donc assez d'expérience en la matière ! - enchaîne avec une pichenette encore plus intense que la première. Cette fois, je me plie en deux et "vomit" le machin métallique de Walk, le recevant dans ma paume libre.

-"Mais je ne vais pas tout t'excuser, mon petit Malulu."

Je ne sais pas si ma voix rauque et étouffée a été entendue. Fichu boxeur ! Je me soustrait à d'autres attaques comme une agile multiplication, puis j'attrape le cogneur en continuant de subir ses caresses. Coriace, il me bloque le poignet tenant mon outil favori, je suis donc incapable de le lui coller entre les côtes. Il prends même la liberté de me mordre le cou !! Ce n'est pas trop tôt, l'ombre du loup commence à revenir ! Dommage que tu sois le prochain sur la liste, mon louveteau ♥ Son regard s’agrandit lorsque j'enfonce le petit bout de métal de Walk dans une artère bien grosse et juteuse, appuyant d'un coup sec pour entailler. Je répète le procédé trois fois rapidement, et je termine par lui enterrer mon arme minuscule dans la gorge.

Notre lutte est si brouillonne que ses copains n'interviennent pas de peur de le toucher, encore une fois. Allez-y, brandissez des drapeaux imprimés avec des coeurs et des chatons pour aller fonder le royaume pathétique de l'amitié faiblarde ! Alors que le boxeur agonise, je m'éclaircis la gorge en criant sur toutes les gammes - on aurait dû m'engager à l'opéra, je leur avais pourtant dit que j'étais un spécialiste des vocalises - :

-"Tu croyais que tu pouvais faire n'importe quoi sans conséquences. Sans blagues. Poser des questions, me voler ma trogne, essayer de manipuler mes grands frérots, rien de tout ça me mets réellement en colère, mon moineau. Je jongle avec les sentiments des autres, mais pas avec les miens, parce que j'en ai PAS. Mais il a fallu que tu ais le ventre plus gros que tes deux yeux riquiquis !! Et le pire dans tout ça, Malulu, c'est que tu parles TROP. Si tu avais moins tourné la manivelle de ta boîte à musique, Moony n'aurait rien su, Moony gambaderait dans d'autres prairies et batifoleraient dans les entrailles chaudes d'autres gens. Mais tu as gazouillé !! Tu t'es vanté d'avoir sauté à pieds joints dans la flaque d'eau. Et maintenant, c'est toi que je vais ECLABOUSSER !!!"

Sur ce, je donne un coup de genoux au boxeur, qui me lâche complètement, au bord de l'inconscience. Oh non, tu n'auras pas la mort aisé et douce du loup terrassé par le froid qui s'endort, engourdi et plutôt bien loti. D'un bon mouvement du couteau à rendre fier Roger, il est balafré du bas du cou jusqu'aux bourses. Je ne fais pas dans la dentelle, mes amours. Le résultat est un flot de sang et d'autres substances tous aussi enfantines, aspergeant le sol, accompagné d'un pur cri d'horreur. Ce n'était pas le boxeur, mort plutôt silencieusement en fait, en comparaison. C'était Malulu, agrippé à l'une de ses marionnettes, aussi tremblant que si il jouait au ping-pong avec une fourchette. Je tiens à distance mes proies, qui ont curieusement abandonnés l'idée de m'approcher.

Il est horrifié, mais ce n'est pas suffisant. Je veux le faire hurler jusqu'à ce que ses cheveux blanchissent. Je suis déjà parvenu à provoquer cette réaction chez certaines de mes victimes, alors pourquoi pas avec Malulu ? C'est amplement mérité. Nan mais sérieusement ! Ce n'est pas "mérité" comme quand je poignarde un marmot, c'est pour de vrai cette fois ! Je ressens le besoin irrépressible de prendre son visage et de le fissurer à coups de marteaux. Parce que !

-"Hé, toi, fais attention, t'as perdu tes doigts. Tu devrais les récupérer avant que quelqu'un ne te les pique et les enferme dans une méga-prison secrète avec des tas de clés inutiles !" dis-je au gars qui serre ses moignons de bâtonnets contre sa poitrine pour boucher le saignement. Il n'a pas l'air d'être un habitué de la mutilation. Amateur ♥

-"Faites que cela cesse..." balbutie Malulu en frissonnant de plus belle.

-"Tu en as déjà assez ? Tu n'es qu'un oisillon, mon mignon. Pour s'en prendre aux autres, il faut être un prédateur, savoir aussi bien souffrir qu'infliger les tourments. Tu es recalé ! Normalement, on te mettrait un bonnet d'âne et on te jetterait du haut d'un bâtiment de trois étages pour t'apprendre à faire le malin, comme la tradition l'exige dans les écoles, mais j'ai des tas d'autres idées encore plus géniales !! Ooooh, et si je te peinturlurais de sang au pinceau ? Ou mieux, mieux !! Je n'ai pas fait ça depuis la dernière pleine LUNE, mais je ne pense pas avoir perdu la main".

En prononçant ces derniers mots, je regarde le type aux doigts décimés, puis j'explose d'un rire incontrôlé que même les hyènes les plus timbrées ne pourraient reproduire sans cracher leur palpitant et une partie de leurs poumons :

-"T'as pigé ? Perdre la main ! Parce que t'as plus de doigts !!! Bon, où est-ce que j'en étais ? Ah oui, le supplice que je vais t'infliger, Malulu. Ça s'appelle le Litchi ! Comme le fromage ! L'un de mes jeux favoris, avec le chat perché !! A l'aide de ce charmant couteau que voici, je te retirerais un bout de viande, morceau par morceau, membre par membre. Rassure-toi, tu ne mourras pas avant d'avoir expérimenté le maximum de sensations. Mon record personnel s'élève à... BEAUCOUP !!!"

-"Qu'est-ce qui t'es arrivé, Full ? Bon sang, ce n'est pas toi, ça !" aboie le grand type au tricot de chaînes. C'est lui qui s'est fait lacéré à la botte, tout à l'heure. Dur dur de garder la trace de mes proies quand je me lance dans une danse endiablée de mort et de désolation.

-"Le premier qui me repose une question, je lui couds les lèvres, d'accord ? ♥ Et moi, c'est Moony, Chainator."

F : Son vrai nom est Trevor Mallory, le Châtiment de Southwark, un tueur à gages qui opère le plus souvent de jour. C'est un tas de muscles habitué à affronter les forces de polices, il risque de te poser problème si tu décides de le tuer. A ta gauche, juste à côté de De Maluise, c'est Victoire, elle profitera de la moindre fenêtre d'ouverture pour te plomber, ou te planter l'une de ses fléchettes entre les deux yeux.

M : Oh ? Une femme ? Étrange ! Elle présente pourtant bien trop d'attributs masculins. Pfff, c'est pour ça que je ne trie pas mes victimes, je n'arrive jamais à faire la différence ! Bon, l'autre raison, c'est que limiter mon répertoire serait un énorme gâchis de meurtres et de jeux tordants.

F : Tu ne vas pas faire long feu ici, je me tue à te le répéter, Moon !!! Victoire et Trevor ne sont pas les plus dangereux du lot. Fuyons tant que nous le pouvons encore !! Notre vision commence à se brouiller.

M : Ah, je me demandais ce que c'était, cette tâche noire qui grossit ! Génial !!

F : Non, ce n'est pas génial !! Pas du tout !!! Walk, raisonne-le, de criminel à criminel !!

W : Laisse-le se défouler. Il s'exprime à sa manière.

F : Ouais, certaines personnes font de la poterie pour exprimer leur surmoi intérieur et tout le tintouin, Moon assassine à tour de bras tout ce qui bouge et ne prends pas la peine de réfléchir deux petites secondes. Ça ne veut pas dire qu'on doit le laisser faire !!

W : Full, j'ai le sentiment que si nous ne lui lâchons pas la bride, il ne nous sera d'aucune utilité pour la mission qui est la notre. Pour la première fois de notre vie, il faut lui faire entièrement confiance et croire en lui. Si tu n'as pas la force, au plus profond de toi, d'accorder ta confiance à ton frère, à l'esprit qui partage ta chair, alors tu n'auras ni le cran de défier le destin pour sauver Londres, ni la bravoure de tirer la plus personne la plus chère à notre coeur des griffes cruelles de ses infâmes geôliers.

M : Ecoute le piaf, il a tout à fait raison. Je suis digne de confiance, mwahaha ! ♥

F : Quand c'est toi qui le dit, tu perds toute crédibilité, espèce de cinglé. Je te fais confiance, Walk. Pas à cet enfant du démon, mais à toi, j'espèce que ça te suffira.


Alors que mes deux frérots se congratulent avec cet air supérieur qu'ils ont toujours - pfff, comme si ils savaient tout sur tout, je pari que je pourrais leur citer un organe du corps humain qu'ils ne connaissent pas ! -, j'entends des cris derrière moi.

Je catégorise les hurlements en deux groupes : douleurs et pas douleurs. A mon grand désarroi, ces gens ne se lamentent pas dans la souffrance la plus totale. Sans doute des retardataires venus se joindre à notre soirée pyjama. Je suis dos à l'entrée de la salle, qui est dépourvue de portes, tandis que la seule fenêtre est tristement punie dans un coin à ma droite. Pour s'enfuir, Malulu devra passer par moi ! Héhé. Il va falloir que j'accélère le rythme.

Dans un sursaut fou, je bondis sur Chainator, les bras tendus pour lui manifester tout mon amour malsain. Comme prévu (♥), il me cueille au vol avec un coup de poing enserré de chaînes. Mes plaies postillonnent du sang, mes os grincent en une symphonie macabre et je note un peu tardivement que mon corps s'est affaibli. Ce n'est pas du jeu, je devrais avoir une enveloppe beaucoup plus solide et moins ennuyante. Un genre de corps immortel et indestructotectible. Le choc me propulse en arrière et je pirouette dans les airs pour me réceptionner sur ma cible, un type avec une dent de travers. Je lui brise la nuque pour harmoniser un peu l'ensemble, puis m'effondre au sol, complètement déséquilibré.

-"Tous sur lui !" beugle Chainator. Oui, tous sur luiii, yaaaaay !!!

Je me relève juste à temps pour les voir m'agresser dans un bel ensemble, à six contre un ! Chacun votre tour, les enfants, on avait dit ! Vous n'avez aucun manière, petits monstres. Je suis sensé être le seul monstre ici, raaah !!! Je n'arrive plus à suivre tous des yeux. Une avalanche de couteaux essaie de me dépecer, mais je parviens à tous les éviter ou les parer ou faire en sorte qu'ils ne touchent qu'une partie inutile de mon anatomie. Chainator est le plus gênant, il balaie comme un concierge fou et ses chaînes ne sont plus aussi rigolotes, il les délie pour qu'elles me fouettent avec violence. J'essaie de le décapiter, mais il se décale et mon couteau se brise sur les chaînes de son torse.

-"Ma si belle lame !! Je vais te casser en deux, on va voir si tu trouves toujours que c'est une bonne idée une fois que tes deux morceaux tremperont dans le sang de tes copains !"

En rugissant cette promesse de tourments, je donne un coup de pied sauté à Monsieur-j'ai-égaré-mes-phalanges. Il est frappé juste en-dessous de l'oreille avec un craquement satisfaisant et tombe sans un bruit d'une drôle de façon. Sans reculer, je danse la gigue avec Chainator, le contourne habilement pour faire face à deux autres gusses. Le premier parvient à déjouer toutes mes tentatives pour lui dessiner un lapin sur la gorge, mais le deuxième n'est pas aussi chanceux. Le vestige de mon couteau martyrisé s'échoue pile à l'endroit où se trouve son palpitant. Je suis un bourreau des coeurs ♥ Hélas, son voisin coiffé d'un chapeau ridicule me délivre une coupure non-consentie au niveau de mon biceps. Une demi-seconde plus tard, la femme-qui-n'était-pas-un-homme me lance un truc tranchant qui trace une vilaine plaie le long de mon cou. A deux pouces près, elle m'abattait comme un loup.

La pièce devient soudain plus bondée. Il y a quelqu'un de célèbre dans le coin ? Je souris, puis je rigole franchement. Malulu est trop loin. Je suis peut-être Moony le redoutable, le plus terrifiant des saigneurs du mal, mais il y a des limites à la portée de mes crocs. Je ne pourrais pas le torturer, lui apprendre ce que c'est, la pure douleur.

C'est pas juste. Pourquoi lui il a le droit de s'en tirer, alors qu'il se permet de l'emprisonner, elle ??? C'est INJUSTE. Il ne l'a même pas fait pour la faire pleurer des larmes de crocodile, ou pour attirer son attention afin qu'elle joue avec lui, ou pour réveiller son animal intérieur. Il n'a pas voulu lui montrer la stupidité de s'attacher à des sentiments éphémères et niaiseux. Non. C'était purement gratuit, j'en suis sûr. Une de ces raisons scientifiques vaseuses qui ne veut rien dire !! Il mérite une punition, et je n'ai pas pu lui en donner une. Malulu... Je reviendrais pour ta peau. En fait, je crois que je vais trucider tous ceux qui ont osés la mettre en cage comme un canari.

-"Elle n'est pas un canari. C'est une louve, comme moi !!! Et elle vous aurait tous arraché le visage avec les dents si vous aviez joué selon les règles, bande de TRICHEURS !!"

Mon hurlement a pour seule réponse des détonations multiples.

...

En une fraction de seconde, je me jette sur la table où sont disposés les vasques de jeux d'argents et la renverse pour m'en faire une barricade de fortune. Ce simple mouvement m'arrache un cri, malgré ma tolérance élevée à la douleur façonnée par des années de fusillades et de bagarres. Par les jupons de Venus, Moon, espèce de psychopathe !!

Je manque de m'évanouir, dos à mon rempart en bois criblé de balles. Comment est-ce que je pourrais ne serait-ce que bouger un orteil ? Toutes mes articulations sont en compotes. J'ai la tête qui tourne à force d'avoir été projeté dans tous les sens par les mouvements inhumains de mon frangin, mais mon estomac n'arrive plus à vomir. La fenêtre n'est qu'à quelques mètres. C'est déjà le petit matin. Impossible de me traîner jusqu'à là-bas, ma jambe me fait si mal que la bouger me plongerait dans le coma. Je t'ai fais confiance, Walk.

...

Et tu as eu raison, Full. La souffrance m'inonde, mais je l'accueille comme une vieille amie. Ces maux physiques ne sont que l'échos familier de mes blessures spirituelles. Si je peux endurer ces dernières, alors je peux encaisser les premiers. Lentement, malgré l'urgence des coups de feux qui claironnent non loin, mêlés des hurlements hystériques du Courtier et de ses hommes, je me glisse en position accroupie et progresse mètre après mètre jusqu'à notre salut. La table n'est pas assez longue pour couvrir toute la distance, aussi, je m'élance à découvert. Je cours aussi vite et bien que si j'étais encore en pleine forme, mais ce n'est qu'une illusion, un rêve magnifique qui s'écrasera au sol dans quelques secondes. Le verre se fracasse au contact avec mon corps : je traverse l'ouverture et me raccroche de justesse à une prise avec mon seul bras encore un bon état.

Je reste suspendu là, entre la vie et le trépas.


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 Sujet du message: Re: F M W (fiction)
MessagePosté: Sam 10 Juin 2017 08:31 
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Si vous êtes curieux de savoir qui étaient les gardes du corps de De Maluise sauvagement massacrés par Moon, ce bonus est là pour vous satisfaire !
La semaine prochaine, le chapitre cinq.

Bonus N°1 : Les Neuf Tués Anonymes



Theodore « Ted » State :

C’était un grand brun avec des muscles de docker, trentenaire. Il était un simple ivrogne avant qu’il ne tue un homme dans une bagarre de pub, d’un seul coup de poing. Impressionné par cette prouesse, Flirt l’engagea comme « diplomate ». En effet, le tueur en série se spécialisait dans les femmes désespérées, le plus souvent avec un cœur brisé. Lorsque l’argent échouait à acheter leurs fiancés et leurs compagnons pour qu’ils brisent leur couple, Ted entrait en scène : il les tabassait, prenait en otage leurs proches ou semait la frayeur chez quiconque osait leur adresser la parole. Son trait le plus terrifiant était sa jovialité, il jouait avec prouesse le gentil géant, même lorsqu’il arrachait des dents. « Ted » devint rapidement un des éléments clés des « séductions » de Flirt.

Mort après avoir eu l’œil crevé par Moon et le corps transpercé par une dizaine de balles de pistolets. Envoyé à De Maluise par Flirt.

Lucas Macceta :

C’était un jeune homme aux cheveux maculés de charbon, dans la vingtaine. Il était extrêmement féroce et brutal, souvent comparé à un molosse fou. Il était le petit cousin par alliance de Marco, le parrain de la mafia londonienne, après avoir épousé une lointaine nièce de son arrière-arrière-grand-mèr. Il s’est démarqué par sa violence, comme beaucoup de malfrats de son âge désireux de prouver qu’ils sont loyaux et efficaces. Il est né en Italie, mais a grandit dans Londres et est rapidement devenu un des Sicaires, les tueurs à gages sous l’autorité totale de Marco, implacables et sans pitié.

Mort le cou brisé et la trachée écrasée par un coup de pied de Moon. Envoyé à De Maluise par Marco.

Donald « Donny » Digger :

Voici le lieutenant souffre-douleur de La Fée. Elle détestait cette pipelette à la tignasse graisseuse et découpée grossièrement, mais reconnaissait qu’il était utile pour s’introduire silencieusement dans une maison et égorger les occupants. Et peu importe le nombre de missions suicides qu’elle lui confiait, Donny revenait toujours la narguer avec sa grande gueule. Alors elle le mutilait, elle lui arrachait une oreille, un ongle, lui râpait la peau. Mais Donny s’en fichait, parce qu’il l’aimait, La Fée, autant qu’on peut aimer la personne qui vous frappe tous les matins. Jamais elle ne lui coupa la langue, parce qu’un lieutenant, même trop causant, c’est précieux. Elle n’en a que quatre, après tout, et c’est important qu’ils soient toujours QUATRE.

Mort d’un couteau dans la gorge lancé par Moon. Envoyé à De Maluise par La Fée.

Tyrus le Tyran :


C’était un spectre décharné et pâle, la quarantaine bien entamée. Il lui manquait une dizaine de dents. En réalité, Tyrus le Tyran est un titre, un chef de gang qui endoctrine les enfants des rues et les métamorphose en tueurs, en espions et en tortionnaires. Lorsque le Tyrus en place décède, un autre est choisi parmi les gamins devenus grands. Celui-là était le douzième et celui qui a survécu le plus longtemps, doué pour les fusillades. Il était un ami prisé de Xavier, qui engageait régulièrement ses marmots comme main d’oeuvre pour ses inventions.

Mort d’un coup de couteau qui lui fends le crâne, courtoisie de Moon. Envoyé à De Maluise par Xavier.

Steve la Poigne :

Fils d'un célèbre boxeur, ce colosse taillé pour le pugilat s’était naturellement tourné vers ce sport. Il a été champion pendant un temps, par la force de ses poings nus et la technique de ses pas, avant d’être contacté et recruté par Marco comme sicaire. Il était blond, la mâchoire carré, et avec une volonté à toutes épreuves. Après quelques mois d’adaptation au milieu criminel, Steve s’est démarqué en remportant un bras de fer contre l’Obscure, et en frappant à mort quiconque osait lui manquer de respect.

Mort tranché de bas en haut d’un coup de couteau, et la gorge lacérée par un crochet. Là encore, c’est Moon le responsable ! Envoyé à De Maluise par Marco.

Roberto Uzzi :

Membre ancien des Sicaires, c’était un assassin vétéran dans la cinquantaine. Marco lui faisait confiance. Il était à ses côtés depuis ses débuts et ne l’a jamais trahi, pas même lorsqu’il en avait l’occasion et que tout semblait indiquer que le parrain du crime était fichu. Il avait une dent de travers, un léger strabisme, et une propension à se réserver les filles les plus jolies du réseau de proxénétisme organisé par Marco, quitte à ruiner la marchandise. Comme tous les membres de la Famille, son couteau ouvragé était utilisé pour manger, pour se raser, pour cuisiner et évidemment pour castrer et poignarder.

Mort la nuque brisée par Moon. Envoyé à De Maluise par Marco.

Alain-Maxime Pavier :

C’était un homme amer qui n’était jamais parvenu à atteindre la célébrité dans sa France natale, ne récoltant que des dettes en essayant d’investir et de devenir un homme d’affaires. Alors il s’était tourné vers la torture et le meurtre, en tant que chauffeur (à entendre, criminel qui rentre par effraction la nuit et vous brûle les pieds sur les braises de votre cheminée ou à l’aide d’un tison pour vous faire avouer où est votre argent), puis à plus grande échelle comme pyromane aussi verbeux et orgueilleux que l'empereur romain Néron. Beau et cruel, il était venu à Londres pour se faire un nom mais sans succès, malgré ses nombreux talents criminels. Il s’était récemment fait recruter par l’étoile montante du banditisme et de la contrebande, connue sous le sobriquet de la Gitane.

Mort d’un coup de pied violent de Moon à la tempe, après avoir eu les doigts sectionnés par le même énergumène. Envoyé à De Maluise par la Gitane.

Jack Thunder :

Ce chasseur de prime trentenaire et extravagant, connu pour ses flamboyantes arrestations, était toléré par les forces de police, avant qu’il ne soit découvert qu’en réalité, Jack acceptait les pots-de-vins de la plupart des criminels influents et n’attrapait que les raclures dont personne ne voulait sur le marché noir, car c’était mauvais pour le business. Le bon Jack fut envoyé en prison, mais parvint à s’échapper et à démarrer de sanglantes représailles contre les inspecteurs privés, espérant retrouver un jour celui qui l’avait balancé. Jack Thunder était connu pour son utilisation d’armes et de pièges peu orthodoxes. Il offrait ses services à quiconque pouvait se les payer.

Mort après que Moon ait enfoncé un couteau à la lame brisée dans son coeur. Envoyé à De Maluise par Marco.

Truite-Arrogante :

C’était un misérable individu au visage rappelant celui d’un poisson, adorant se vanter qu’il était le cerveau des opérations, alors qu’il n’était qu’un guetteur. Un guetteur exceptionnellement talentueux et capable de sentir les flics arriver de très loin, mais un guetteur tout de même. Il a longtemps bossé pour Simili, qui tolérait ses fanfaronnades mieux que la plupart des seigneurs du crime, mais l’artiste dérangé le « prêtait » à des collègues si besoin. Si il était totalement inutile au corps au corps, Truite-Arrogante avait au moins le mérite de tirer suffisamment bien pour abattre un oiseau en plein vol.

Mort la tête broyée par Trevor le Châtiment pour le punir alors qu’il se vantait d’avoir repoussé à lui tout seul Moon – il lui a tiré dans la jambe, mais en dehors de cela, il s’est montré particulièrement couard -. Envoyé à De Maluise par Simili.


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 Sujet du message: Re: F M W (fiction)
MessagePosté: Dim 18 Juin 2017 23:32 
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J'ai bien aimé cette baston. La narration de quelqu'un de psychologiquement instable est une idée bonne et intéressante qui fait ici ses preuves. ^^ C'est dynamique et ça tient en halène. Que du bon quoi ^^

Ha ! J'aime bien ce genre de chapitre bonus où l'on développe le background.
La Fée a donc 4 lieutenants. Reste à savoir s'il elle trouvera un remplaçant à Digger d'ici le moment où le trio s'occupera d'elle.
Je reste persuadé que la Gitane aura un rôle important.

Porito a écrit:
une lointaine nièce de son arrière-arrière-grand-mèr.

Il manque un e ^^

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 Sujet du message: Re: F M W (fiction)
MessagePosté: Ven 10 Aoû 2018 13:33 
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Chapitre V : Le Comique

-Moon.

Il ne réponds pas, pendu aux barreaux rouillés de sa vieille prison avec cette mine boudeuse dont il a le secret. Je contemple l'immense structure couleur d'obsidienne qui abritait jadis notre terrible frère. Elle dégage un écho néfaste, néanmoins, si j'écoute assez longtemps, ce sifflement se changerait en scintillements d'étoiles. Le métal qui la compose est une mixture de nos plus puissants fantasmes, forgé à la chaleur de l'espoir de Full et ensuite refroidi par les chutes infinies de ma mélancolie. De l'architecture originelle et complexe, une sphère de toiles inombrables décrivant des arabesques inquiétantes, il ne reste qu'une coquille brisée. Nous avions spécifiquement bâti cette cage pour garder Moon confiné aux tréfonds de notre subconscient, là où il ne pourrait qu'observer les vies qu'il désirait tant piétiner et torturer. Cela avait été une tâche douloureuse, un fardeau qui s'alourdissait avec chaque sentiment noirci à la flamme de la colère, de la haine ou de l'angoisse. Nous pensions qu'il s'effaçerait tel un souvenir propulsé aux portes de l'oubli, prisonnier des limbes. C'était mal connaître la ténacité de l'être le plus vil, le plus enfantin et le plus déconçertant que cet esprit que nous partageons ait jamais pu produire.

Je ne crois pas que quiconque soit jamais parvenu à contenir la folie, celle qui vous prends aux tripes, l'amie des martyrs et l'amante de l'imagination. Je secoue la tête, face à la carcasse sombre perçant les brumes de nos rêves. Notre frère ne l'a pas vaincue seul. Certes, il a usé ses barreaux à force de se jeter maladivement dessus, mais ce n'est pas lui qui a donné le coup de grâce. Il n'aurait jamais pu s'extirper de son cachot sans cet innocent coup de pouce. La raison de sa mauvaise humeur est là. Il n'a jamais pu rembourser cette dette. Le concept d'honneur lui est étranger, néanmoins, je ne serais pas surpris d'apprendre que ce soit le point de départ de son obsession envers elle. Elle a libérée un monstre terrifiant digne des légendes que l'on se murmure dans l'horreur de la nuit. Et dans quel but ? L'affronter et lui rire au nez. N'importe quelle créature du diable s'intéressait à pareil ange.

- Pfff, canari, ange, vous sous-estimez la gentille petite Emimimignonne, tous !

J'ai fais mes adieux à la douce intimité de mes pensées le jour où je suis né, sans avoir réellement eu le temps d'apprécier ce luxe. Full, par son statut d'aîné, peut se targuer d'avoir goûté plus longtemps qu'aucun d'entre nous à la solitude de l'esprit. Si je le jalouserais pour une chose, ce serait celle-ci !

- Je l'auréole de lumière et de reflets ambrés, pourtant, je ne la trouve pas moins féroce. Nous avons simplement des manières différentes de nous exprimer, Moon.

Mon interlocuteur rit à gorge déployée, du haut de son perchoir. C'est un son presque mécanique, de la bouche d'un être à la sauvagerie calculée, machinalement chronométrée. Je peux distinguer les rouages de son imprévisibilité, constamment en mouvements, une danse de cliquetis inquiétants et de giclures de sang. Des filaments crépusculaires traversent l'espace, autant de pulsions meurtrières, des bannières dont Moon se drape à chacune de ses apparitions. Les Profondeurs lui appartiennent, les lieux reflètent ses humeurs et abritent ses lubies, c'est naturel.

- Est-ce que tu es satisfait ?
- Nan. Je voulais massacrer Malulu, graver la peur sur son visage à grands coups de couteaux, et j'ai pas réussi. C'est triste, toutes ces jolies blessures pour rien ! ♥
- La dernière fois que j'ai accroché son regard, juste avant de sauter par la fenêtre, le Courtier me semblait parfaitement épouvanté. Si tu ne lui as pas physiquement démontré ton... désaccord, tu as imprimé en lui assez de cauchemars pour qu'il passe le reste de sa vie à regarder par-dessus son épaule, de crainte de t'avoir aperçu. A mon sens, tu as remporté cette altercation.
- C'est pas suffisant, Walkie. J'ai un tas d'autres réjouissances de prévues ! Pour commencer, lui faire manger ses dents une par une avec un peu de chair dégoulinante de sang, puis l'éplucher lentement en l'écoutant me supplier à s'en mordre la langue, puis...

Des centaines d'images aux détails extrêmement saisissants me traversent l'esprit, pour illustrer l'évocation de ces supplices et en développer plus amplement la violence graphique. Je ne pourrais jamais reprocher à Moon de manquer d'inventivité. J'attends patiemment qu'il ait terminé, conscient qu'il serait impoli de le couper en pleine tirade. Il bondit au bas de sa cage pour me rejoindre, en crachant ses derniers mots :

-"... avec un TOURNEVIS !!"

Sa véhémence ne me déconcerte pas. J'esquisse un sourire tranquille, presque étonné par ma propre quiétude.

-"Charmant. Est-ce que tu veux bien te calmer le temps que nous ayons rendu à notre chère et tendre la douceur d'un air pur ? J'approuve tes désirs de tourmenter cet homme. Il s'est arrogé des prérogatives outrancières, et il a causé du tort à Emily. Ce sont des raisons suffisantes pour que je te soutienne de toute mon âme, aussi souillée soit-elle par de telles pensées, mais cela doit attendre."
-"Voui ! On a d'autres chatons à noyer ! Mais je reviendrais pour le faucher, en grand saigneur du mal que je suis, tôt ou très tôt. Je lui réserve d'adorables cadeaux pour nos retrouvailles !! On est d'accord ?"

Je lève l'auriculaire et le lui tends : "On est d'accord, Moon. Le Courtier périra par ta main."

Il s'approche à pas de fauve. Son petit doigt vient enserrer le mien, avec la candeur d'un nouveau-né. Il chantonne, un rictus aux lèvres :
- "Une promesse est une promesse ! ♥ Dis, le moineau, tu ne devrais pas verser des litres de larmichettes, comme d'habitude ? ♪ Ce n'est pas drôle, un Walk tout content, c'est comme une décapitation en un seul coup. Tu m'enlèverais le plaisir de donner un coup de pied dans ton coeur en peine ? Quel monstrueux piaf !"

Sa remarque me fait prendre conscience à quel point je suis apaisé, malgré la situation fâcheuse dans laquelle nous nous trouvons, forcés de nous réfugier dans les Profondeurs pour échapper aux affres de l'inconscience. Cela nous offrait la possibilité de réfléchir et de planifier, cependant, nous étions démunis et incapables de vérifier avec exactitude ce qui se déroulait à l'extérieur. D'une seconde à l'autre, je peux être terrassé par la perte de sang vertigineuse, ou achevé par un coupe-gorge lancé à mes trousses. L'idée de perdre la vie n'est pas insupportable en soi, j'ai toujours accepté le risque du métier que j'exerce, mais abandonner l'éclat de mes nuits à son triste sort serait ignoble. Pourtant, mon âme ne cède pas à la panique. Depuis que le Courtier m'a révélé tout ce que je désirais savoir, j'ai retrouvé un semblant de stabilité. L'euphorie d'être proche du but chasse tous les pieux que je pourrais bien m'enfoncer dans le coeur.

Je suis encore soucieux de savoir si elle va bien, si ils n'ont pas abîmé son enthousiasme, sa verve, ses rêves, tout ce qui la rends si unique et attachante. Ils ne commettraient pas l'erreur de la mettre physiquement en danger, puisqu'ils la considèrent précieuse au point de mettre de côté leurs querelles. Full me l'as certifié maintes fois : ils ne toucheront pas à un seul de ses cheveux d'or. En revanche, rien n'est moins sûr pour ce qui est de son esprit. Elle est plus forte que je ne le suis, assez féroce pour résister à Moon lui-même et obtenir son respect, mais elle reste humaine, en dépit de ses particularités. Et... Je la connais. Derrière la robustesse de ses épines niche de magnifiques pétales à la fragilité de rose.

Au lieu de m'engager sur un débat sans queue ni tête où Moon risque invariablement d'appuyer sur mes faiblesses, j'opte pour retirer ma main et détourner la conversation :

-"Ah oui ? Il y a deux jours, tu disais pourtant qu'une décapitation nette est hilarante parce que, pendant quelques secondes, la tête et le corps ne réalisent pas qu'ils ont été séparés."

Il ouvre la bouche pour me répondre, la referme, et semble plongé dans une réflexion intense. Pendant qu'il s'amuse à départager la multitude de styles de décapitations inscrite à son répertoire, je me détourne et entreprends de monter l'énorme monticule au sommet duquel se trouve Full. Monsieur l'inspecteur adore l'altitude, sûrement parce que cela lui confère une supériorité indéniable sur ses semblables. Il espère secrètement avoir un très grand retard de croissance, pour se réveiller un matin et s'aperçevoir qu'il mesure deux mètres cinquante. Je le trouve assis à un vieil établi jadis utilisé pour sculpter le bois. Devant lui, des monceaux de papiers sont étendus en désordre, couverts d'une écriture penchée que je pourrais qualifier de prétentieuse si j'étais un expert en calligraphie - ce que je suis, c'est une longue histoire -. Full écrit, les mains tâchées d'encre et l'air absorbé.

Je prends un siège de pierre joliment ciselé et m'asseoit. Mon frère aîné ne lève pas les yeux vers moi. Tout autour de nous, la colline est encombrée d'objets de haute facture, jetés là dans la mauvaise herbe. Il y a là des statuettes, des ustensiles, des mobiliers, des plats parfaitement conservés, des instruments de musiques et bien d'autres oeuvres de maîtres, fruits d'un artisanat talentueux. J'ai l'impression qu'ils vibrent en harmonie. Les Profondeurs ont cette ambiance mystique que seul le subconscient peut avoir, une atmosphère brumeuse où chaque paysage n'est pas ce qu'il paraît être, où chaque ressenti est plus prononcé et libre qu'il ne l'est en réalité. Le plafond céleste qui nous surplombe réponds à cette symphonie en ondulant, parfois cyan, d'autres fois indigo.

-"Moon n'est plus fâché, et il a abandonné son désir de voir ton De Maluise danser au bout de son poignard, du moins, pour l'instant présent. As-tu des nouvelles ?"

Full daigne enfin lever le nez de son empire de lettres. Il me tends une missive récente :

-"Comme tu peux le constater, nous sommes dans la panade. On a besoin de sang, et le seul hopital à la ronde est celui où on a failli se faire tailler en pièces. Sans oublier que nous avons une jambe en mauvais état, une plaie sérieuse au cou, une autre à l'épaule, quelques os cassés et sûrement la plus grosse migraine de la damnée voie lactée."

Je ne suis guère pressé de reprendre possession de tous mes sens, je le reconnais. Il poursuit :
-"Isolés en territoire ennemi, nous n'avons aucun moyen de recueillir de l'aide. Les gens du coin auraient tendance à nous dépouiller et à nous livrer aux pires vauriens plutôt que risquer de leur déplaire. A moins qu'en tant que hors-la-loi, tu ais des contacts en lesquels tu as une confiance absolue !"

-"Accorder sa confiance est une chimère parmi les voleurs de Londres, mon cher frère. J'ai bel et bien quelques connaissances qui rôdaient autrefois dans les environs, mais je ne peux pas t'assurer que ce soit toujours le cas. Et naturellement, leur loyauté n'est pas indiscutablement acquise, malgré toute l'affection que je leur porte."

Règle d'or du parfait gentleman cambrioleur, ne jamais cesser de douter de son entourage. Les sinueuses coursives du cerveau d'autrui demeurent les seuls couloirs qui me sont encore inaccessibles. Je me suis rendu coupable d'assez de larcins pour qu'une somme rondelette soit accordée à quiconque aura la bravoure de me mettre les fers. Beaucoup de mes fréquentations vivent au jour le jour, dans des conditions précaires. Il suffit d'une pensée avide pour transformer le plus cher des compagnons en un félon sans scrupules. Je pourrais partager mes butins, hélas, je ne désire guère attirer sur eux l'attention de Scotland Yard. Parfois, j'apprécierais d'être maudit tel le fût le roi Midas dans les légendes grecques, avec le pouvoir de changer en or tout ce que je touche du bout de mes doigts.

Pour l'heure, j'ignore ce qu'il est advenu de mes amis de toujours. J'espère qu'ils sont tous sain et sauf, loin de la corruption rampante amenée par les Huit Seigneurs. Full grimace et me montre une carte jaunie par le temps : "Nous nous sommes évanouis juste là." Il pointe son doigt sur un emplacement entre l'hôpital St Thomas et la Tamise. "Il va sans dire que nous sommes totalement exposés à nos adversaires."

-"Ah ah, laissez-moi faire, je vais me régaler de leurs cris d'extase ! L'acier de Moony est prêt à mordre !" claironne notre ténébreux benjamin, qui vient d'arriver en agitant un nodachi à l'aspect sinistre. La lame fouette l'air embrumé avec grâce.

-"Certainement pas. Tu nous as causé assez d'ennuis comme ça, sombre taré !" aboie Full, à bout de nerfs. Il a eu la gentillesse d'accéder à ma requête plus tôt de lâcher les rênes de Moon, néanmoins, son indulgence a ses limites. Il se lève, bombant le torse : "On est à deux doigt de rejoindre la fosse à cadavres, je te laisserais pas nous y précipiter !!"

Moon lui tire la langue en postillonnant, son nodachi dressé au-dessus de sa tête. Cette pose à la fois menaçante et puérile n'impressionne pas notre aîné, qui saisit son arme à feu posée à côté de l'encrier. Je m'interpose avant que cela ne dégénère : "Full a raison, nous ne pouvons pas compter sur la force brute sans avoir d'abord reçu des soins. Il faut privilégier la fuite plutôt que la confrontation."

-"Le problème, c'est que nous sommes faits comme des rats. Il est hors de question d'emprunter le pont de Westminster, ou même de traverser le fleuve à la nage. D'abord parce que c'est suicidaire dans notre état actuel, et ensuite parce que j'ai entendu dire que ces vauriens ont suspendus de pauvres bougres le long de tous les ponts. Ceux qui parviennent à repérer des intrus ou des navires non conformes sont remontés et libérés, le reste meurt lentement dans le froid, la faim et la maladie. Je ne leur en voudrais pas de nous livrer aux loups pour échapper à cette torture."

-"Et à pieds ?"

-"A cloche-pieds, tu veux dire ! ♥ "

Full soupire. Il nous montre une zone délimitée sur la carte, englobant une large portion du district de Lambeth. "Le marché noir de De Maluise est sillonné par de nombreux malfrats empruntés à d'autres Seigneurs, majoritairement des petites frappes, mais c'est suffisant pour nous coincer. Nous ne pouvons pas rebrousser chemin, ses sbires seront alertes et ne manqueront pas de surveiller toutes les barricades. Impossible de quitter le marché sans passer par les murailles. Je dirais même : impossible de le quitter VIVANT !"

C'est la première fois que Full démontre un tel pessimisme. Si même l'inspecteur le plus fier d'Angleterre prétends que c'est une tâche désespérée, il faut sérieusement commencer à paniquer. Je touche doucement la Clé du Courtier, dans ma poche. Je sais qu'en réalité, elle se trouve au fond de ma chaussure, néanmoins, ce contact fantôme me rassure. Full n'est pas infaillible, il a pu ommettre un détail capital dans ses cogitations. Je suis parvenu à subtiliser une clé au nez et à la barbe de quatorze individus avec mes orteils, dans la poche d'un homme qui se tenait à quelques centimètres de ma personne. Je peux nous sortir de cette situation, non ? Pendant qu'une idée germe dans mon jardin de pensées, Full continue :

-"Les toits seront surveillés, donc on peut oublier vos acrobaties, même avec la tendance de Moon à ne pas sentir la douleur. J'essaye de déterminer un lieu où nous pourrions nous cacher en attendant que la tempête cesse, mais ... Walk. Une suggestion ?"

-"Les égoûts. Il y a une entrée non loin d'ici, sur la rive de la Tamise ! Le réseau est immense, suffisamment pour que nous parvenions à semer nos poursuivants !! Certes, ce n'est pas très recommandé avec nos blessures de nous aventurer dans le coeur nauséabond de Londres, la moindre infection pourrait être extrêmement dangereuse. Néanmoins, j'ai quelques amis parmi la communauté qui se terre dans ce labyrinthe de briques et d'eau. Si ils sont encore là, ce serait une aubaine pour nous."

Full réfléchit quelques instants en se prenant le menton, tandis que Moon l'imite avec un sérieux exagéré. Je peux me tromper. Les égoûts pourraient désormais être le royaume d'un des Huit Seigneurs, et nous nous passerions nous-mêmes la corde autour du cou. Mais nous n'avons pas d'autres choix. Soudain, l'air me manque. J'inspire à grandes goulées sans rencontrer l'ambroisie de l'éther, et pendant quelques terribles secondes, je m'apprête à saluer la dame en noir. Elle m'offrirait un sourire navré, plein de compassion. Je me mettrais à genoux et lui prendrait délicatement sa main de velour pour la porter le plus près possible de mes lèvres. Voilà une vision idéale du trépas ! Mais avant que je ne puisse en avoir le coeur net, mes poumons trouvent le répit d'un air frais.

Je suis tiré des Profondeurs tel un poisson hameçonné par un pêcheur particulièrement belliqueux. J'entends les eaux de la Tamise me murmurer des contes peuplés de naïades et de kelpies, tandis que le ciel se pare des couleurs de l'aurore. Mon corps est évidemment déchiré par la souffrance, néanmoins, je suis surpris de constater que cela s'est grandement amenuit depuis mon saut périlleux à travers la fenêtre. Je suis adossé à un muret de pierre, à deux pas d'une jetée déserte. En baissant les yeux, je vois que chacune de mes blessures est enveloppée dans des bandes de tissus, solidement serrées. Les plaies les plus graves ont été recousues à la main. Cela explique que je me sente bien mieux. A en juger par le mélange de démangeaisons et de soulagement que j'épprouve, mon bienfaiteur a dû appliquer un baume ou des herbes pour aider à cicatricer.

M : Roooh, mais je venais à peine de les faire !! C'est du gâchis. De si belles entailles bien béantes !!

F : Je reconnais pas cet endroit. Reste sur tes gardes.

W : C'est naturel, Full, tu ne peux pas connaître tous les rebords de quais de Londres, voyons. C'est suffisant de savoir que nous sommes demeurés à peu près dans la zone de Lambeth.


Ceci étant dit, j'admets qu'il est peu rassurant de se réveiller sans savoir où l'on se situe exactement, ni comment on en est arrivé là. J'aperçois le pont de Westminster au nord-est, ainsi que celui de Lambeth au sud-est, mais mes yeux fatigués peinent à calculer la distance. Avec précaution, je teste mes muscles endoloris. Ils sont encore rouillés, et j'hésite à me lever, de crainte d'avoir des vertiges et de tituber dans les flots. Ces derniers sont plutôt calmes. Des navires sont présents, mais aucun équipage ne pointe le bout de son nez. C'est plutôt curieux. Ce devrait être l'effervescence, fourmiller des allers et venues de cargaisons en provenance de terres lointaines. Si la dénommée Gitane contrôle bel et bien le commerce fluvial et maritime de cette Londres décadente, elle doit avoir une conception plutôt étrange de sa fonction.

Beaucoup de détails m'échappent. Il serait tentant d'imaginer que je suis encore coincé dans les limbes de mon subconscient. Tout ceci pourrait être un habile tour de Moon, une nouvelle torture raffinée qu'il m'aurait réservé. J'exclus immédiatement cette hypothèse en découvrant dans ma chaussure la Clé du Courtier, dorée, brillante tel un champs de blé sous les rayons de l'été. La gravure d'un W stylisé rappelle qui était son illustre propriétaire, William Feros de Maluise. Moon serait incapable de me faire miroiter un espoir aussi fort. Je range la clé en lieu sûr, dans une poche cachée de ma tunique. Hormis ce butin précieux, je ne possède plus rien : aucune arme, aucune provision, aucun outil. Le confort des Profondeurs est un dur rappel qu'ici, l'imagination n'a aucune prise sur le réel. Je ne peux guère conjurer un nodachi ou un pistolet par la pensée.

Alors que je cligne des yeux pour chasser une torpeur ensorcelante, des bruits de pas alarment mon ouïe aiguisée par des années à guetter les ennuis. J'esquisse un début de fuite, mais l'intrus est plus leste. Il surgit depuis le sommet du muret auquel je suis adossé et atterrit face à moi. C'est un prédateur, un homme accoutumé à donner le coup de grâce. Il est vêtu d'une redingote bleue nuit, entre-ouverte sur un gilet gris quelque-peu froissé. Je remarque un couteau plus long que mon avant-bras, glissé dans un fourreau à sa hanche. Hormis cela, il ressemblerait presque à un citoyen ordinaire si il n'arborait pas un tricorne, certes sobre mais passé de mode depuis des décennies. Cet élégant chapeau couvre de courts cheveux gris, non pas de la couleur d'un bel acier, plutôt comparables au pelage de souriceaux faméliques. Il semble si flegmatique que je m'attends d'une seconde à l'autre à ce qu'il se fende d'un soupir. Au lieu de cela, l'homme au tricorne s'agenouille pour se mettre à ma hauteur :

-"J'attendais ton réveil. Tu avais besoin de repos, après ce que tu viens de nous faire, Full, ou qui que tu sois."

W : Full, aurais-tu des éclaircissements à m'apporter, je te prie ?

F : C'est ce que je craignais. Aristophane nous a rattrapé. Parmi les pointures qui gardaient De Maluise, c'était le seul avec la rapidité et l'agilité pour nous poursuivre par cette fenêtre sans ralentir. Bon sang !! Ce n'est pas son genre de jouer avec ses cibles. Si il doit tuer, il tue, sans zèle ou sadisme particulier. Pourquoi nous soigner alors que son patron veut nous voir mort ? Je suis foutrement paumé.

W : Je pensais que tu aurais une explication, comme toujours.

F : Et non, je suis désolé, Walk. J'ai contribué à établir son portrait psychologique, Aristophane n'a jamais montré la moindre compassion, ni la moindre déviance d'ailleurs - hormis l'acte ignoble d'assassiner des êtres vivants et de protéger des ordures -. J'ai toujours cru que son problème était l'impossibilité de percevoir la frontière entre le bien et le mal. Qu'il mettait en sourdine sa morale. Pour lui, tueur à gage serait un travail comme un autre, il ne serait pas différent de tous ces pères de familles qui se lèvent le matin, enfilent leurs blouses et se rendent à l'usine pour méthodiquement assembler des... machines à écrires ou que sais-je encore ! Son comportement ne colle pas avec les précédents rapports.

M : Tu es nul, mon lapin. Tout le monde sait que la vérité est schizophrène - même Roger, il le sait ! -, il n'y a pas qu'un seul hublot !! Tu vois les pingouins qui se dandinent sur la banquise, mais pas l'otarie qui rôde sous les eaux et attends de se remplir l'estomac !

W : Je crois que le terme exact serait phoque ! Cependant, j'apprécie ta métaphore, Moon.

F : Facile à dire quand on est du côté des sociopathes.


Je décide de ne pas patienter éternellement et de faire le saut de la foi. Le meilleur moyen d'avoir des réponses est de les subtiliser, après tout.

-"Je vous souhaite le bonjour, Aristophane. Je me présente : Walk, humble voleur ! Je présume que c'est à vous que je dois ces soins émérites. Soyez certain que nous vous sommes reconnaissants."

Je ne prends aucun risque à être franc. Londres est prise d'assaut jour et nuit par la folie sous toutes ses formes, cela n'a plus de sens de perpétuer la mascarade. L'assassin n'est pas impressionné. Il se doutait déjà qu'il y avait anguille sous roche, après avoir assisté au spectacle sanglant de Moon. Je lui offre un sourire courtois, et il me prouve qu'il n'est pas dépourvu de manières en hochant la tête pour me saluer. Il n'a pas encore saisi son couteau, ce qui est assurément un excellent signe.

-"Je t'ai retapé, oui. J'ai également éliminé ceux qui ont retrouvés ta trace. Les autres cherchent encore."

Nous allons de surprise en surprise. Le ton terre-à-terre de ce prédateur me déconcerte davantage que toutes les pitreries réunies de mon redoutable benjamin.

-"Sans vouloir t'offenser, quel est le prix de ta bonté ? J'ai du mal à croire que tes services soient dénués du moindre engagement."

-"J'ai entendu parler de toi, Pas-de-Lune. Tu as un style très osé, mais tu sais rester discret, je respecte ça. Dans cette ville, il doit y avoir autant de réverbères que de gars qui ont passés les cinq dernières années à se faire un nom dans le monde souterrain. Peu sont connus dans le pays tout entier, et ce nombre se réduit encore si on enlève tout ceux qui ont séjourné en taule au moins une fois dans leur carrière, ou qui ont été forcés de repartir de zéro à cause d'une descente. Ils se comptent sur les doigts d'une main, parce qu'on envoie que les meilleurs flicaillons à la capitale. Abberline, Full, le Français. Que l'élite, la crème de la crème. On peux pas en dire autant de leurs prisons, c'est vrai. Tu es l'un de ces cinq larrons. Je comprends mieux pourquoi, avec ton numéro. Ca n'enlève rien au fait que tu es doué dans ce que tu fais... Bon boulot."

-"Et bien... Je te remercie pour ce compliment, j'espère continuer à maintenir ce niveau d'excellence."

-"Maintenant que c'est dit, je peux parler à Full ? Je sais pas combien vous êtes là-dedans, mais c'est Full que je veux. Pas celui qui rit. Si j'avais voulu être votre ennemi, nous n'aurions pas cette discussion et il n'y aurait pas une dizaine de maccabés dans les fourrés de Lambeth Palace, seulement un. Il est bon avec une lame, le gars qui rigole, mais j'en vois pas sur toi."

Le tueur tapote son propre outil de mort, comme pour souligner la logique de ses propos. Cet homme a raison, je ne peux le nier. Il ne me reste plus qu'à me plier à ses exigences, en espérant que mon cher frère se fera davantage diplomate que templier. Je lui confie ma vie quotidiennement, hélas, je ne peux pas affirmer avec certitude qu'il ne choisira pas de nous sacrifier pour ses idéaux de bien suprême. Si je dois pactiser avec le diable pour sauver ma dulcinée, je le ferais sans hésiter, surtout si le démon est aussi honnête dans ses propos.

...

Aristophane. Je l'avais aperçu dès que j'étais entré dans la pièce pour affronter De Maluise. Non seulement il est reconnaissable entre mille avec son tricorne tout droit sorti d'un autre âge, mais en plus c'était la seule tête que j'espérais ne pas croiser cette nuit-là. J'en ai coffré, des meurtriers, des monstres qui mériteraient de séjourner éternellement derrière des barreaux, avec des listes de victimes longues comme mon bras. J'en ai poursuivi, pendant des semaines, en criant à m'en casser la voix, négligeant mon sommeil, ma faim et ma soif dans l'espoir de rassurer les veuves et les orphelins. Si De Maluise est le seul à ne jamais avoir pris lui-même une vie comme un grand, Aristophane est le seul et l'unique à m'avoir filé entre les doigts plus de fois qu'il n'en faut pour que je me rappelle de toutes. Quand Marco s'est fait avoir avec toute sa clique d'espions, de coupe-jarrets et de pattes graissées, Aristophane était dans la nature à profiter des lingots offerts par le parrain le plus célèbre de Londres. Quand la Loutre s'est invitée à une réunion du crime organisée et a fait le ménage à sa façon, là encore, ce bon vieux Aristo s'en est tiré en feraillant avec le Chasseur de Méfaits à égalité. Et pas plus tard que CETTE NUIT, même pas deux heures auparavant à en juger par l'avancée de l'aurore, il a survécut à un combat à mort avec Moon. Pire, il n'a pas une seule égratinure.

J'en suis malade. Si il lui prenait l'envie de m'ouvrir le ventre, je ne pourrais que le fusiller de mon regard le plus accusateur. Je déteste me sentir à ce point vulnérable. Ce n'est pas au protecteur du peuple d'avoir des failles, de quémander le bouclier. Son rôle est de vaincre le mal, d'apaiser les innocents et de punir le crime avec justesse.

M : Quand même, je suis fan. Il m'a fait un compliment, et tout ! Quel grand fou ! Dites, dites, on peut se chamailler, lui et moi ? Allez, avouez que vous avez bien aimé sentir la caresse du métal sur votre peau d'effarouché ! Je veux savoir qui c'est qui est le plus maléfique, entre nous deux. Mais on sera sage, vous inquiétez pas, on s'arrête dès que l'adversaire est en marmelade. Il a son jouet - très belle pièce, d'ailleurs - et moi j'aurais mes dents !

W : Ce serait très équilibré, en effet, je ne saurais pas sur qui parier mes économies.


-"Qu'est-ce que tu me veux, Aristophane ?"

M : Anticonstitutionnellement ! Amygdalectomie !

W : Je te ferais remarquer, cher petit frère, qu'Aristophane est le nom d'un dramaturge et poète grec très connu de l'Antiquité, au registre plutôt porté sur le comique. Parmi ses oeuvres figure par exemple Les Oiseaux, une pièce très intéressante à laquelle j'ai pu assister en me dissimulant dans les hauteurs du Théâtre de Sa Majesté.

M : Ooooh. Merci, Walkipedia, je me sens plus civilisé !

F : Menteur.

M : Flatteur ♥

W : Je trouve cela curieux qu'un criminel porte un prénom si culturel, c'est très....


-"Taisez-vous une seconde ! Je n'arrive plus à me concentrer, entre vous, le malfrat en face de moi et les maux de têtes qui viennent sonner de gigantesques cloches à l'intérieur de mon crâne !!"

Je m'aperçois trop tard que j'ai élevé la voix plutôt que communiqué par la pensée. Diantre ! Mes blessures, cadeaux perfides du cinglé que j'appelle parfois mon frère, me font encore un mal de chien. Je me suis souvent rendu compte qu'il était difficile pour moi de gérer la douleur physique et les dilemmes moraux en même temps : c'était soit l'un, soit l'autre, sinon je mélangeais tout. Ca m'a porté préjudice plus d'une fois au cours d'enquêtes. Aristophane me jauge de son oeil désintéressé. C'est la première fois que nous sommes aussi près l'un de l'autre. Il finit par me répondre, avec un retard que j'attribuerais au choix soigneux de ses mots. Peu importe ce qu'il a à dire, ce doit être délicat.

-"Je t'ai jamais considéré comme un ami ou un ennemi, Full."

-"C'est bon à savoir. Tu ne m'aimes pas, mais si tu me haissais, je serais déjà mort, c'est ça ? Tu es plus arrogant que Simili un jour de solde au magasin de porcelaine du coin."

-"Ce n'est pas ce que je voulais dire. Tu es agressif, plus que ce qu'on dit. Ce doit être la vue de ta ville aux mains de gens que tu méprises, je suppose. C'est compréhensible. Quoi qu'il en soit, pas mal de gars dans le métier te trouve attachant. Ils te voient comme un membre de leur famille. Ou comme une épine dans leurs pieds, ça dépends. C'est pas mon cas. Aussi, quand j'ai vu que t'étais pas aussi inoffensif que je le pensais, je me suis dit qu'on pouvait faire équipe."

Qu'on pouvait... QUOI ??

-"Tu es toi, mais tu es aussi un voleur de grande catégorie. Je t'ai presque pas vue prendre la clé au Sang-Bleu. Tu es également un combattant imprévisible. Avec un allié, le fiasco de tout à l'heure ne se reproduira pas. J'ai besoin d'un allié, moi aussi. La chute de Londres a tout précipité. Il n'y a plus de règles."

Il se gratte machinalement sa barbe de trois jours qui lui mange les joues, tandis que je le dévisage. Il pense sérieusement que je pourrais m'associer avec un criminel ? Je suis éberlué. Lentement, je sens monter en moi une vague de révolte. On ne cesse de m'imposer des choix que je n'ai pas validé. Suis-je sensé accepter parce que sinon, il nous tranchera la gorge ? Parce que sans lui, nous sommes sans défenses ? Pendant que je fulmine, il continue :

-"On fera un bout de chemin ensemble, à deux conditions. D'abord, que nous travaillons main dans la main sans animosité ou tentative de trahison. Ensuite, j'ai un vieux compte à régler avec mon employeur.

Pour faire court, je veux liquider Marco."


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